Sci-Tech

De lointain souvenirs liés à notre petite enfance peuvent resurgir en stimulant certains neurones

Chez la souris, l’activation artificielle de certains neurones permet de faire remonter à la surface des souvenirs liés à la petite enfance.

Des chercheurs issus de l’université de Toronto ont prouvé que chez les souris, la stimulation de certains neurones peut faire remonter des souvenirs lointains, issus des premières semaines de leur vie. Cela permet donc de formuler l’hypothèse que chez les Hommes également, les souvenirs liés à la petite enfance ne sont pas perdus.

Le mystère de l’amnésie des premiers jours

C’est un phénomène connu qui n’avait pas été encore étudié. En effet, nos souvenirs les plus lointains, souvent liés aux premières années de notre vie, semblent tout bonnement avoir disparu de notre mémoire. Cette amnésie se retrouve également chez des souris, ce qui a poussé une équipe de scientifiques de l’université de Toronto à en étudier les mécanismes sous-jacents.

Pour cela, ces derniers ont placé plusieurs souris dans une boite, au sein de laquelle elles ont reçu un stimulus de douleur au niveau du pied. Puis, ces dernières ont été à nouveau placées dans la même boîte quelque temps plus tard. Les chercheurs se sont alors rendus compte que les souris adultes n’avaient aucun mal à se rappeler de leur première expérience, tandis que celles qui avaient reçu le choc dans le premier jour de leur vie avait tendance à l’oublier.

En effet, la quasi-totalité des souris adultes se sont pétrifiées en entrant dans la boîte, qui leur a sûrement rappelé un mauvais souvenir lié au stimulus douloureux auquel elles avaient été exposées. Les souris jeunes n’ont quant à elle pas montré la moindre réticence en revenant sur les lieux.

Une stimulation neuronale localisée

Pour poursuivre leur expérience, les chercheurs de l’université de Toronto ont utilisé une nouvelle technologie, l’optogénétique, qui permet de stimuler certains neurones en insérant de petits réseaux de fibre optique lumineux dans le cerveau. Les neurones ciblés sont également modifiés génétiquement pour devenir sensible à la lumière et s’activer à son contact.

Cette méthode a permis aux scientifiques d’activer certains neurones situés dans le gyrus denté et l’hippocampe, deux zones du cerveau très importantes dans le stockage de la mémoire. Celles-ci avaient en effet déjà été stimulées lorsque les souris avaient reçu un choc au niveau du pied.

Lorsque les souris qui présentaient une amnésie manifeste des premiers jours de leur vie ont reçu un signal lumineux d’activation neuronale, elles se sont brutalement souvenus du choc dont elles avaient été victimes et se sont pétrifiées comme leurs consoeurs adultes. Cette expérience a été répétée sur des périodes de temps plus longues, de 15, 30 puis 90 jours. Mais le résultat est resté toujours le même, ce qui prouve l’efficacité de ce dispositif pour raviver les souvenirs enfouis chez les souris.

Un phénomène que l’on peut désormais expliquer

Dans la conclusion de leur étude parue dans la revue Current Biology, les chercheurs en ont conclu que la stimulation du gyrus denté et de l’hippocampe permettent de donner un « coup de pouce » au système, en ravivant des souvenirs que l’on croyait enfouis ou disparus. Et cette disparition progressive de notre mémoire archaïque s’explique par un phénomène simple, d’après Paul Frankland, l’un des auteurs de cette étude passionnante.

En effet, ses collègues avaient déjà pu prouver dans une précédente expérience que cette amnésie s’explique par la neurogenèse. Ce mécanisme est en effet basé sur l’addition de nouveaux neurones pendant la phase de croissance du nourrisson, qui viennent donc noyer les premiers dans un flux de nouvelles informations. Cela donne ainsi l’impression que ces souvenirs ont disparu de notre mémoire.

A l’issue de cette première étude, les chercheurs avaient formulé l’hypothèse que les nouveaux neurones pouvaient avoir supprimé les connexions précédemment établies lors de l’élaboration de souvenirs archaïques. Mais grâce à cette nouvelle expérimentation, on sait désormais que chez la souris, les souvenirs liés à la petite enfance n’ont pas disparu. Ils sont plutôt enfouis profondément dans leur cerveau, et ne demandent qu’à être réactivés pour être remémorés. Des tests n’ont pas encore été menés chez l’Homme, mais tout laisse penser que le même mécanisme est à l’oeuvre dans notre cerveau.

Publié le mardi 17 juillet 2018 à 15:03, modifications mardi 17 juillet 2018 à 12:50

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