Chanel vend des produits fabriqués par Pôle emploi

Par Nassim Terki Publié le 25/04/2024 à 10:00
Devanture de Chanel

Chanel vendait des pièces produites par des personnes en formation rémunérées par France Travail via le dispositif AFPR.
Deux femmes témoignent avoir été éjectées de la formation à trois jours de la fin.

Chanel, la marque de luxe déjà controversée fait encore parler d'elle, dans le mauvais sens toujours. Nouveau scandale qui vise l'un des leaders de la maroquinerie.

Chanel, la prestigieuse marque de luxe, se retrouve au cœur d'une polémique concernant l'exploitation de personnes en formation pour la production de ses pièces. Mediapart révèle les témoignages accablants de stagiaires évincés à la dernière minute, laissant planer le doute sur des pratiques douteuses. Cette affaire jette une lumière crue sur les coulisses de l'industrie de la mode et soulève des questions éthiques cruciales.

Le scandale des pièces de luxe : quand la formation devient de l'exploitation

Ce lundi 22 avril, une révélation choquante a été faite par Mediapart concernant la marque de luxe Chanel. En effet, il a été découvert que certaines pièces vendues par la célèbre marque étaient en réalité produites par des personnes en formation, rémunérées par France Travail (ex-Pôle emploi). Deux personnes sélectionnées via le dispositif AFPR ont témoigné de cette pratique.

Lors d'une réunion d'information le 20 avril 2023 à l'agence Pôle emploi de Millau (Aveyron), Sylvie*, 55 ans, exprime son indignation en qualifiant cette situation de « travail dissimulé ». Elle et Isabelle*, 52 ans, ont suivies une formation en maroquinerie chez le gantier Causse, financée par France Travail. Cette manufacture spécialisée dans la ganterie, rachetée par Chanel en 2012, offre une opportunité de formation qui suscite l'enthousiasme d'Isabelle, pour qui travailler pour Chanel est un « rêve de gamine ».

Cependant, selon les révélations de Mediapart, malgré la promesse d'un CDD à la fin de la formation, Sylvie et Isabelle ont été éjectées de la formation à trois jours de la fin. Au début de leur apprentissage, les stagiaires ont été formés sur des pièces d'essai pour Chanel. Mais une fois les premiers tests réussis et certains stagiaires éliminés, les choses ont pris un tournant inattendu. Comme l'a rapporté Isabelle, on leur a annoncé : « Vous êtes prêtes ? On va travailler avec du cuir et de vraies pièces, et si elles sont correctes, ça part à la vente ». Chanel a confirmé cette pratique en déclarant que « si la pièce confectionnée répond à nos critères d'excellence, elle peut être commercialisée ».

Cette révélation soulève des questions éthiques importantes sur les pratiques de certaines marques de luxe et l'exploitation potentielle des personnes en formation.

Formation professionnelle ou exploitation déguisée ?

Au cœur d'un programme de formation professionnelle controversé, quatre stagiaires ont exprimé leurs préoccupations quant à des pratiques douteuses. Selon Guillaume Bourdic de la CGT France Travail, ces stagiaires, en situation de précarité, auraient été exploités en travaillant gratuitement dans l'espoir d'obtenir un contrat de travail. Malgré leurs doutes, tous ont poursuivi la formation qui s'est conclue par un processus de « tutorat interne »visant à évaluer leur capacité à suivre la cadence de production.

Malheureusement, pour Sylvie et Isabelle, l'issue était décevante. Après avoir réalisé des performances en dessous des attentes, elles ont été informées, à trois jours de la fin du programme, qu'elles ne seraient pas embauchées. Un dénouement amer pour Isabelle qui a épuisé ses droits au chômage pendant sa formation, et pour Sylvie, dont le salaire (723 euros) à peine supérieur à celui des produits qu'elle assemblait (660 euros) ne lui a pas permis de toucher d'allocations.

Pourtant, selon Chanel, l'entreprise en charge de l'atelier d'assemblage, la majorité des stagiaires formés ont été embauchés suite au programme AFPR mis en place il y a cinq ans. Ces chiffres sont remis en question, notamment par le fait que six stagiaires d'une promotion récente n'ont pas été retenus pour un emploi permanent. Une réalité qui soulève des interrogations sur la véritable efficacité de ces programmes de formation.

*Les prénoms ont été modifiés.

Passionné par l'écriture et la découverte de nouveaux horizons, je m'attelle à rédiger des articles sur une multitude de sujets avec curiosité et rigueur. Contribuer à la couverture de l'actualité est pour moi un véritable défi quotidien.

Aucun commentaire à «Chanel vend des produits fabriqués par Pôle emploi»

Laisser un commentaire

Les Commentaires sont soumis à modération. Seuls les commentaires pertinents et étoffés seront validés. - * Champs requis