Environnement

Interdiction du glyphosate : Comprendre la polémique autour du pesticide

Alors qu’il a annoncé l’interdiction du glyphosate, le gouvernement a finalement promis « des progrès significatifs » pour en finir avec cet herbicide controversé.

Le gouvernement a promis lundi 25 septembre de s’engager à « des progrès significatifs » d’ici 2022 pour tous les pesticides, dont le glyphosate.

Le Premier ministre a arbitré pour faire en sorte que ce produit soit interdit en France. Ainsi que tous ceux qui lui ressemblent. Et qui menacent la santé des Français, d’ici la fin du quinquennat.

A déclaré Christophe Castaner sur RMCBFMTV.

Or, plus l’échéance de l’interdiction du glyphosate se rapproche, plus les esprits s’échauffent en France. Si l’Europe doit décider avant la fin de l’année de l’avenir de cet herbicide, le porte-parole du gouvernement a réaffirmé qu’il serait interdit d’ici 2022. Cependant, dans le même temps, la présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Christiane Lambert, a rencontré le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, pour obtenir un délai plus long.

Le glyphosate : dangereux pour la santé ?

Synthétisé par le géant américain des biotechnologies agricoles, Monsanto Company, dans les années 1970, le glyphosate est aujourd’hui l’herbicide le plus utilisé dans le monde. Or, depuis les années 2000, son brevet est tombé dans le domaine public. Aujourd’hui, il est utilisé en grande quantité dans de très nombreux produits.

Pourtant, il fait l’objet d’un débat sans fin au sein des instances scientifiques et politiques mondiales. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme une substance cancérogène « probable chez l’homme ». Même si « les preuves sont limitées ». Cependant, six mois plus tard, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a quant à elle jugé ce risque cancérogène « improbable ». Elle a estimé que la substance n’était pas non plus génotoxique, c’est-à-dire susceptible d’endommager l’ADN.

Enfin, des scientifiques et des ONG ont dénoncé une évaluation européenne « biaisée » concernant l’aspect cancérigène du glyphosate. Selon eux, les rapports sur lesquels s’appuient l’Union européenne minimiseraient le risque sanitaire. Ainsi, des parlementaires et des ONG comme l’association bruxelloise Corporate Europe Observatory (CEO), ont réclamé l’accès à l’intégralité des études industrielles utilisées, dont seuls des résumés sont fournis. L’industrie des pesticides invoque de son côté la confidentialité, le secret commercial et la propriété intellectuelle.

Bras de fer entre la France, l’Union européenne et les agriculteurs

En outre, classé « cancérogène probable » en 2015, le glyphosate est interdit d’utilisation par les collectivités dans les espaces ouverts au public depuis janvier 2017. Pourtant, le produit reste aujourd’hui très utilisé en agriculture. Il sert à lutter contre les mauvaises herbes et maximiser les rendements des cultures.

Ainsi, des agriculteurs du syndicat FNSEA ont manifesté vendredi 22 septembre à Paris sur les Champs-Élysées. Ils s’opposaient notamment à une « distorsion de concurrence » avec l’agriculture des pays voisins. Celle-ci peut utiliser le produit et donc bénéficier de coûts de production plus bas et plus avantageux. Car en théorie, chaque Etat peut retirer une autorisation de commercialisation sur son territoire, même si l’Union européenne en a décidé le contraire. Ainsi, la France a déjà prévu l’interdiction totale du glyphosate hors agriculture d’ici le 1er janvier 2019. Reste qu’une interdiction qui irait à l’encontre des autres pays européens placerait les agriculteurs français dans une situation de concurrence jugée insoutenable par les acteurs du secteur.

Il est hors de question que si l’Europe dit oui, la France dise non ! Pas de distorsion.

A martelé lundi la présidente de la FNSEA Christiane Lambert.

Au sein de l’Union européenne, le débat sur son interdiction doit être tranché avant le 15 décembre, date d’expiration de l’autorisation d’utiliser la molécule. Ainsi, le Portugal est favorable à son interdiction. Ce n’est pourtant pas le cas de la Grande-Bretagne, de l’Irlande, de la République tchèque. Ou encore de la Roumanie et de l’Espagne. Les autres pays prévoient de s’abstenir, ou n’ont toujours pas communiqué de réponse (c’est le cas de l’Allemagne, notamment).

Publié le mardi 26 septembre 2017 à 12:51, modifications mardi 26 septembre 2017 à 10:27

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