Chroniques

Revenu universel : Un modèle sociétal réaliste ?

De la gauche en passant par la droite, voire l’extrême-droite : l’idée de l’instauration d’un revenu universel est sur toutes les lèvres et dans tous les programmes. En effet, le concept est au cœur de tous les débats, à quatre mois du premier tour de l’élection présidentielle.

Le revenu universel sera très certainement l’un des sujets les plus récurrents lors des débats en vue de l’élection présidentielle. Déjà, force est de constater que de nombreux candidats se sont appropriés le concept.

Le principe du revenu universel

Revenu de base, allocation universelle, revenu d’existence, revenu citoyen…

Les appellations divergent mais l’idée reste la même : verser à chaque citoyen un revenu mensuel, quelle que soit leur situation familiale. Sans condition, il est cumulable avec d’autres revenus et est éligible sans condition de délai.

Fixé à environ 700 ou 800 euros dans la plupart des projets, ce revenu pourrait s’ajouter à certaines allocations (par exemple l’aide au logement) ou les remplacer selon les programmes électoraux.

Pour les défenseurs de l’idée, le dispositif a pour objectif d’éradiquer l’extrême pauvreté et de faire face aux accidents de la vie. Le revenu universel permettant d’assurer à ses bénéficiaires de quoi subvenir à leurs besoins vitaux (logement, alimentation, santé).

Ainsi, les partisans de cette allocation partent du principe que les prestations sociales actuellement versées en France ne correspondent plus à aucun modèle viable.

En effet, certains courants de pensées défendent le revenu de base au nom de l’autonomie et du développement personnel des citoyens. Ils estiment qu’il faut repenser la place du travail dans la société. L’objectif d’une telle allocation universelle étant de permettre une vie sans pression pécuniaire.

Selon Le Monde, il s’agit de la vision «émancipatrice» du revenu universel, défendue par le Mouvement français pour un revenu de base.

Pour les libéraux, l’argument est plus pragmatique. L’objectif du revenu de base permettrait également d’optimiser le système d’aides sociales, en remplaçant l’ensemble des prestations sociales existantes.

Qui prône le revenu universel ?

Si l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle l’ont évoqué, seuls 5 candidats l’ont explicitement décliné dans leur programme électoral.

L’idée du revenu universel est principalement portée par des personnalités de gauche.

Ainsi, on retrouve :

  • Benoît Hamon :

Le candidat à la primaire de la Gauche en a fait un des points phares de sa campagne. En effet, Benoît Hamon est celui qui va le plus loin, tout en étant le plus précis.

Il veut ainsi instaurer « un revenu universel d’existence ». Fixé à 750 euros par mois, il serait versé de façon systématique, à partir de 2020 à tous les citoyens de plus de 18 ans. Un revenu alloué aussi bien donc ceux qui ne travaillent pas qu’à ceux qui travaillent quel que soit le salaire qu’ils touchent.

  • Jean-Luc Bennahmias :

Le candidat à la primaire de la Gauche propose un revenu universel fixé à 800 euros par mois versés à tout le monde. Cependant, avec une limite dans le temps : avec un déploiement sur une ou deux mandatures.

  • Yannick Jadot :

Pour le candidat désigné d’Europe-Ecologie-Les-Verts, il s’agirait d’un « RSA-socle ». Son montant serait fixé à 535 euros par mois.

  • Charlotte Marchandise et Pierre Larrouturou :

Pour la candidate désignée de LaPrimaire.org et le candidat de Nouvelle Donne, le revenu universel serait fixé à 1.200 euros.

Un revenu universel plus nuancé

Si Manuel Valls a, à de nombreuses reprises, défendu le revenu universel, il préconise en réalité un «revenu décent», versé uniquement aux plus précaires. Une prestation qui, bien que plus élevée que chez la plupart de ses adversaires (entre 800 et 850 euros), n’est donc ni universelle ni inconditionnelle.

Pour l’ancien Premier ministre, en l’état le projet « n’aurait aucun sens, car trop coûteux».

Même son de cloche du côté du candidat victorieux de la primaire de la droite et du centre. En effet, pour François Fillon, un « revenu décent » doit être établi en fusionnant toutes les aides sociales en une prestation unique.

Mais pour ce dernier, plutôt que de fixer un plancher de revenus à 800-850 euros comme Manuel Valls, il veut au contraire plafonner le cumul de toutes les aides sociales à 75 % du Smic (847 euros).

Pour contrebalancer les dépenses inhérentes au revenu universel, certains envisagent de nouveaux impôts. Il s’agirait, par exemple, de taxes sur le patrimoine, une plus forte imposition des multinationales, la taxation des robots ou des transactions monétaires, voire une politique de création monétaire.

Les expériences dans d’autres pays

Depuis le 1er janvier, la Finlande a mis en place le revenu universel. Il s’agit d’une première en Europe.

Ainsi, 2.000 demandeurs d’emploi de 25 à 58 ans, tirés au sort, vont percevoir pendant deux ans la somme de 560 euros par mois, au lieu de leurs traditionnelles allocations.

L’idée est une source d’inspiration pour les Pays-Bas et l’Ecosse (Royaume-Uni). Dans ces pays, le sujet est de plus en plus récurrent dans les débats publics.

Chez nos voisins allemands, seize citoyens, qui ont été tirés au sort, vont percevoir un revenu de 1 000 euros pendant un an, financé via une plateforme de crowdfunding (financement participatif).

De l’autre côté de l’Atlantique, le revenu de base est actuellement expérimenté sous une forme alternative en Alaska. L’Etat américain a choisi de reverser chaque année depuis 1982 les revenus du pétrole et du gaz à ses habitants installés depuis cinq ans. Cette allocation nommée Alaska Permanent Fund s’élevait en 2015 à 1 800 euros par an.

Le Brésil a inscrit le revenu universel dans sa Constitution en 2004, comme un idéal à atteindre.

Entre 2008 et 2014, une allocation, conditionnée à la scolarisation des enfants, a été versée aux familles les plus pauvres. Ce programme, intitulé Bolsa Familia, a permis d’améliorer le taux de scolarisation et de sortir de la pauvreté un très grand nombre de foyers.

A l’inverse, les Suisses, ont catégoriquement refusé la proposition. Ils ont ainsi dit non à près de 76% lors d’un référendum organisé en juin dernier.

Quelles sont les limites opposées au revenu universel ?

Actuellement les détracteurs du revenu universel estiment que celui-ci serait une invitation à la paresse.

Chimérique et surtout très coûteux, le dispositif encouragerait l’oisiveté. De plus, il généraliserait l’assistance et mépriserait la valeur travail.

Pourtant, selon Libération, différentes études et expériences menées sur le sujet ont révélé qu’un salaire à vie n’incite pas ses bénéficiaires à cesser toute activité. Au contraire, les allocataires ont plutôt tendance à réduire leur temps de travail pour privilégier d’autres activités pas forcément rémunératrices.

En bref, la philosophie du revenu de base poursuit son chemin dans de nombreux mouvements à travers le monde. Pourtant, le projet demeure donc encore loin d’être universel, inconditionnel, automatique et permanent.

Publié le lundi 9 janvier 2017 à 9:55, modifications lundi 9 janvier 2017 à 9:55

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