Société

Starbucks : Deux employés choqués après la formation préventive contre le racisme

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Le leader mondial du café à emporter Starbucks a souhaité pallier le comportement discriminatoire de certains de ses employés envers la clientèle en leur imposant un stage de prévention déjà controversé.

À l’origine, une polémique compromettante

Le 15 avril dernier, une vidéo relayée sur Twitter avait fait grand bruit : celle-ci montrait deux hommes noirs arrêtés par la police dans un Starbucks de Philadelphie, aux États-Unis. En cause, un appel de l’un des employés du café alors qu’aucun des deux individus n’avait commis quoi que ce soit. Cet événement interprété comme une preuve de racisme avait poussé Kevin Johnson, le PDG de la chaîne à présenter ses excuses et à prendre des mesures préventives. De fait, il annonçait deux jours plus tard la fermeture de 8000 de ses établissements dans le pays pour l’après-midi du 29 mai 2018, afin de sensibiliser son personnel aux questions du racisme et de la discrimination.

Deux employés d’une session témoignent

Une décision honorable, mais qui dans les formes peut s’avérer être une erreur de plus pour la franchise mythique de Seattle, coutumière du fait. Car plusieurs employés d’une même session à Philadelphie pointent de manière défavorable la formation à laquelle ils ont assisté mardi dernier. En guise de méthode préventive, une série de vidéos contenant des actes de maltraitance commis par des personnes blanches envers des anonymes d’origine étrangère leur auraient été diffusées pendant 8 heures, sans plus de commentaires.

Deux jeunes baristas travaillant pour Starbucks à Philadelphie ont témoigné dans une enquête de Philly Mag, un magazine local :

Je leur ai dit que je n’aimais pas voir ces vidéos et ils m’ont dit que j’avais le droit de donner mon opinion.

A confié l’une d’entre eux.

Choquée par la brutalité de certaines séquences, une de leurs collègues aurait ensuite quitté le programme.

Un malaise paradoxal et contre-productif

Outre la dégradation supplémentaire de l’image de l’entreprise mondialement connue, si cette faute de management est bien réelle, elle pourrait avoir de lourdes conséquences pour la vie professionnelle de nombreux employés, voire même aggraver les problèmes visés. Car au cours du même récit, les deux témoins ont indiqué que la formation était assurée par des personnes de couleur blanche, à destination du personnel de couleur. Par conséquent, en plus d’être mis mal à l’aide par les images, les employés d’origine étrangère se seraient sentis « ciblés ».

Chaque activité était axée sur les personnes de couleur et sur ce qu’elles ressentaient à propos de leur race […] Si votre formation raciale est censée être inclusive, pourquoi ne parlez-vous pas aussi de ce que les blancs vivent, puisqu’ils font aussi partie du problème ?

A déploré la jeune femme de 18 ans.

Son collègue d’origine portoricaine confirme s’être senti « au centre de l’attention » alors qu’il n’était pas la source du problème. L’enquête a dévoilé les pages d’un carnet à remplir, avec des questions concernant le ressenti des employés de couleur quant à leur identité. Ce qui, à terme, pourrait engendrer une différence de traitement en interne de ces coéquipiers et dégrader les relations au sein même des équipes de Starbucks. Davantage qu’une simple bourde, le potentiel échec de cette journée, qui s’est conclue par la distribution d’un guide de bonne conduite, traduirait l’incapacité de la marque à bien former et gérer les 175 000 salariés de ses magasins, mais également à traiter ce type de problématique pourtant essentielle.

Le projet avait été longuement mûri

Précisons que la direction de l’entreprise avait au préalable suivi une formation pour « Établir l’empathie » et « Se mettre dans la peau des gens de couleur », comme le déclarait sur CNN Howard Schultz, co-dirigeant de Starbucks. À la suite de la polémique lancée par plusieurs vidéos de cas similaires publiées sur internet, la multinationale avait fait pénitence, assurant publiquement que le stage prévu pour mai serait de qualité et efficace avant « d’étendre cette formation dans le monde entier ». Heather McGhee, la présidente de l’association Demos, qui lutte contre les discriminations avait même insisté sur la fiabilité du programme validé, annonçant qu’un rapport serait publié en juin sur l’avenir de cette formation.

Starbucks et le racisme aux États-Unis

En matière de plan d’action bancal, Howard Schultz n’en est pas à son coup d’essai. En mars 2015, le patron de Starbucks avait validé, malgré les avertissements, la campagne « RaceTogether » consistant à proposer à chaque client de discuter avec leur serveur d’esclavagisme et de discrimination raciale aux États-Unis. Si le consommateur acceptait, il avait alors droit à ce que l’inscription « #RaceTogether » soit inscrite sur son gobelet de café. Aussitôt mise en œuvre, l’opération délicate a suscité de vives critiques, arguant que les principaux représentants en charge de promouvoir cette initiative étaient blancs, de même que la plupart des membres du conseil d’administration décisionnaire. De plus, aucune formation n’aurait été imposée aux employés participants. Ces failles ont entraîné le retrait de la campagne jugée opportuniste et gênante une semaine à peine après son coup d’envoi, bien que Starbucks ait affirmé qu’elle ne devait durer qu’une semaine.

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Fabiola Cineas, le journaliste ayant recueilli les propos des deux jeunes employés s’est enquis auprès de Starbucks de l’avis de la compagnie, suite aux échos émis sur sa formation. La réponse d’un porte-parole a été la suivante : « Le 29 mai n’était pas la solution, c’était un pas. Nous n’arrêterons pas d’évaluer les progrès et resterons ouverts à la discussion. ». L’enquête commandée pour le mois de juin sur les résultats du programme devrait en dire davantage.

Publié le mercredi 6 juin 2018 à 11:19, modifications mercredi 6 juin 2018 à 12:34

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