Société

Kate Millett, figure emblématique du féminisme, s’est éteinte

L’auteure Kate Millett fut une figure majeure du féminisme. Son livre, La Politique du mâle, fut salué par la presse comme le premier livre féministe d’importance depuis la parution, en 1949, du Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir.

Kate Millett est décédée mercredi 6 septembre, à l’âge de 82 ans, à Paris.

Selon une information du Nouvel Obs, elle a été emportée par une crise cardiaque lors d’une visite dans la capitale Parisienne. L’écrivaine était venue fêter son anniversaire avec sa femme et collaboratrice, la photojournaliste canadienne Sophie Keir.

Une référence pour les mouvements féministes

Activiste, militante, artiste et enseignante, elle a signé les livres les plus avant-gardistes de son époque. En effet, dans ses textes, elle évoque des millénaires d’exclusion juridique, politique, sociale et culturelle dans la condition des femmes.

Née le 14 septembre 1934 dans le Minnesota, Kate Millett a grandi dans une famille catholique d’origine irlandaise. Son père, un ingénieur alcoolique et violent, a abandonné sa mère et ses trois sœurs alors qu’elle n’a que 14 ans.

Étudiante à l’université du Minnesota, puis à Oxford en 1956, elle s’est spécialisée dans les auteurs victoriens. Venue s’installer à New York, elle a appris à sculpter et à peindre, tout en enseignant dans une école maternelle à Harlem. En 1961, la féministe a alors pris la décision de déménager au Japon où elle étudie la sculpture. Kate Millett y rencontra le sculpteur Fumio Yoshimura, qui deviendra son époux en 1965.

L’auteure a commencé à s’intéresser au féminisme quand elle a découvert le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir pendant ses études à Oxford. Son Sexual Politics, traduit sous le titre La Politique du mâle sort au printemps 1971 chez Stock. S’en suit l’essai de Betty Friedan La Femme mystifiée (1964). L’ouvrage analysait comment les bénéficiaires de la société de consommation, les magazines féminins et la publicité, ont recréé un nouveau mythe de la femme au foyer.

L’institution première du patriarcat, c’est la famille. Tout à la fois un miroir et une connexion avec la grande société. Une unité patriarcale, dans un ensemble patriarcal.

Écrivait Kate Millett, dans Sexual Politics

Une femme torturée

Après avoir admis en public son homosexualité, elle publie Flying. Dans cet ouvrage, elle se dévoile entièrement, évoquant les souffrances qui vont de pair avec la célébrité. Mais aussi sa sexualité, l’alcoolisme et ses envies suicidaires. Elle écrit ensuite un autre livre autobiographique, Sita. Dans celui-ci, il est question de sa sexualité, qu’elle explore au côté de sa compagne. Elle publie ensuite La Cave, méditations sur un sacrifice humain, et Iran, après s’être rendue dans ce pays en 1979 pour y soutenir les droits des femmes avant d’en être expulsée.

Son livre The Loony Bin-Trip, paru en 1990, est quant à lui inspiré de son expérience personnelle en hôpital psychiatrique. En effet, souffrant de troubles bipolaires, elle fut internée sans son consentement. Ainsi, tous ses livres font écho à une vie consacrée à la libération sexuelle.

De nombreux d’hommages

C’était une intellectuelle au style européen. Cosmopolite, lettrée, voyageuse, aux talents multiples, qui aimait les rituels. Une femme qui fumait, qui aimait boire du vin au dîner. Et, le matin, prenait souvent son café dans un bol.

S’est souvenue Phyllis Chesler, amie et autre figure du féminisme américain.

Parmi les nombreux hommages sur Twitter, l’actrice et scénariste américaine Lena Dunham a salué une femme qui :

a été la pionnière de la pensée féministe. A déstigmatisé la maladie mentale. Portait d’immenses lunettes à la mode.

Toute sa vie, l’activiste a contesté les diagnostics et les étiquettes. En effet, Kate Millett a milité dans le mouvement antipsychiatrie, en particulier au MindFreedom International.

Dans un documentaire de Léonore Paurat, on pouvait l’entendre dire, à 65 ans, un peu sombre :

Rien n’a changé dans ce pays depuis vingt ans, le féminisme n’apporte plus rien dans la vie quotidienne. Et les Américaines risquent toujours de perdre le droit à l’avortement.

Publié le lundi 11 septembre 2017 à 11:12, modifications lundi 11 septembre 2017 à 10:43

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