Société

Des footballeurs espagnols à la retraite aident à lutter contre la démence

Qui est donc ce joueur du FC Barcelone projeté sur l’écran ? Avec d’anciens footballeurs, huit pensionnaires d’une maison de retraite de Madrid s’adonnent à cette devinette dans le cadre d’un programme pour stimuler, à l’aide du ballon rond, leur fragile mémoire.

“Diego Maradona ?”, tente une dame aux cheveux blancs, pensant reconnaître le légendaire Argentin qui a évolué au Barça de 1982 à 1984.

“Très bien!”, répond Javier Torres, ancien arrière droit du Real Valladolid, les manches de son pull gris retroussées jusqu’aux coudes. Dans une salle décorée d’une gigantesque photo de chute d’eau, il continue le jeu en posant au groupe de cinq femmes et trois hommes une autre question : Maradona était-il droitier ou gaucher?

Des ateliers comme celui-ci, la maison de retraite privée Ballesol Olavide en organise chaque semaine pendant trois mois pour les seniors souffrant de démence, comme la maladie d’Alzheimer, ou risquant de la développer. D’anciens joueurs professionnels animent une séance de deux heures en montrant de vieilles photos, vidéos et souvenirs footballistiques pour aider les seniors à se rappeler des moments de leur vie. Le personnel de la maison de retraite et les familles des pensionnaires estiment que cela leur permet d’entretenir une mémoire par moments défaillante.

‘Emotions fortes’

Un des pensionnaires (c) d'une maison de retraite réagit lors d'un atelier pour stimuler la mémoire, le 28 novembre 2018 à Madrid

(credit photo AFP/Archives) Un des pensionnaires (c) d’une maison de retraite réagit lors d’un atelier pour stimuler la mémoire, le 28 novembre 2018 à Madrid

Si la méthode – utiliser des objets et images pour faire resurgir des souvenirs – est bien connue des médecins, c’est l’utilisation du football pour l’appliquer qui est nouvelle.

Des études ont montré que la “thérapie par réminiscence” améliore l’activité cognitive et la qualité de vie des seniors : les jeux permettent d’augmenter la confiance en soi et de combattre la solitude.

La Fédération espagnole d’associations d’anciens footballeurs (FEAFV) a lancé ce programme en 2016, s’inspirant d’une initiative similaire en Écosse, convaincue qu’il conviendrait parfaitement à un pays mordu de foot comme l’Espagne.

Le football est une émotion très forte. C’est quelque chose dont les gens se souviennent

affirme à l’AFP son président Juan Maria Zurriqueta, ancien défenseur de l’Athletic Bilbao aujourd’hui âgé de 77 ans.

Les animateurs tentent de lier des matches joués il y a des décennies à des moments de la vie quotidienne des seniors car les souvenirs d’enfance et de jeunesse sont souvent les derniers à se perdre, explique Juan Maria Zurriqueta. À la maison de retraite Ballesol Olavide, les animateurs demandent ainsi aux seniors où ils travaillaient en 1982, quand l’Italie affrontait la RFA en finale de la Coupe du monde au stade Santiago-Bernabeu de Madrid.

Le football marque tout le monde

Des pensionnaires (au fond) d'une maison de retraite suivent un atelier pour stimuler la mémoire, le 28 novembre 2018 à Madrid

(credit photo AFP/Archives) Des pensionnaires (au fond) d’une maison de retraite suivent un atelier pour stimuler la mémoire, le 28 novembre 2018 à Madrid

Qu’est-ce qui vous unit vraiment avec votre enfance, qui vous marque ? Une des choses qui vous marque beaucoup, en Espagne ou en Europe, c’est le football

assure Roberto Solozabal, champion olympique avec l’Espagne aux Jeux de Barcelone en 1992.

Cela nous touche tous, directement ou pas. Vous pouvez ne pas aimer le football, mais votre partenaire ou vos enfants vont l’aimer

explique cet ancien défenseur de l’Atletico Madrid, aujourd’hui âgé de 48 ans.

C’est ce qui fait que ces ateliers aident à éveiller les souvenirs et vous amènent à d’autres aspects de votre vie qui sont sûrement les plus intéressants

poursuit-il.

Les participants sont encouragés à écrire dans un cahier les souvenirs ravivés lors de ces séances.

“Ça m’aide à ne pas perdre la tête”, raconte Ricardo Marina Liceras, ancien camionneur de 87 ans, pensionnaire de Ballesol Olavide depuis moins d’un an. Les ateliers lui ont, dit-il, permis de “mieux connaître les autres”. “Je les connaissais de vue, mais maintenant, on se fait plus confiance pour se parler.”

Beatriz Gema Rodriguez Blazquez, qui est psychologue dans cette maison de retraite, assure également: “Au niveau émotionnel, beaucoup de choses ont changé.” Le fait que les conversations tournent autour du football, “un sujet qui leur plaît, qui les passionne”, aide beaucoup, ajoute-t-elle. “Je les trouve beaucoup plus motivés et pleins d’envie de travailler et de se souvenir.”

La FEAFV a organisé 22 ateliers dans dix villes d’Espagne en 2016 et 2017, animés à chaque fois par des joueurs professionnels retraités, et compte en organiser 20 cette année, en partie financés par une association de footballeurs.

Publié le lundi 26 février 2018 à 14:17, modifications lundi 26 février 2018 à 11:47

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !