Société

“C’est mieux au collège”: A Vincennes, la nostalgie des élèves contraints au télé-enseignement

“C’est mieux au collège”: après deux semaines de télé-enseignement forcé à cause de la fermeture de leur établissement à Vincennes, pollué par un solvant chloré, la nostalgie des élèves est sans appel. Inquiets, leurs parents aident du mieux qu’ils peuvent.

“Allez Doudou, tu ranges ton téléphone, on bosse !” Dans son petit appartement de cette banlieue cossue aux portes de Paris, Judith Peluso tente de motiver sa fille Zia, 12 ans, face à son ordinateur. Seule face à l’écran, l’élève de 5e s’attelle à un test de biologie.

Apprendre sur ordinateur, gérer son temps seul et voir ses professeurs seulement six heures par semaine, dans une poignée de salles municipales. Depuis fin novembre, c’est le quotidien de 450 élèves de Vincennes. Le collège Saint-Exupéry, installé dans une ancienne usine, a brutalement fermé ses portes après la découverte d’un solvant chloré toxique dans les bâtiments.

Devant l’urgence, l’Éducation nationale et le département du Val-de-Marne ont envoyé les 6e vers un autre établissement, dans la ville voisine de Saint-Mandé. Les 5e, 4e et 3e utilisent eux un “cartable numérique”, jusqu’aux vacances de Noël.

“Logistique lourde”

La plateforme s’organise en plusieurs icônes : recevoir des courriels, stocker des documents, dialoguer en direct avec le professeur, s’entraîner à l’oral, visionner un tutoriel… Ce cartable en ligne doit empêcher de prendre du retard dans les programmes, selon l’académie de Créteil.

En pratique, la classe ne se transpose pas facilement dans un salon. Zia et sa mère ont régulièrement des problèmes de connexion, ou de codes non valides pour accéder aux liens envoyés par les professeurs. Les enseignants “accumulent les exercices sans savoir ce que les autres ont déjà demandé”, soupire Mme Peluso, déçue par la pédagogie mise en oeuvre. Pour elle, “c’est pas un vrai télé-enseignement, Zia passe juste sa journée à faire des devoirs”.

Le collège Saint-Exupéry, installé dans une ancienne usine, a brutalement fermé ses portes après la découverte d'un solvant chloré toxique dans les bâtiments

(credit photo AFP) Le collège Saint-Exupéry, installé dans une ancienne usine, a brutalement fermé ses portes après la découverte d’un solvant chloré toxique dans les bâtiments

Face à cette “logistique super lourde”, la famille se sent “démunie”, raconte-t-elle, et les pleurs émaillent certaines soirées.

Livrée à elle-même, l’adolescente manque aussi d’autonomie. Sa mère confie :

En 5e, c’est encore des bébés.

Zia confie derrière son appareil dentaire :

Je ne pensais pas que le collège allait me manquer comme ça.

Face à un “dispositif pas au point du tout (…), on se sent un peu comme des souris de labo”, peste Mme Peluso.

Première depuis la grippe A

Une critique balayée par la déléguée académique au numérique, Rozenn Dagorn, convaincue que la plateforme pousse les élèves vers “davantage d’autonomie et de coopération”.

La dernière expérimentation à grande échelle des “environnements numériques de travail” remontait à 2009, lorsque la grippe A avait provoqué la fermeture de centaines de classes en France.

Safia Khir, une maman de 4e C, estime :

Cobaye ou pas cobaye, c’est égal. L’important c’est qu’ils aient une solution.

Dans cette classe, les parents s’organisent: des “superviseurs” accueillent les élèves chez eux. Retraité, Didier Lambert encadre les enfants dans sa maison, entre le bar de sa cuisine et l’immense table à rallonge. Ainsi, il relativise :

Ca habitue les enfants à travailler en groupe, ça leur servira forcément plus tard.

Entre deux problèmes de maths, les élèves sont moins convaincus. Camille lance :

C’est mieux au collège.

Emma regrette :

C’était vraiment hyper bien.

A 13 ans, elle appartient à la génération Z, biberonnée à internet et collée aux smartphones et aux réseaux sociaux. Mais pour elle, “travailler avec un ordinateur, c’est beaucoup moins simple que sur papier”.

A côté d’elle, Thibault regrette “l’ambiance de classe, où on pouvait rebondir sur les questions des autres avec le professeur”.

Stéphane Gouret, professeur d’histoire-géographie reconnaît :

Mes élèves me manquent aussi. [L’outil numérique est] une manière moderne (d’enseigner), mais qui ne remplacera pas la présence du professeur.

Encore un peu de patience: collégiens et enseignants se retrouveront dès janvier dans un collège vide de Saint-Maur-des-Fossés. En attendant un retour à Vincennes dans des préfabriqués, prévu pour septembre 2018.

Publié le samedi 16 décembre 2017 à 12:17, modifications samedi 16 décembre 2017 à 11:52

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