Santé

Perturbateurs endocriniens : Le projet de réglementation européen a été rejeté

Les perturbateurs endocriniens sont des substances jugées dangereuses pour la santé humaine, et pourtant très présentes autour de nous. Une réglementation devrait normalement entrer en vigueur prochainement. Mais les eurodéputés viennent tout juste de rejeté, ce mercredi, la proposition de réglementation de Bruxelles. Pourquoi ? Minutes News vous explique tout en détails…

Le mercredi 4 octobre dernier, le Parlement de Strasbourg a rejeté à la majorité absolue le projet de réglementation concernent les perturbateurs endocriniens, appelés les PE. C’est pourtant un sujet polémique, qui inquiète beaucoup les consommateurs. Nombreux sont ceux qui attendaient avec impatience l’arrivée de cette nouvelle réglementation. Cependant, ce ne sera encore pas pour cette fois.

En effet, les députés européens devaient se prononcer la semaine dernière sur une proposition de réglementation concernant les perturbateurs endocriniens, déposée en septembre dernier. Mais, lors de cette session plénière, ils sont 235 à avoir voté contre, et 70 à s’être abstenus. L’objection, proposée par les groupes socialistes et verts, a donc obtenu une majorité.

De fait, la Commission Européenne va devoir se réunir à nouveau et travailler sur un nouveau projet. Le projet est considéré comme urgent, la nouvelle version devrait être présentée, selon les porte-paroles, dans les plus brefs délais.

Un sujet important qui mérite une grande attention

La réglementation sur les perturbateurs endocriniens, vient compléter le grand règlement européen sur les pesticides, qui date de 2009. L’objectif est d’identifier plus facilement les perturbateurs endocriniens afin de pouvoir les retirer du marché, voire carrément de les interdire. La réglementation qui a pour l’instant été envisagée concerne les perturbateurs endocriniens présents dans les pesticides. Mais devraient également être concernés rapidement les produits cosmétiques, les plastiques ou encore les jouets.

Quels sont les dangers des perturbateurs endocriniens ?

Les perturbateurs endocriniens sont pointés du doigt depuis plusieurs années car ils interagissent avec le système hormonal des êtres vivants. Ainsi, sont concernés aussi bien l’environnement que les organismes humains et animaux.

Récemment, c’est l’ONG Pesticide Action Network a publié un rapport mardi dernier, dans lequel on découvre qu’un tiers des fruits européens contiendraient des pesticides ayant des propriétés de perturbation endocrinienne. Les fruits comme la mandarine, le raisin, la pêche ou encore l’orange arrivent en tête de liste.

Certaines études semblent prouver que les perturbateurs endocriniens participent à l’augmentation de certaines maladies. Ainsi, ils augmenteraient les soucis liés à l’infertilité. Ils augmenteraient également les risques de développement de certains cancers. Les perturbateurs endocriniens favoriseraient également le diabète ou encore l’obésité. On parle également de troubles dans le développement du cerveau, comme l’autisme ou les troubles de l’attention chez les enfants.

L’étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a été très médiatisée. En effet, elle confirme qu’il y a un lien entre l’exposition à des perturbateurs endocriniens pendant la grossesse, et les troubles du comportement constaté chez les petits garçons entre trois en cinq ans.

Un vote regrettable selon le Commissaire européen à la Santé

Le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, ancien cardiologue, et à l’origine du projet de réglementation, est donc fortement déçu de le voir rejeté par les eurodéputés. Pourtant, ce projet a été fortement amendé ces derniers mois, car considéré comme trop laxiste. La communauté scientifique ainsi que la société civile, souhaitaient un renforcement de cette réglementation. Ils ont donc salué la décision de rejet du Parlement Européen.

La France s’est également positionnée contre la nouvelle réglementation. Même si le changement de Gouvernement et la nomination de Nicolas Huot au Ministère de l’Environnement avaient légèrement changé la donne, donnant un revirement de situation. Ainsi, grâce à ce revirement de la France, la Commission avait obtenu une majorité qualifiée le 4 juillet dernier. C’était l’aboutissement de plusieurs mois de négociations particulièrement compliquées.

Aujourd’hui, le projet est donc à nouveau au point zéro. C’est un point bien précis qui a engagé les eurodéputés à se prononcer contre la réglementation. En effet, les eurodéputés semblent dénoncer un abus de pouvoir…

L’objectif de la réglementation européenne sur les pesticides est donc de faire disparaître les perturbateurs endocriniens du marché. Mais une dérogation était prévue pour épargner les pesticides conçus pour agir sur le système endocrinien. Donc, cette dérogation concernait justement des pesticides conçus pour être des pesticides endocriniens !

Pourquoi les eurodéputés ont-ils dit NON ?

Les eurodéputés ont donc dénoncé une « désidentification » des perturbateurs endocriniens. C’est pour cette raison que le projet a été rejeté en masse par le Parlement européen. Ainsi, certains députés européens sont sortis du silence. Ils ont expliqué que ce projet était un joli compromis. Mais qu’il est totalement inacceptable de faire des compromis sur la santé de l’être humain. Certains ont également parlé de jeu politique malsain avec la santé des populations…

Pourtant, le texte avait été adopté en Commission le jeudi 28 septembre. Il ne manquait plus que l’approbation du Parlement européen, ce 4 octobre. Ce qui n’est donc pas le cas, les députés estimant que cette question de santé publique est trop importante pour laisser une place à un quelconque compromis.

Déjà beaucoup de retard

Les ONG telles que HEAL ou encore Alliance pour la Santé, se sont réjouies de la décision prises par le Parlement européen de rejeter en masse cette réglementation. Cependant, il faut savoir que la loi avait fixé un délai à la Commission Européenne concernant les perturbateurs endocriniens. Et le retard est déjà considérable, puisque la réglementation devait paraître il y a quatre ans, en 2013. Ce qui a déjà valu une condamnation par la Cour de Justice de l’Union Européenne en 2015.

Pour conclure, pas de réglementation concernant les perturbateurs endocriniens pour l’instant.

Publié le mardi 10 octobre 2017 à 12:19, modifications mardi 10 octobre 2017 à 13:23

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