Politique

Immigration US : un agent des frontières rit des pleurs d’enfants de migrants

La scène aurait été enregistrée dans un des centres de détention à la frontière mexicaine

Un document audio des pleurs d’enfants de migrants séparés de leur famille agite les États-Unis. Publié par le site ProPublica.org, la bande sonore donne à entendre un agent américain se moquer de la détresse d’enfants paniqués et en larmes.

Dans cet enregistrement des pleurs d’enfants de migrants, on entend d’abord un Sud-Américain prépubère se lamenter :

Je ne veux pas qu’ils arrêtent mon père…Je ne veux pas qu’ils le déportent…

Ainsi débute l’audio disponible en ligne lundi dernier sur Youtube.

Pleurs d’enfants de migrants : d’où vient cet audio ?

ProPublica.org (lien en anglais), qui l’a publié, est un organisme d’investigation à but non-lucratif. Il affirme se l’être procuré par l’intermédiaire de Jennifer Harbury.
Cette avocate, spécialiste en droits civiques, l’aurait quant à elle obtenu d’une personne présente sur les lieux : un de ses clients.

Cependant, le témoin de ces échanges désire rester anonyme pour se protéger. Il soutient néanmoins avoir encapsulé ces pleurs d’enfants de migrants la semaine dernière, au sein d’un centre américain de détention, à la frontière mexicaine. Plus particulièrement, dans un lieu de rétention du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis.

D’autres médias, dont CNN, ont tenté de vérifier à la fois la source et les événements entendus dans cette capsule. Mais, si Jennifer Harbury reconnait avoir livré l’enregistrement à ProPublica.org, elle refuse toutefois de livrer le nom de son informateur.  Le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis quant à lui, n’a toujours pas répondu à la demande d’éclaircissements de nos confrères.

Que dit la réaction de l’agent américain ?

Eh bien, c’est un véritable orchestre que nous avons là !

La moquerie du chargé aux frontières intervient à 1:00.

Elle fait suite aux réclamations d’une fillette et d’un garçonnet en désarroi. Entrecoupés de sanglots, leurs “papa, papa !” et “maman, maman !” n’obtiennent aucune réponse. Sinon, que le mépris de l’adulte, qui finit par rajouter :

Tout ce qui nous manque, c’est un chef d’orchestre !

Assène-t-il, satisfait.

Illustration de la “tolérance zéro” de Trump

Donald Trump présentant son projet de tolérance zéro lors d’un meeting / Crédits © AFP

L’enregistrement se présente comme une illustration des conséquences des lois anti-immigration américaines. Il remet en débat, dans le pays de l’Oncle Sam, la controversée politique “tolérance zéro” prônée par Donald Trump.

Le président américain a en effet durci l’outil légal à destination des personnes en situation irrégulière sur le sol nord-américain.

Désormais, les parents sans droit de séjour aux États-Unis sont séparés de leurs enfants. Ils sont emprisonnés, tandis que leur progéniture va dans des centres de rétention prévus à cet effet.

Une politique qui mobilise les Premières dames

Ce nouveau pas dans la lutte contre l’immigration clandestine aux frontières américaines ne manque pas de faire réagir outre-Atlantique. Deux anciennes Premières dames, Michelle Obama et Laura Bush, ont condamné la dureté de ces mesures.

Parfois, la vérité transcende les clivages politiques

Commente ainsi l’ex-locataire de la Maison-Blanche.

Michelle Obama, démocrate, profitait de l’occasion pour retweeter le message de la républicaine Laura Bush. Elle eut, de 2001 à 2009 le rôle de First Lady.

Je vis dans un état à la frontière. Je reconnais le besoin de protéger et de renforcer les frontières internationales. Mais cette politique de tolérance zéro est cruelle. Elle est immorale. Et me fend le cœur.

Toutes deux rejoignaient Melania Trump, sortie de son récent mutisme pour appeler à un accord. En effet, l’épouse du chef en exercice du Bureau ovale donnait son avis à CNN, via Stephanie Grisham.

Elle pense que nous devons être un pays qui respecte toutes les lois mais aussi un pays qui gouverne avec cœur.

Indiquait la directrice de la communication de l’actuelle Première dame.

Pleurs d’enfants de migrants : de la comédie !

C’est en tout cas ce que pensent les soutiens indéfectibles du magnat.  À l’instar de la célèbre éditorialiste républicaine Ann Coulter, qui dénonce une performance jouée par des enfants que manipuleraient les démocrates.

Sur la chaine de télévision orientée à droite Fox News, elle implore Donald Trump  :

Ces enfants, que l’on voit en ce moment sangloter et pleurer partout, 24h sur 24 dans le paysage audiovisuel, sont de véritables acteurs ! Ne tombez pas dans le panneau, M le Président !

Dit-elle sans sourciller.

Avant d’ajouter qu’au fond, elle est inquiète pour le Président, et espère qu’il ne se laisse pas influencer par les nouvelles larmoyantes en provenance des médias. Puis, l’invitée de l’émission The Next Revolution attaque la gauche américaine. Selon elle, les “liberals” seraient en réalité les instigateurs de cette performance qu’elle croit voir dans les pleurs d’enfants de migrants.

Un article du New Yorker, qui n’est pas un journal conservateur, le dit.

Poursuit-elle.

Et de développer :

Ils (l’équipe du papier présumé du New Yorker) décrivent comment ces enfants sont coachés. Les “liberals” leur donnent des scenarios à lire, d’après le New Yorker. Ne tombez pas dans leur panneau, M. le Président.

Termine la polémiste, sure d’elle.

Ann Coulter a-t-elle raison ?

Une mère hondurienne et sa fille se rendent, de leur propre volonté, aux autorités des frontières états-uniennes / Crédits © John Moore/Getty Images

Malgré son affirmation abrupte, aucun article du New Yorker ne renvoie à une telle information. Toutefois, un dossier du New York Times, dont elle aurait pu confondre le nom avec celui du New Yorker, traite un sujet proche. Ce journal de référence rapporte les propos de certains membres de l’administration de Trump.

Julie Hirschfeld Davis et Ron Nixon, les rédacteurs du “long-read” concerné, confrontent l’équipe qui applique les directives exigées par Trump aux critiques des Américains. Notamment, à celles de travailleurs sociaux et des démocrates.

En réponse à cela, certains membres officiels de l’administration de Donald Trump se défendent. Ils sont, de fait, cités dans l’article d’Hirschfeld Davis et Nixon. Là, ils affirment plusieurs choses. D’une part, que les enfants séparés de leurs parents sont bien traités. D’autre part, que la rupture du lien parental est une conséquence des zones grises des lois préexistantes. Donald Trump ne ferait que les leur faire appliquer à la lettre. Pour résoudre ce dilemme, ils exhortent les démocrates à coopérer.

Ensuite, ils soutiennent qu’une fois parents et enfants séparés, la prise en charge de ces derniers par les services de l’immigration les protègerait des passeurs. Enfin, selon ses officiels, certains de ces enfants auraient appris de leurs parents que répondre lors des interrogatoires des services de l’immigration, de façon à faciliter les demandes d’asile de la famille.

Il n’y a donc aucune mention d’une intervention de “liberals” pour influencer la parole de ces enfants, contrairement à ce que prétend Ann Coulter. Par ailleurs, le New York Times ne fait que retranscrire, tels quels, les propos d’une administration proche de Trump, prise sous les feux de la rampe. Et qui, sans surprise, se défend du mieux qu’elle peut.

Publié le mercredi 20 juin 2018 à 17:34, modifications mercredi 20 juin 2018 à 17:05

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