Politique

Comptes de campagne d’Emmanuel Macron : La République En Marche publie des documents jugés troublants

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Les comptes de campagne d’Emmanuel Macron continuent de faire polémique. Après la révélation de tarifs privilégiés accordés au candidat d’En Marche par des salles de spectacle, franceinfo répond au démenti du parti.

Des ristournes déclarées « normales et régulières »

Ces factures suscitent bien des interrogations. Pointées par Mediapart, Le Monde et franceinfo la semaine dernière, de mystérieuses remises ont été accordées à Emmanuel Macron par plusieurs sociétés lors de sa campagne. Après examen de milliers de factures, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a conclu dans un communiqué publié jeudi dernier que ces « ristournes » étaient « normales et régulières ». Pour étayer son propos, la commission soutient que ces remises exceptionnelles, pouvant s’élever jusqu’à 30%, sont monnaie courante :

Dans le secteur de la communication et pour l’organisation d’événements tels que les réunions publiques, il existe une pratique commerciale largement répandue consistant à faire bénéficier le client d’une remise pouvant aller de 20% à 30 %.

Spécifiant par ailleurs que François Fillon aurait également bénéficié d’une remise de 24% pour la réunion du parti Les Républicains dans les mêmes lieux, de même que Benoît Hamon se serait vu accordé un rabais de 18,7% par Match Event pour une réunion à Bercy.

Loin d’apaiser le scepticisme des journalistes, ces conclusions n’ont pas suffit à estomper leurs doutes. Car le contexte de ces baisses de prix pose tout autant problème.

franceinfo a mené l’enquête

Dans un article paru jeudi 7 juin, franceinfo a exposé les résultats de son enquête menée sur les prix avantageux pratiqués par les salles de spectacles en question, dont le théâtre Antoine et le théâtre Bobino, loués par le parti à un mois d’intervalle. Après avoir expliqué que le propriétaire de ces deux établissements, Jean-Marc Dumontet, n’est autre qu’un soutien d’En Marche !, proche du couple Macron, franceinfo détaille le montant des factures « étonnamment succinctes » pour la location des deux salles en question, à savoir 3000 euros la soirée, contre les 13 000 euros habituels dans des cas similaires, devis à l’appui.

Interrogée à ce sujet par les journalistes de la radio, la Commission des comptes de campagne a admis avoir fait l’impasse sur l’imprécision de ces factures. Même chose pour la location d’autres lieux, dont La Mutualité et La Bellevilloise, salle facturée à 4838,40 euros pour Benoît Hamon, sans offre particulière, contre 1200 euros pour Emmanuel Macron avec cadeaux. Bien plus que les 30% avancés par la commission, En Marche ! aurait donc bénéficié de remises allant de 75% à 85% pour ces événements, des faveurs accordées à aucun autre candidat.

Après un cumul de preuves, puis de démentis des propriétaires de salles et de la commission, franceinfo ne démord pas et poursuit son enquête, révélant toujours plus d’incohérences au fil des précisions.

La République En Marche ! se défend, franceinfo renchérit

Face au décryptage de ses comptes de campagnes, le parti LREM a publié hier, dimanche 10 juin, un communiqué qui entend fournir des explications à cette étonnante générosité. Parmi les raisons évoquées par le parti, la différence des prestations entre les candidats justifiant le plus souvent l’écart des tarifs et des réductions appliquées d’un événement à un autre, déduisant que « la déclaration avec les autres campagnes n’est donc pas pertinente. ».

Se prêtant au jeu des critiques de La République En Marche !, franceinfo s’est penché sur les documents mis à disposition dans le communiqué dans un soucis de transparence, à savoir des factures présentant des remises faites à d’autres associations pour des événements de même ampleur. Pour la cellule d’investigation, il s’agit là d’une preuve de l’illégalité de ces prix cassés, car le journaliste Sylvain Tronchet explique :

Le communiqué de LREM entend ainsi affirmer qu’il s’agit d’une pratique commerciale habituelle, donc que ce n’est pas une aide illégale. […] Or, si le tarif avantageux qui lui est annoncé est légal quand il est proposé à une association caritative, il est illicite quand il est présenté à un parti politique ou un candidat. En effet, la loi considère qu’un tarif très avantageux est une aide déguisée.

Maintenant ses dires, Sylvain Tronchet a publié sur franceinfo un récapitulatif des suites de l’affaire, indiquant que l’association du Front républicain d’intervention contre la corruption s’apprête à déposer plainte “afin d’obtenir l’ouverture d’une enquête auprès du parquet de Paris“.

Publié le lundi 11 juin 2018 à 16:52, modifications mardi 12 juin 2018 à 10:48

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