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Violence contre les Rohingyas : Peut-on retirer le prix Nobel de la paix à Aung San Suu Kyi ?

Sur Internet, une pétition réclamant de retirer la prestigieuse récompense attribuée Aung San Suu Kyi a déjà reçu 360.000 signatures.

Aung San Suu Kyi, dirigeante de facto de la Birmanie depuis les élections libres de 2015 qui l’ont placée au pouvoir, est au cœur d’une polémique d’ampleur internationale.

En effet, depuis plus d’un an, une pétition a été mise en ligne pour que son prix Nobel de la paix lui soit retiré.

Acquise en 1991 pour « sa lutte non-violente pour la démocratie et les droits de l’Homme » en Birmanie, cette récompense est remise en question du fait de son silence assourdissant face au massacre des Rohingyas, la minorité musulmane de son pays.

Dans son édito publié le 5 septembre dans le journal britannique The Guardian, le journaliste George Monbiot a dénoncé une trahison de la cheffe du gouvernement birman envers tous ceux qui l’ont soutenue pendant toute sa période de militantisme

Je crois que le Comité Nobel devrait pouvoir déchoir les lauréats de leur récompense. Si ces derniers trahissent les principes pour lesquels ils ont été célèbres.

A-t-il écrit avant d’ajouter

Il existe une montagne de preuves suggérant que ces actions menées par les autorités birmanes tentent d’éliminer cette minorité.

Massacre des Rohingyas

Pour rappel, le 25 août, plusieurs commandos Rohingyas ont attaqué une vingtaine de postes-frontières. Les combats, extrêmement violents, ont fait 89 morts, dont 10 policiers. Depuis, une vague de répression s’est abattue sur la communauté musulmane birmane, causant la mort de quelque 400 personnes.

En outre, fuyant les troubles, près de 125.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh ces deux dernières semaines, selon l’ONU. Avant cela, un rapport, émis par les Nations-Unies en 2016, avait mis au jour les nombreuses exactions commises dans l’Etat Rakhine, au nord-ouest du pays. Il dénonçait notamment les viols en masse de femmes et filles, dont certaines sont mortes à la suite de blessures sexuelles. Le rapport avait également montré comment les enfants et les adultes étaient égorgés devant leurs familles. Ainsi que les exécutions sommaires des enseignants, des aînés et des leaders communautaires. Des hélicoptères tiraient au hasard sur les villages. Les gens, enfermés dans leurs maisons étaient brûlés vivants.

« Retirez-lui le prix Nobel, elle ne le mérite plus ! »

Ainsi, ce jeudi 7 septembre, la pétition avait récolté 367.761 soutiens, sur un total de 500.000 requis.

Lorsque finalement, Aung San Suu Kyi a enfin pris la parole à ce sujet, ce n’a pas été pour dire ce que le peuple musulman de Birmanie espérait. En effet, la chef du gouvernement birman a réfuté toute accusation de « nettoyage ethnique » à l’encontre des Rohyngyas.

Lors d’un entretien téléphonique avec le leader turc Recep Tayyip Erdogan, mercredi 6 septembre, Aung San Suu Kyi a dénoncé

Un immense iceberg de désinformation créé pour générer des problèmes entre les différentes communautés et promouvoir les intérêts des terroristes.

Les réactions après cette déclaration ont fusé.

Déjà, lundi 4 septembre, la jeune prix Nobel de la paix Malala Yousafzai a vivement critiqué Aung San Suu Kyi pour sa gestion du cas des Rohingyas. Elle a ainsi pris la tête des protestations internationales.

Pas dans les statuts

Ainsi, cette vague de protestation a mis en exergue une question latente : le comité norvégien est-il en capacité déchoir l’ancienne icône démocrate ? Une partie de la réponse est donnée par le comité Nobel dans “la Foire aux questions” du site internet.

En effet, les statuts actuels de la Fondation invalident cette option. Et dans les faits cela ne s’est jamais produit.

Ainsi, selon Olav Njølstad, le secrétaire du comité Nobel :

Ni le testament d’Alfred Nobel ni les statuts de la Fondation Nobel n’ouvrent la possibilité qu’un prix Nobel, que ce soit en physique, chimie, médecine, littérature ou paix, soit retiré

Depuis plus d’un siècle, l’histoire des Nobel a en fait été marquée par de nombreuses controverses, qui sont parfois allées jusqu’à interroger la crédibilité-même de l’institution. En 2009, le prix Nobel de la paix accordé à Barack Obama, avait déjà posé question. N’était-ce pas trop rapide à l’époque, alors que Président des Etats-Unis n’était entré en fonction que quelques mois plus tôt ?

Ainsi, qu’importe le drame qui est train de se jouer et le rôle joué, ou non, par Aung San Suu Kyi, cela n’aura aucune incidence sur l’attribution de sa prestigieuse récompense.

Publié le vendredi 8 septembre 2017 à 12:51, modifications dimanche 10 septembre 2017 à 4:06

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