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Pour les couples chinois, la tentation d’une PMA à l’étranger

Pour leur deuxième enfant, M. et Mme Zhang ont choisi une fécondation in vitro à l’étranger: les demandes de procréation médicalement assistée (PMA) de couples chinois explosent en Asie du Sud-Est, après l’assouplissement du contrôle des naissances décidé par Pékin.

La fin de la politique de l’enfant unique en Chine, qui permet désormais à tous les couples d’avoir deux enfants, aurait dû être une aubaine pour Zhang Yinzhe et son épouse, qui rêvaient d’agrandir leur famille et souhaitaient recourir à une fécondation in vitro (FIV) pour congeler ensuite l’embryon et différer la grossesse à plus tard.

Mais cette pratique est interdite en Chine. Les FIV y sont en outre restreintes aux couples infertiles. Et de toute façon, le boom des demandes entraîné par la nouvelle politique alimente dans les cliniques spécialisées de longues listes d’attente pouvant atteindre un an.

Alors M. et Mme Zhang ont décidé de partir en Thaïlande, comme de plus en plus de couples chinois, cherchant en Asie du Sud-Est, aux Etats-Unis ou ailleurs des solutions pour un bébé-éprouvette.

Si le traitement pour une fécondation in vitro coûte environ 30.000 yuans (3.980 euros) en Chine, il peut représenter plusieurs fois ce montant à l’étranger… mais avec des possibilités supplémentaires: M. Zhang veut ainsi profiter de la FIV pour s’assurer que son enfant sera dépourvu de défauts génétiques, un test interdit en Chine.

Le couple chinois Zhang Yinzhe et Xu Mengsha, lors d'un entretien avec l'AFP dans un hôpital de Bangkok spécialisé dans la fécondation in vitro, le 17 mai 2018 en Thaïlande

(credit photo AFP) Le couple chinois Zhang Yinzhe et Xu Mengsha, lors d’un entretien avec l’AFP dans un hôpital de Bangkok spécialisé dans la fécondation in vitro, le 17 mai 2018 en Thaïlande

“Cela représente beaucoup d’argent, mais je le dépense volontiers pour la santé de la prochaine génération”, insiste M. Zhang, pilote de ligne de 31 ans.

De nombreux couples choisissent aussi la procréation médicalement assistée à l’étranger pour déterminer le sexe de l’enfant à venir, les familles chinoises privilégiant traditionnellement les garçons. Là encore, la pratique est prohibée et sévèrement sanctionnée en Chine, un pays déjà hanté par un alarmant déficit de femmes, avec un ratio déséquilibré de 116 naissances de garçons pour 100 filles.

“Un vieux proverbe chinois assure: un fils et une fille rendent une famille complète”, sourit M. Zhang, au sortir d’une consultation à l’hôpital Piyavate de Bangkok, où des posters en mandarin vantent les FIV.

Un marché potentiel colossal

S’il est difficile d’avoir des statistiques sur ce “tourisme de la reproduction”, l’Institut étatique de recherche Qianzhan estime qu’il représentait 1,4 milliard de dollars l’an dernier, en hausse de 22% sur un an.

Une affiche d'information en chinois sur la procréation médicalement assistée (PMA), dans le hall d'accueil du Piyavate Hospital, le 17 mai 2018 à Bangkok, en Thaïlande

(credit photo AFP) Une affiche d’information en chinois sur la procréation médicalement assistée (PMA), dans le hall d’accueil du Piyavate Hospital, le 17 mai 2018 à Bangkok, en Thaïlande

Pour répondre à la demande, les cliniques étrangères, à l’instar du Piyavate, recrutent du personnel sinophone et font la promotion de leurs services auprès des couples chinois pour un deuxième voire un troisième enfant.

Le potentiel est colossal: l’assouplissement du planning familial a donné à des dizaines de millions de Chinoises le droit d’avoir un enfant supplémentaire. En 2017, une majorité de naissances dans le pays concernaient un second enfant.

Mais les couples, s’engageant dans la vie active et se mariant plus tard, sont confrontés à des problèmes reproductifs grandissants: 12% des Chinois en âge d’avoir un enfant n’y arrivent pas de manière naturelle, selon des études médicales.

“Il y a une énorme demande en Chine, mais nous ne pouvons pas y répondre ici”, soupire Ri-Cheng Chian, directeur de médecine reproductive à l’Hôpital No. 10 de Shanghai.

Seules 500.000 FIV ont eu lieu dans le pays en 2016, au sein des quelque 400 cliniques officielles de fécondation in vitro, submergées de demandes.

La procédure, qui implique de féconder en laboratoire un ovocyte et du sperme avant de transférer l’embryon dans l’utérus de la mère, reste très contrôlée. Et les dons d’ovocytes, le gel d’embryons, la sélection du sexe de l’enfant et la gestation pour autrui sont catégoriquement interdits.

Mère porteuse et FIV

Du coup, de nombreux couples chinois en quête de FIV réservent leurs vols pour la Thaïlande, la Malaisie, le Cambodge et même la Russie.

Le couple chinois Zhang Yinzhe et Xu Mengsha reçu par une spécialiste du Piyavate Hospital, le 17 mai 2018 à Bangkok, en Thaïlande

(credit photo AFP) Le couple chinois Zhang Yinzhe et Xu Mengsha reçu par une spécialiste du Piyavate Hospital, le 17 mai 2018 à Bangkok, en Thaïlande

Certaines cliniques thaïlandaises assurent que jusqu’à 80% de leurs clients sont désormais chinois.

“Une nouvelle chaîne industrielle s’est constituée dans la reproduction en Asie du Sud-Est”, se réjouit le docteur Wei Siang Yu, président singapourien du Borderless Health Group (BHG), qui projette d’établir des banques de sperme et d’ovocytes en Thaïlande, en Australie et aux Etats-Unis, prioritairement destinées aux Chinois.

Après d’onéreuses procédures de FIV à Shanghai, à Hong Kong et aux Etats-Unis, qui ont toutes échoué, la Chinoise Li Na et son mari se sont tournés vers la Thaïlande, où leurs filles jumelles sont nées d’une mère porteuse et leur fils d’une fécondation in vitro.

Mme Li, 41 ans aujourd’hui, s’appuie sur son expérience pour aider, en tant que consultante, d’autres couples chinois à vivre “la même joie qu’elle”. “Je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer quand je suis retournée en Thaïlande pour chercher (mes bébés)”, rappelle-t-elle. “C’était incroyable de réaliser que c’étaient les miens”.

Publié le mardi 19 juin 2018 à 8:42, modifications mardi 19 juin 2018 à 8:41

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