Monde

Londres expulse 23 diplomates russes, Moscou riposte

La Première ministre britannique Theresa May a annoncé mercredi l’expulsion de 23 diplomates et le gel des contacts bilatéraux avec la Russie, qu’elle a déclarée “coupable” de l’empoisonnement d’un ex-espion russe sur son sol, mais Moscou a dénoncé “une provocation grossière”.

STORY - Episode 17/38

Cet article fait partie d'une "story" (une story est un ensemble d'articles relatifs à un sujet précis suivi par nos journalistes)
Tout lire : Affaire Skripal

Naviger dans la "Story"

<< Episode précédentEpisode suivant >>

Theresa May a évoqué devant le Parlement “un usage illégal de la force par l’État russe contre le Royaume-Uni”. Elle a jugé “tragique” la “voie choisie” selon elle par le président russe Vladimir Poutine, qui n’a pas répondu à sa demande d’explication sur cette affaire.

L’ONU soutient Londres

Elle s’exprimait dix jours après l’empoisonnement d’un ex-espion, Sergueï Skripal, 66 ans, et de sa fille Ioulia, 33 ans, victimes d’une attaque avec un agent innervant militaire de fabrication russe à Salisbury, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Retrouvés inconscients le 4 mars sur un banc à Salisbury, Sergueï Skripal et sa fille sont hospitalisés depuis dans un état “critique”. Un policier britannique qui était intervenu est dans un état grave.

Le ministère russe des Affaires étrangères a répliqué aux sanctions britanniques en dénonçant “une provocation grossière” et en accusant Londres d’avoir “fait le choix de la confrontation”. “Nos mesures de riposte ne se feront pas attendre”, a menacé Moscou.

A New York, lors d’une session du Conseil de sécurité de l’ONU convoquée en urgence à la demande de Londres, les Etats-Unis, “solidaires du Royaume-Uni”, ont eux aussi affirmé que la Russie était “responsable” de cet empoisonnement.

Une accusation rejetée en bloc par l’ambassadeur de Russie à l’ONU, Vassily Nebenzia, qui a accusé Londres de mener une “guerre de propagande” contre Moscou.

“Nous ne sommes pas impliqués, la Russie n’a rien à voir avec cet événement”, a martelé le diplomate. “Sans la fourniture de preuves irréfutables, nous n’avons pas à nous justifier”, a-t-il déclaré.

Pour plusieurs experts, au regard de la gravité des faits allégués par Londres, la réaction annoncée par Theresa May est restée mesurée. Le niveau de réponse est même “particulièrement faible”, estime Mathieu Boulègue, chercheur au cercle de réflexion londonien Chatham House, pointant notamment l’absence de sanctions financières.

Suspension des contacts

L’escalade des tensions entre le Royaume-Uni et la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité, intervient à quelques jours de l’élection présidentielle en Russie, dimanche, dont le président Vladimir Poutine est le grand favori, et à trois mois de la Coupe du monde de football en Russie.

L'ambassade russe à Londres le 14 mars 2018

(credit photo AFP) L’ambassade russe à Londres le 14 mars 2018

Theresa May a précisé que Londres n’enverrait aucun représentant, diplomate ou membre de la famille royale, à la compétition.

Ce choix n’aura “pas d’impact sur la qualité du tournoi”, ont commenté les organisateurs russes, déplorant que “tout le monde n’adhère pas au principe de laisser le football en dehors de la politique”.

La Russie disposait jusqu’ici de 59 diplomates accrédités au Royaume-Uni. Les 23 diplomates ciblés, considérés par Londres comme des “agents de renseignement non déclarés”, ont “une semaine” pour quitter le territoire. Il s’agit de la vague d’expulsion de diplomates russes par le Royaume-Uni la plus importante depuis la Guerre froide.

Outre ces expulsions, Theresa May a annoncé qu’elle suspendait “tous les contacts bilatéraux de haut niveau prévus” avec la Russie. Toutefois, “ce n’est pas dans notre intérêt national de couper tout dialogue“, a-t-elle dit.

Lors de la réunion du Conseil de sécurité, plusieurs pays – France, Pologne, Pays-Bas, Suède… – ont apporté leur soutien à Londres, alors que d’autres – Chine, Kazakhstan, Ethiopie, Bolivie – ont appelé à la prudence et à une “enquête indépendante” et “dépolitisée”.

Violation flagrante selon l’Otan

Peu avant la réunion, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a qualifié d’“inacceptable” l’utilisation d’agents innervants comme arme.

(credit photo AFP)

Le président du Conseil européen Donald Tusk a estimé que la Russie était “très probablement” derrière cette “attaque brutale”.

L’Otan a sommé la Russie de répondre aux questions posées par le Royaume-Uni et qualifié l’empoisonnement de Skripal de “violation flagrante des normes et accords internationaux” sur les armes chimiques.

Les Etats-Unis “se tiennent solidaires de leur plus proche allié”, a déclaré la Maison Blanche après la réunion à l’ONU, dans un communiqué où elle s’est s’est livrée à une attaque particulièrement virulente contre la Russie.

Selon la présidence américaine, l’affaire de l’empoisonnement “s’inscrit dans un schéma de comportement où la Russie ne respecte pas l’ordre international fondé sur le droit, sape la souveraineté et la sécurité de pays à travers le monde, et tente de subvertir et de discréditer les institutions et les processus démocratiques occidentaux”.

La France va se “coordonner” avec Londres sur la réponse à apporter à l’empoisonnement de Salisbury, a déclaré le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian.

Mardi, le président Emmanuel Macron a condamné “une attaque inacceptable” et exprimé la pleine “solidarité de la France avec le Royaume-Uni” mais, contrairement à Londres ou Washington, Paris n’a pas jusqu’ici pointé une éventuelle responsabilité de la Russie.

Sur la BBC jeudi, le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a accusé la Russie “d’aller trop loin dans la mauvaise direction”: “La Russie est en ce moment sur un chemin revanchiste. Poutine ressent le fantôme de Staline. Il regarde autour de lui et voit l’Otan aux frontières de ce qui était l’Union soviétique. C’est pour cela qu’il cause des problèmes”.

Selon les médias britanniques, le ministre de la Défense Gavin Williamson, s’apprête à annoncer un investissement de 48 millions de livres (environ 54 millions d’euros) pour renforcer les capacités de défense contre les armes chimiques.

L’ambassadeur de Russie à l’ONU, Vassily Nebenzia, accuse Londres de mener une “guerre de propagande” contre Moscou.

Publié le jeudi 15 mars 2018 à 3:23, modifications jeudi 15 mars 2018 à 11:19

Naviger dans la "Story"

<< Episode précédentEpisode suivant >>

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !

En direct