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Colombie : La cocaïne est devenue une monnaie dans ce village

Les paysans de La Paz ont vu plus de drogue que d'argent liquide au cours de leur vie

Alors que la culture des feuilles de coca permet à peine aux habitants de La Paz de se nourrir, la drogue est devenue une véritable monnaie dans le village. Certains paysans refusent d’abandonner cette culture malgré les démarches de l’Etat, car elle est la seule leur permettant d’obtenir un minimum de rentabilité.

Dans le village de La Paz en Colombie, la cocaïne est fréquemment utilisée par les habitants. La drogue est en effet devenue le principal système de paiement de ce village situé dans la jungle colombienne. Elle représente par ailleurs la plus grosse source de revenus des paysans.

La cocaïne est abondante, contrairement à l’argent liquide

La Paz se situe au bord de la rivière Inirida, dans le département de Guaviare, au sud-est de la Colombie. Le pays est le premier producteur mondial de feuilles de coca, qui sert de base à la cocaïne. Dans le village, la production de feuilles de coca est abondante. En revanche, les habitants n’ont pas accès à l’eau potable, ni à l’électricité. La présence de policiers ainsi que d’un médecin manque également aux villageois. D’après ces derniers, le front dissident des Farc contrôle la zone.

Les villageois affirment qu’au cours de leur vie, ils ont plus souvent été en contact avec de la cocaïne qu’avec de l’argent liquide. Les 300 habitants paient d’ailleurs leurs achats avec de la “pasta base”, fabriquée à partir des feuilles de coca. Pour obtenir cette pâte, les feuilles sont trempées dans un mélange d’eau et de chaux.

Lorena est une villageoise qui vend des biens de consommation courante comme des oeufs ou de la bière. Elle a récemment déclaré à l’AFP à propos du système de paiement instauré dans le village :

Tout s’achète et se vend ainsi. Le liquide est très rare et on le garde pour les urgences

Pour entrer en contact avec le monde extérieur, les habitants disposent de deux lignes téléphoniques. Ils peuvent uniquement se déplacer par le biais de la rivière et d’une route non entretenue. Les villageois vivent majoritairement de la culture et de la transformation des feuilles de coca. Ces activités leur permettent à peine de se nourrir. En effet, le gramme de “pasta base” ne rapporte jamais plus de 2000 pesos aux paysans, soit 0,60 centimes d’euro.

La Colombie en lutte contre la culture des feuilles de coca

Entre 2015 et 2016, la culture de la feuille de coca a bondi de 52% en Colombie, représentant 146 000 hectares. Cette année, le pays a annoncé vouloir détruire 100 000 hectares, sous la pression des Etats-Unis.

Pour cela, l’Etat envoie des aides aux paysans qui décident de se tourner vers des cultures légales. De plus, la police anti-émeute n’hésite pas à intervenir contre ceux qui continuent de cultiver des feuilles de coca. Le 20 juillet dernier, des tensions ont éclaté entre la police anti-émeute et des paysans près de la rivière Inirida. Un policier a même été pris en otage durant trois jours.

Miguel “Mangos”, un villageois de La Paz, a expliqué à l’AFP que la culture de bananes ou de yucca n’était pas rentable. La production de “pasta base” lui permet en revanche de remporter environ 1000 euros pour 850 investis. Si la pression policière s’accroît, les acheteurs de cocaïne disparaissent quelque temps des environs. Les paysans peuvent alors prendre le risque d’aller la vendre à San José. La ville se situe à quatre heures de La Paz et les villageois y sont susceptibles de se faire arrêter par la police.

Cielo Rueda, un habitant du village âgé de 40 ans, a déclaré :

On est le dernier maillon de la chaîne. De tout le business de la drogue, on est les plus pauvres

Malgré les risques encourus et le peu de bénéfices engendrés, les habitants de La Paz ne semblent néanmoins pas près de stopper la culture de feuilles de coca.

Publié le mercredi 11 octobre 2017 à 14:33, modifications mercredi 11 octobre 2017 à 11:25

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