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Cameroun : Amnesty International dénonce la torture banalisée et les crimes de guerre

Amnesty International dénonce des dérives dans la lutte contre Boko Haram au Cameroun.

Torture, détention au secret, arrestations arbitraires… Amnesty International a dénoncé, dans un rapport publié jeudi 20 juillet, les dérives dans la lutte contre Boko Haram au Cameroun.

En effet, sur la base de dizaines de témoignages corroborés par des images satellites, des photos et des vidéos, le mouvement a rassemblé des informations sur 101 cas de détention au secret et de torture. Tous auraient eu lieu entre 2013 et 2017 sur plus de 20 sites différents.

Des arrestations au titre de la loi antiterroriste

Les témoins assurent avoir été maltraitées pour avouer une supposée complicité avec le groupe terroriste.

Ces arrestations arbitraires et massives se font généralement au titre de la loi antiterroriste adoptée en décembre 2014 au Cameroun.

Or, en 2016, Amnesty International avait déjà lancé un appel aux autorités du pays. Elle avait demandé que les suspects soient conduits dans des centres de détention officiels. Et qu’il soit mis fin à la pratique de la torture.

Dans son rapport, Amnesty International rappelle d’abord qu’elle condamne sans équivoque les atrocités et les crimes de guerre commis par Boko Haram au Cameroun.

Rappelons en effet, que le groupe intégriste fait régner la terreur dans le nord du Nigeria et chez ses voisins dont le Cameroun depuis plus de cinq ans. Les victimes se comptent par milliers et les autorités se montrent impuissantes, voire complices de ces violences.

Dans la seule région de l’extrême nord du Cameroun, les djihadistes, qui ont prêté allégeance à l’organisation Etat islamique, ont tué au moins 1.500 civils sur les quatre dernières années, selon Amnesty International.

Ainsi, la secte islamiste nigériane est à la tête depuis huit ans d’une insurrection armée en vue de créer un califat autour du lac Tchad. Cette zone comprend l’intersection du Nigeria, du Cameroun, du Niger et du Tchad.

Au total, les attaques de Boko Haram ont tué plus de 20 000 personnes et causé près de 2,7 millions de déplacés dans la région, selon les chiffres de l’ONU.

Cependant, l’ONG des droits de l’Homme estime que rien ne saurait justifier «le record impitoyable et généralisé à la torture par les forces de sécurité contre des Camerounais ordinaires, qui sont souvent arrêtés sans preuve».

De graves abus

Ainsi, les enquêteurs d’Amnesty International décrivent le sort réservé aux détenus passés à tabac. La plupart du temps, placés dans des conditions insoutenables. Mais également soumis à des simulacres de noyade et parfois torturés à mort.

Le recours à la torture par des agents de l’Etat dans le cadre de la lutte contre Boko Haram est aujourd’hui […] banalisé, et ce, en toute impunité.

A déclaré Alioune Tine, le directeur du programme Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale à Amnesty

Nous avons une multitude de preuves irréfutables qui montrent que des crimes de guerre ont été commis.

A affirmé de son côté Ilaria Allegrozzi, responsable des recherches sur l’Afrique centrale à Amnesty International.

Ce ne sont pas des combattants arrêtés les armes à la main. Mais ce sont pour l’essentiel des personnes qui ont eu la malchance de se trouver au mauvais endroit. Au mauvais moment. Interpellées sans mandat officiel. Ciblées parce qu’elles sont originaires du nord du Cameroun, musulmanes, d’ethnie kanouri, réfugiées. Ou qu’elles faisaient des affaires au Nigeria.

A détaillé la chercheuse.

Alors que le gouvernement de Paul Biya veut bien reconnaître « des techniques d’exploitation approfondie », l’ONG met en avant que sur les 101 victimes interrogées 32 déclarent avoir vu « des individus mourir des suites des actes de torture qui leur avaient été infligés ».

«Violations massives des droits de l’homme»

Selon Amnesty International, ces terribles actes de torture se déroulent souvent sur des bases militaires. Dans de petites cellules où s’entassent les victimes par dizaines.

Alors les soldats américains ou français sont-ils informés de ces cas de tortures ?

Le commandement militaire des États-Unis en Afrique a dit n’avoir reçu aucun signalement de violation des droits de l’homme par les forces camerounaises.

Pourtant, des militaires des deux pays déployés pour appuyer l’effort de guerre camerounais ont été aperçus sur cette base par des chercheurs d’Amnesty International.

En outre, selon l’ONG, 80 des 101 cas de torture ont eu lieu à la base de la Brigade d’intervention rapide (BIR) des forces armées à Salak, dans le nord du Cameroun. Ainsi que dans un centre dirigé par les services de renseignement près de Yaoundé.

Dans une zone où l’insurrection islamiste est la plus présente.

L’ambassade des Etats Unis à Yaoundé a répondu à l’ONG que certaines unités du BIR, sur lesquelles existent « des informations crédibles de violations massives des droits de l’homme », ne bénéficient plus de l’assistance américaine.

Quant à l’ambassade de France, elle n’a pas encore donné suite.

Dès qu’il est question de Boko Haram, les chancelleries occidentales et l’ONU sont très timides sur les principes fondamentaux.

A constaté Ilaria Allegrozzi.

Enfin, un porte-parole du ministre de la Défense du Cameroun a accusé Amnesty de « mauvaise foi ». Il a accusé Amnesty International de « transformer des meurtriers en victimes ».

Publié le vendredi 21 juillet 2017 à 9:27, modifications vendredi 21 juillet 2017 à 8:56

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