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Haïti : suspension de la hausse des prix des carburants

Le Gouvernement fait marche arrière.

Vendredi 6 juillet, le gouvernement haïtien annonçait une hausse des tarifs des produits pétroliers. Tout le week-end, la population a manifesté son mécontentement. Au bout de deux jours de revendications violentes qui ont paralysé la capitale Port-au-Prince, Jack Guy Lafontant, Premier ministre, cède.

C’est Jack Guy Lafontant, Premier ministre du Pays, qui l’a annoncé. Haïti suspend, jusqu’à nouvel ordre, la hausse des prix des carburants. Une tentative d’augmentation rejetée en bloc.

Pendant deux jours, les Haïtiens ont battu le pavé, parfois avec des débordements, pour montrer leur opposition à ce projet. Finalement, ils ont eu gain de cause : le gouvernement  a de fait désavoué la volonté du Fonds Monétaire International (FMI).

Une hausse des prix des carburants voulue par le FMI

Deuxième siège du Fonds Monétaire International (FMI) à Washington / Crédits © AgnosticPreachersKid

Cette hausse des prix des carburants tant décriée trouve son origine dans l’instance dirigée par Christine Lagarde. En effet, selon le FMI, une des raisons principales du déficit dans lequel se trouve Haïti est l’ensemble des subventions dont bénéficient ces produits : kérosène, gazole et essence.

Pensant oeuvrer à la stabilité du tissu économique, le FMI a ainsi incité les dirigeants du Pays à prendre des mesures drastiques. Par conséquent, vendredi dernier, il a été annoncé une grille de tarifs revue à la hausse. 38% de plus pour l’essence, 47% pour le  gazole et enfin 51% pour le kérosène.

Mais refusée en bloc par les concernés, incrédules

À Haïti, deux sentiments dominaient face à cette tentative de hausse des prix des carburants : la colère et l’incompréhension. Incrédulité d’être assommés, dans l’une des régions les plus pauvres de la planète, par cette décision, alors qu’une extrême pauvreté règne et que la population a pour la majorité, du mal à joindre les deux bouts.

D’autre part, les explications du gouvernement pour justifier cette évolution des prix peinaient à convaincre. Le ministre de l’Economie et des Finances, Jude Alix Patrick Salomon expliquait par exemple ceci au micro de RFI:

Il est anormal qu’Haïti continue à subventionner l’économie de la République dominicaine voisine.

Disait-il, avant de developper son propos :

Plus d’un quart des barils achetés en Haïti sont en fait consommés par des Dominicains qui traversent quotidiennement la frontière pour bénéficier des tarifs plus avantageux que chez eux.

Un éclaircissement sans aucune prise auprès des contestataires. D’autant plus qu’en filigrane, la relation entre Haïti et la République Dominicaine, deux nations qui partagent la même île, est délicate.

En effet, les Haïtiens qui vivent chez leurs voisins dénoncent  un sentiment xénophobe et tenace à leur encontre. Difficiles donc pour eux d’entendre que la hausse des prix des carburants avait pour but de s’aligner sur les tarifs pratiqués par les Dominicains.

La grogne populaire va-t-elle s’arrêter là ?

Barricades à Port-au-Prince / Crédits © RFI

Blocage des routes, incendie de voitures (et même d’un commerce), pillage de lieux de vente, destruction de biens privés…Avec la demi-douzaine de morts dénombrée (dont un garde du corps ministériel), Haïti rentre peut-être dans une autre ère.

Il a  fallu que la capitale, Port-au-Prince, connaisse deux jours de violences pour que le gouvernement fasse marche arrière.  Mais aujourd’hui, les manifestants demandent désormais, dans le prolongement de leur mécontentement, la tête du Président, Jovenel Moïse.

Publié le lundi 9 juillet 2018 à 15:52, modifications lundi 9 juillet 2018 à 15:54

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