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Cour suprême: le candidat de Trump et son accusatrice comptent leurs troupes

Le candidat de Donald Trump à la Cour suprême et la femme qui l’accuse d’agression sexuelle affûtaient leurs armes mardi en prévision de leur audition la semaine prochaine devant le Sénat, qui promet d’être un grand show à l’Américaine.

Le juge Brett Kavanaugh, 53 ans, et l’universitaire Christine Blasey Ford, 51 ans, qui affirme avoir été brutalisée dans les années 1980 lors d’une soirée arrosée, seront entendus lundi par la commission judiciaire du Sénat lors d’une audience retransmise en direct à la télévision.

Si la professeure de psychologie parvient à instiller le doute parmi les sénateurs, elle pourrait faire dérailler la confirmation du magistrat et infliger du même coup un camouflet au président Trump à cinq semaines d’élections parlementaires à haut risque pour l’exécutif.

Selon les médias américains, le juge Kavanaugh a été vu à la Maison Blanche lundi, où des spécialistes le préparent à répondre au feu de questions des sénateurs.

Sur le front médiatique, ses proches ont déjà resserré les rangs.

Du président Trump qui salue un “juge extraordinaire, respecté par tous” à d’anciennes petites amies qui louent “un parfait gentleman”, son camp s’attache à renforcer une image de bon père de famille, soucieux de la cause des femmes, que Brett Kavanaugh s’était attaché à donner lors de sa première audition au Sénat.

Interrogé en septembre, comme il est de rigueur pour tout candidat à la Cour suprême, il avait mis en valeur ses activités d’entraîneur d’une équipe féminine de basket ou le nombre de ses collaboratrices féminines, devant sa femme et ses deux filles.

En écho, dès que les accusations de Mme Blasey Ford ont commencé à faire surface, 65 femmes qui connaissent Brett Kavanaugh depuis 35 ans, ont publié une lettre pour assurer qu’il “traite les femmes avec respect”.

Et les fonds ont commencé à couler: le lobby conservateur Judicial Crisis Network a déboursé 1,5 million de dollars pour une vidéo mettant en scène une amie de lycée du magistrat, qui le décrit comme un homme d’une “parfaite intégrité”, “dévoué à son travail et à sa famille”.

Les partisans de Mme Blasey Ford, restée elle plutôt discrète, ne sont pas en reste.

prédateur sexuel

Des anciennes élèves de l’école privée qu’elle a fréquentée dans sa jeunesse, dans la banlieue de Washington, ont également publié une lettre pour la remercier d’avoir parlé. Et la direction de cet établissement exclusivement féminin s’est dite “fière” d’elle.

Les mouvements de défense des droits des femmes leur ont rapidement emboîté le pas. Plus de 1.600 victimes d’abus sexuels ont écrit mardi aux sénateurs pour leur demander de bloquer la confirmation du juge Kavanaugh.

“Nous croyons Christine Blasey Ford”, écrivent-elles dans leur courrier, initié par l’association Ultraviolet qui a également mis en ligne une pétition intitulée “Stoppons le prédateur sexuel Kavanaugh”.

Le débat prend un relief particulier dans le sillage du mouvement #Metoo qui en un an a fait chuter des dizaines de personnalités du monde du spectacle, des médias, du sport ou de la politique.

Mais l’enjeu va bien au delà. La Cour suprême est l’arbitre des principales questions de société aux Etats-Unis, tranchant aussi bien sur le droit à l’avortement, que les armes à feu ou le mariage homosexuel.

Or le juge Kavanaugh, un conservateur proche des républicains, est censé remplacer un juge plus modéré. Sa nomination à vie ferait donc basculer pour de longues années la plus haute juridiction du pays dans le camp conservateur.

Les démocrates espèrent pouvoir reporter la confirmation après les élections parlementaires de novembre, dans l’espoir de reprendre la majorité au Sénat, qui a le dernier mot pour les nominations à la Cour suprême.

Ou bien, ils espèrent que sur les 51 sénateurs républicains (contre 49 démocrates), quelques uns soient suffisamment ébranlés par cette affaire pour voter contre le juge Kavanaugh.

“Si le juge Kavanaugh ment, il sera disqualifié”, a déjà fait savoir Susan Collins, sénatrice républicaine du Maine.

Elle compte se forger son avis lundi lors d’une audience qui ne sera pas sans rappeler celle d’Anita Hill en 1991. Cette professeure de droit accusait le juge Clarence Thomas, déjà candidat à la Cour suprême, de harcèlement. Son témoignage, suivi par 20 millions de foyers, est resté dans les mémoires, même s’il n’avait pas empêché la confirmation du magistrat.

Publié le mardi 18 septembre 2018 à 18:10, modifications mardi 18 septembre 2018 à 18:11

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