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Aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle : Saisie inédite de Captagon, la « drogue du conflit syrien »

Pour la première fois, les douanes françaises ont intercepté une cargaison de Captagon à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Cette drogue réputée pour être utilisée par les jihadistes fait l’objet d’un trafic grandissant. 

Il s’agit d’une saisie qui n’avait jamais eu lieu en Europe. En effet, selon une information du Monde de ce mardi 30 mai, les douaniers de Roissy-Charles-de-Gaulle ont saisi 350.000 comprimés de Captagon, pour un poids total de 137 kilos.

Les cachets saisis étaient cachés dans le double fond de deux énormes pièces industrielles en métal.

Les douaniers, intrigués par l’envoi de ces deux pièces par le fret, ont mis près de quatre heures avant de découvrir la drogue. Ces pièces venaient du Liban étaient à destination de l’Arabie Saoudite.

Les enquêteurs s’interrogent sur l’origine de fabrication du Captagon.

Ils pensent notamment à une production au Liban, dans les usines régulièrement utilisées par les trafiquants. Ou encore en Syrie, où l’Etat islamique a pris le contrôle de nombreux laboratoires.

Qu’est ce que le Captagon ?

Chimiquement appelée fénétylline, cette molécule est issue de la combinaison d’une amphétamine (psychostimulant) et d’une théophylline (voisine de la caféine et présente dans les feuilles de thé).

Synthétisée par un industriel allemand dans les années 1960, elle était notamment prescrite par les médecins pour traiter les enfants souffrant du Trouble déficit de l’attention/hyperactivité.

Or, cette substance a été interdite aux États-Unis en 1981. De plus, classée comme substance dangereuse en 1986 par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), elle a été retirée des pharmacies en France en 1993.

La molécule d’amphétamine contenue dans le Captagon accroît la vigilance du consommateur. En outre, il renforce sa résistance à la fatigue.

L’inhibition disparaît alors et laisse place à un sentiment de toute-puissance.

Le Captagon intervient sur le circuit de la récompense dans le cerveau. La personne a donc l’impression que tout va bien même si ce n’est pas le cas. On n’a plus peur de ce que l’on risque. Ni de sa mort, ni de la mort des autres.

A déclaré Jean-Pol Tassin, le directeur de recherche émérite à l’Inserm sur les mécanismes d’addiction.

« La drogue des jihadistes »

La simplicité de sa fabrication et les effets particuliers du Captagon en font un allié de taille pour les djihadistes islamistes.

En effet, l’autopsie du jeune terroriste qui avait tué 39 personnes sur la plage tunisienne de Sousse en juin 2015 avait révélé qu’il  avait consommé du Captagon avant d’accomplir sa tuerie.

Dès début 2014, un responsable de l’unité libanaise de contrôle des drogues avait confié à Reuters que la production de Captagon s’était largement délocalisée du Liban vers la Syrie, sur le territoire de l’État islamique.

En novembre 2015, les témoignages de certaines victimes du Bataclan, décrivant des terroristes comme robotisés, avaient fait penser à une consommation de Captagon.

Néanmoins, les autopsies des auteurs des attentats en France n’ont pas relevé de trace de la substance.

En outre, les experts estiment que l’Etat islamique la fabrique, mais « plutôt pour la vendre plutôt que pour la consommer ».

C’est surtout une source d’argent, qui permet d’acheter des armes. On pense que le Captagon est aussi utilisé comme récompense ponctuelle pour les guerriers. Mais pas systématiquement avant de partir au combat.

A estimé Jean-Pol Tassin.

Publié le mercredi 31 mai 2017 à 9:26, modifications mercredi 31 mai 2017 à 8:54

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