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L’océan, cette ressource si mal utilisée par la France

La journée mondiale de l’océan est l’occasion de se rappeler que la France a accumulé du retard par rapport à l’économie de la mer, malgré ses atouts majeurs.

Ce vendredi 8 juin a lieu la journée mondiale de l’océan, avec pour thème principal les “océans propres”. L’aspect écologique sera donc au premier plan cette année, ce qui n’empêchera pas d’ouvrir un vrai débat sur le plan économique. En effet, les océans représentent un potentiel très important à ce niveau. Pourtant, la France semble être bien en retard par rapport à d’autres pays particulièrement en pointe.

Une ressource essentielle

Le transport marin, qui est beaucoup moins polluant que tous les autres types de transports, permet de faire transiter 95% des marchandises échangées au niveau mondial. En outre, les océans sont également essentiels pour la pêche, qui représente un marché de près de 150 milliards de dollars, et permet de faire directement vivre 17% de l’humanité. L’industrie navale peut également se targuer d’un poids économique considérable en France, avec un chiffre d’affaire total de 312 milliards d’euros.

D’un point de vue énergétique, 30% du pétrole et 27% du gaz mondial est produit sous les océans, tandis que le potentiel de ces derniers en termes d’énergies renouvelables est considérable, puisqu’ils permettraient, s’il était bien exploité, d’assurer la consommation de toute l’humanité. En outre, les technologies de pointes tirées à partir de l’observation de l’écosystème marin comme les bio et nanotechnologies sont actuellement en plein essor.

Enfin, le tourisme directement lié à la présence de la mer représente un chiffre record de 161 milliards de dollars. Pourtant, malgré ces atouts indéniables, nous ne connaissons qu’une très petite partie du potentiel des océans, puisque seulement 5% des fonds marins et 15% de la biodiversité des océans a été explorée par les hommes.

Quant à la France, elle possède le deuxième espace maritime mondial en terme de superficie derrière les Etats-Unis. Elle contrôle en effet une zone considérable de 11,5 millions de kilomètres carrés, ce qui représente une opportunité de croissance considérable. Les activités liées à la mer génèrent d’ailleurs déjà près de 14% du PIB français, soit 270 milliards d’euros.

Des atouts mal exploités par la France

Mais d’après une récente étude du Boston Consulting Group, si la France développait mieux ce secteur, elle pourrait générer 150 milliards supplémentaires d’ici 15 ans et créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois. Déjà aujourd’hui, il emploie 500 000 personnes, ce qui le place devant les industries bancaires et automobiles. Au niveau des technologies de pointe, la France est également le premier pays européen, notamment pour les biotechnologies marines, tandis que ses chantiers navals brillent à l’international.

Malgré ces atouts indéniables, l’économie de la mer n’est toujours pas une priorité pour la France, contrairement à l’exploitation de son parc nucléaire par exemple. Les professionnels du secteur espèrent toutefois que la président d’Emmanuel Macron pourra changer la donner. En effet, son gouvernement a organisé les assises de l’économie de la mer en novembre 2017, auxquelles la présence du premier ministre Edouard Philippe a été saluée.

Mais le travail à effectuer reste énorme, puisque l’objectif est de créer 1 million d’emplois d’ici 2030, dans tous les secteurs liées à l’économie de la mer. Nicolas Hulot, en charge de de vaste domaine, s’y était également personnellement engagé lors des assises de novembre dernier. Ainsi, son ministère de la Transition écologique et solidaire a fixé plusieurs objectifs pour atteindre ces objectifs, comme une meilleure sensibilisation et connaissance de l’économie marine afin de faire rayonner la France.

Mais pour le Cluster Maritime Français (CMF) qui réunit les professionnels du secteur, les priorités pour mieux développer l’économie de la mer sont les suivantes : un développement des énergies marines renouvelables, la modernisation des zones portuaires et une meilleure formation des professionnels du secteurs, une modernisation des équipements de pêche et de commerce maritime, ainsi qu’une restauration de la compétitivité du secteur.

Mais pour de nombreux observateurs, le gouvernement adopte une attitude paradoxale par rapport à ces problématiques. En effet, il souhaite développer un secteur comme les énergies renouvelables marines, tandis que le budget qui leur est alloué est en constante baisse. Il faudra donc changer les mentalités et accepter de payer le prix de l’investissement pour développer ce secteur extrêmement porteur.

Des handicaps malgré les avantages

Malgré ses atouts très importants, la France est encore très en dessous de son potentiel dans l’exploitation des richesses de la mer. En effet, ses principaux handicaps sont le manque de réactivité et d’engagement du pouvoir politique, la lenteur administrative et les lacunes en terme de financement et de formation. Ce dernier aspect est d’ailleurs le plus important pour développer l’économie des océans. Il faut en effet former davantage de personnes aux métiers de la mer, car plusieurs secteurs ont beaucoup de mal à trouver de la main-d’oeuvre, comme la construction navale ou la pêche.

Ainsi, CMA-CGM, l’un des leaders parmi les armateurs mondiaux, a récemment établi un partenariat avec la région d’Aix et de Marseille afin de promouvoir la découverte des métiers de la mer. Plusieurs initiatives ont ainsi été mises en places comme la visite des chantiers de l’entreprise ou la création de modules d’enseignement dans les universités. D’autres initiatives de ce types doivent être recherchées et implémentées par les pouvoir publiques pour sensibiliser les jeunes aux opportunités importantes offertes par l’essor de l’économie de la mer.

Dans le cadre de la journée mondiale de l’océan ce vendredi 8 juin, plusieurs associations se sont également mobilisées en collaboration avec le CNRS pour promouvoir la participation des femmes à l’économie de la mer. Ainsi, 500 d’entre elles ont été invitées à visiter des chantiers derniers cris et rendre visite à des entreprises particulièrement en pointe dans ce domaine. L’industrie des océans de demain devra en effet être inclusive si elle souhaite se développer et rattraper son retard.

En effet, un pays comme la Chine a bien compris l’importance de la mer en développant une série de plans de financement considérables pour s’établir comme un leader dans ce domaine. En effet, l’économie de la mer aura doublé en terme de chiffre d’affaire d’ici 2030. Il ne reste plus qu’à savoir qui en profitera le plus.

 

Publié le vendredi 8 juin 2018 à 16:36, modifications vendredi 8 juin 2018 à 15:24

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