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Salyut-7 : visitez l’espace en Blu-ray

Récompensé par le Grand prix du jury des Utopiales de Nantes lors de l’édition 2017, « Salyut-7 » demeure méconnu du grand public. Avec une édition Blu-ray distribuée par AB Vidéo depuis le 31 janvier, l’opportunité de rectifier le tir est possible !

En France, un intérêt particulier est porté aux œuvres cinématographiques nationales, américaines et britanniques. Il n’est donc guère étonnant que le russe Salyut-7 soit plutôt passé sous le radar. Pourtant, même s’il ne bénéficie pas d’un budget similaire aux plus grosses productions, un soin irréfutable est apporté à ses visuels. Aucun doute que la photographie saura plaire aux mordus de l’espace, ainsi qu’aux passionnés des effets spéciaux. Ce film est la preuve qu’il n’y a pas forcément besoin de braquer une banque pour délivrer une photographie de qualité d’après des écrans verts et compagnie.

Salyut-7 : et l’histoire dans tout ça ?

Réalisé par Klim Shipenko (Neproshchennye), ce drame historique se focalise sur un événement s’étant déroulé en février 1985. Plongés dans une période de guerre froide et de conquête de l’espace, les soviétiques perdent le contrôle de la station spatiale Saliout 7 alors en pilotage automatique. Tous redoutent que cette dernière s’écrase sur la Terre. S’ils craignent de terribles pertes humaines, c’est aussi la peur de salir l’image du pays et d’être humiliés face aux américains qui les poussent à envoyer deux employés sur place. En outre, la perte économique serait astronomique si une technologie aussi avancée se retrouvait condamnée. Ce contexte politique grave est rendu explicite par des scénaristes ne craignant pas les représailles. Une dose de sincérité est toujours la bienvenue !

Confrontés à de tels enjeux, la pression est sans pareille pour Viktor Savinykh (Pavel Derevianko) et Vladimir Fedorov (Vladimir Vdovitchenkov). Sans nul doute, il s’agit là d’une des missions spatiales les plus complexes encore aujourd’hui. Fort heureusement, Salyut-7 ne se contente pas d’un récit en huis clos ennuyant et va, au contraire, jouer sur la corde du suspens et de la tension. Gare à la claustrophobie cependant ! Même si cela se fait en dépit de la réalité historique, les multiples rebondissements se sont toutefois bel et bien déroulés au cours de différentes missions soviétiques d’après Shipenko. Une sorte de 50/50 en somme.

La distribution s’en sort très bien avec le matériel qui lui est fourni. C’est indéniablement un point qui joue en la faveur du long métrage russe, à l’heure où le paysage cinématographique a déjà été envahi par des contextes similaires (Apollo 13, Gravity, Interstellar, Seul sur Mars…). Le personnage de Vladimir est plutôt complexe et ne souffre pas du « syndrome du héros » orgueilleux et fier. Déchiré entre son amour de l’espace et celui qu’il voue à sa femme et son enfant, l’homme ne semble appartenir à aucun de ses deux mondes. Où est sa place ? Confronté à ce dilemme qui lui échappe, il est le miroir de nombreux astronautes rencontrant cette difficulté psychologique et spirituelle.

Malgré ces bons points, Salyut-7 n’est pas parfait. Tandis que la femme avait plus un rôle de potiche dans Geostorm, la gente féminine est ici davantage diminuée. Les conjointes des protagonistes ne sont ici qu’un prétexte pour accentuer la tragédie que représenterait leur décès. Une jeune fille perdrait son père, et un bébé sur le point de naître ne connaîtrait jamais le sien. Ce problème ne s’arrange pas en la présence de Svetlana (Oksana Fandera) qui s’est blessée avant d’être secourue par un membre de l’équipe, ni par la chargée médicale dont les conseils sont ignorés et rejetés.

De plus, il est impossible de manquer un patriotisme exacerbé qui se fait ressentir à diverses occasions. Parmi elles : l’une des scènes finales où des astronautes américains saluent admirativement les deux russes.

Les éditions commercialisées

La sortie de Salyut-7 sur les supports physiques est discrète puisque seuls un DVD et un Blu-ray sont édités sur le marché français. Choix on ne peut plus logique face à la faible popularité du long métrage. Impossible de s’en plaindre donc. L’effort d’AB Vidéo est à saluer puisque la galette bleue est uniquement disponible en Russie et en Allemagne !

À noter que le pays de Goethe a le droit à une édition 4K, mais l’absence de sous-titres français y retire tout intérêt. Dommage car, même s’il s’agit d’un agrandissement, la fonction HDR pourrait faire des miracles avec sa palette étendue !

De gauche à droite : DVD, Blu-ray, Blu-ray 4K (Allemagne)

Test Vidéo/Audio : des étoiles plein les yeux ?

Avec une photographie si perfectionnée lors des plans dans l’espace, AB Vidéo ne pouvait proposer une image digne d’un DVD. Rassurez-vous, le résultat est tout autre ! Tourné en 2K, Salyut-7 est rayonnant de par ses contrastes et ses noirs profonds donnant une impression d’infini en-dehors de la Terre. Les scènes d’intérieurs sont aussi parfaitement ciselées, rendant notamment compte de la diversité des objets présents dans la navette. Un défaut répété s’est malencontreusement glissé et vient corrompre ce spectacle autrement sans faute. Le phénomène de banding n’est pas inconnu des supports physiques ni même du streaming. Souvent dû à la compression des fichiers, il résulte en un « effet de bandes » dans les dégradés de couleurs. Autrement dit, à la place d’être « lisse », le dégradé se présente sous forme d’anneaux disgracieux de différentes luminosités. Lionsgate y a d’ailleurs été confronté avec le Blu-ray de Hunger Games : La Révolte, 1ère partie.

Quant à la section sonore, sont à disposition deux pistes russes (DTS-HD 5.1 et 2.0) et deux pistes françaises partageant les mêmes formats. La musique enregistrée par Alexander Mikhlin et arrangée par Garik Navasardyan, trouve sans équivoque sa place parmi les nombreux effets et dialogues. Si ce n’est pas un sentiment personnellement ressenti, certains spectateurs la trouveront toutefois trop directive, leur indiquant ce qu’ils sont censés ressentir de façon trop poussée. Aucunement la faute du distributeur bien entendu. La spatialisation est aisément gérée, et les pistes sont dynamiques.

Test Bonus

Outch. Salyut-7 est malheureusement dénué de tout supplément si ce n’est une bande-annonce de deux minutes. Le distributeur s’est potentiellement retrouvé confronté à des problèmes de droits puisque 30 minutes de matériel sont incluses sur le Blu-ray allemand. Ces featurettes s’attardent par exemple sur les personnages, les coulisses, ainsi que sur la journée de la cosmonautique.

Cet article a été vu pour la premiere fois sur Cineserie.com

Publié le vendredi 13 avril 2018 à 13:52, modifications vendredi 13 avril 2018 à 12:11

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