Société

Du foie gras sans gavage : c’est possible

Des chercheurs toulousains ont trouvé le moyen de concevoir du foie gras sans gaver les animaux. Le but est de réduire la souffrance des animaux tout en proposant un produit de qualité.

Produire du foie gras sans gavage : c’est désormais possible. Alors que le gavage des animaux est de plus en plus critiqué par les défenseurs de la cause animale et à l’origine de l’interdiction de commercialisation dans certains pays comme les Etats-Unis, des chercheurs toulousains ont trouvé le moyen de rendre le foie naturellement gras chez les oies.

Utiliser l’instinct migratoire des oies sauvages

Ainsi, Rémy Burcelin, chercheur à l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires de l’Université Paul Sabatier, Gérard Campistron, pharmacologue et Geneviève Bénard, vétérinaire spécialiste du foie gras depuis 30 ans, ont planché sur la flore intestinale de l’homme, puis sur celle de l’oie.

Pour les chercheurs, le principe est simple. Il s’agit d’utiliser l’instinct migratoire des oies sauvages qui stockent les aliments. En effet, elles font des réserves avant de se lancer dans leurs longs périples migratoires.

Grâce à un séquençage ADN haut débit, nous avons identifié un groupe de bactéries chez des oies qui ont un foie naturellement gras et qui sont responsables de ce mécanisme naturel. Il suffit de les réinjecter dans la flore intestinale des oies d’élevage pour obtenir en vingt semaines un foie d’environ 350g. Sans gavage ni souffrances, la nature a tout prévu !

S’est réjoui Rémy Burcelin.

Pour conduire leurs travaux, les chercheurs ont ouvert une ferme expérimentale ainsi qu’un centre de recherche à Pailhès dans l’Ariège, baptisés Aviwell. Les bactéries sont implantées, « biberonnées » chez les oisons d’un jour dont la flore intestinale ne s’est pas encore développée. Ensuite, les oies sont élevées naturellement.

En 20 semaines elles produisent un foie de 350 grammes. C’est beaucoup moins qu’un foie gras gavé (800g). Mais le processus est entièrement naturel.

A détaillé Elodie Luche, une salariée du centre Aviwell.

Cette ferme expérimentale se situe dans un domaine agricole de 200 hectares. Parmi cela, 832 m² sont consacrés aux installations d’élevage et de recherche et 2.200 m² au parcours herbeux. Les oies sont en moyenne entre 30 et 90 par colonies. En l’espace de 10 semaines, les palmipèdes pèsent en moyenne 5 kilos. A ce stade, les animaux se nourrissent beaucoup plus et stockent davantage dans leur foie sous forme de graisse. En prévision de la migration.

Ainsi, dans les colonnes de 20 minutes de lundi 13 novembre, Rémy Burcelin explique qu’après 20 semaines d’élevage plus de 30 % de ces oies avaient un foie gras d’un poids d’environ 350 grammes. Cela équivaut à celui des oies sauvages juste avant leur migration, « avec un très bon goût ».

Appel aux dons

La qualité des aliments est un élément primordial pour Aviwell. Ainsi, l’ensemble de la nourriture des oies est garanti sans OGM. Mieux encore, l’entreprise souhaite les nourrir rapidement avec 100% de bio. En outre, la société a lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Wiseed.

L’objectif est de poursuivre la recherche. Et de lancer la commercialisation de ce « foie naturellement gras », dès l’an prochain. Le prix d’appel se fixerait à 800 € le kilo, contre 140 € pour un foie gras traditionnel. Ainsi, les premiers foies gras sans gavage seront orientés vers le marché du luxe tels les grands restaurants notamment.

Enfin, l’entreprise qui élève aujourd’hui 150 oies espère élargir la production à 1.000 oies en 2018. Elle ambitionne ensuite 5.000 à 10.000 oies. Soit une production de 1,5 tonnes en 2019, en collaboration avec des éleveurs partenaires.

Publié le mardi 14 novembre 2017 à 15:48, modifications mardi 14 novembre 2017 à 12:30

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