Société

Etats-Unis : Une affaire criminelle élucidée grâce à l’infiltration d’une base de données généalogiques pose des questions éthiques

L’arrestation du Golden State Killer a beau être un soulagement pour les autorités, celle-ci pose de nombreuses questions sur l’utilisation de l’ADN dans les affaires criminelles.

Les services permettant d’obtenir des données généalogiques sur Internet sont devenus de plus en plus populaires depuis le début de XXIe siècle. Mais l’utilisation de ces données par la police dans le cadre d’affaires judiciaires retentissantes vient poser de nombreuses questions sur le plan éthique.

C’est en effet la manière dont le célèbre tueur américain du Golden State a été interpellé récemment, 40 ans après avoir commis une série de viols et de meurtres sanguinaires en Californie.

Retour sur l’affaire

Le tueur du Golden State a commis ces méfaits à partir de l’année 1974. Il se fit alors connaître pour son mode opératoire récurrent : celui-ci s’introduisait en effet par effraction dans la maison de ses victimes. Puis, il les violait, les cambriolait et les assassinait froidement. Puis il quittait les lieux comme si de rien n’était.

C’est d’abord à Sacramento puis dans la région de Los Angeles que le tueur a commis la plupart de ses crimes, avant de s’arrêter définitivement à partir de 1986, après plus d’une décennie pendant laquelle il s’est rendu responsable de 12 meurtres, 50 viols et une centaine de vols.

Le tueur en série s’est fait connaître pour l’attention qu’il portait à l’organisation de ses crimes. Il était ainsi connu pour faire du repérage autour de la maison de ses victimes, et parfois s’y introduire avant une attaque. Il n’est également pas rare qu’il les appelle au téléphone pour les menacer avant un meurtre. 

Près de 40 ans plus tard, au début de l’année 2018, la police américaine a finalement identifié avec certitude le tueur grâce à son ADN. Il s’agissait en effet d’un certain Joseph James DeAngelo, âgé de 72 ans. 

Une méthode d’identification controversée

Si la police a eu tant de mal à mettre la main sur le tueur, c’est parce que son ADN ne figurait pas au fichier national des délinquants. Mais c’est pourtant grâce à lui qu’il a été identifié. En effet, un proche de Joseph James DeAngelo avait demandé le séquençage de son ADN à un site généalogique nommé GEDmatch. Le principe de ce site est simple : il compare vos informations génétiques à celle des autres utilisateurs afin d’effectuer des rapprochements généalogiques.

Les autorités policières auraient ainsi créé un faux compte sur ce site pour comparer l’ADN du tueur avec celui des utilisateurs. C’est grâce à ce procédé qu’elles ont pu finalement arrêter Joseph James DeAngelo ce 27 avril 2018.

Cette affaire constitue donc une première mondiale. En effet, c’est la première fois qu’un cas de meurtre est résolu grâce à une source ADN qui ne figurait pas dans les registres médico-légal. 

Un questionnement éthique nécessaire

Suite à cette arrestation sans précédent, plusieurs articles scientifiques se sont emparés des problèmes bioéthiques posés par ce type de pratiques. Ainsi, une publication dans la revue Annls of Internal Medicine s’est penchée sur le problème de la confidentialité des données génétiques. 

En effet, les utilisateurs de ces plates-formes généalogiques ne sont pas avertis de l’utilisation que l’on peut faire de leurs données. En outre, les erreurs sont toujours possibles avec de telles méthodes, ce qui pourrait mener à l’arrestation de personnes innocentes dans le futur.

De plus, cette affaire pose la question du rôle de la preuve ADN dans l’incrimination d’un suspect. En effet, un indice ADN révèle simplement qu’un suspect a été présent sur les lieux du crime. L’ADN peut également être altéré s’il n’est pas prélevé de la bonne façon. On voit donc qu’il peut être dangereux d’ériger celui-ci en preuve directe systématiquement dans la résolution d’un crime. Il devrait être plutôt utilisé simplement comme un outil au service de l’enquête.

Depuis 20 ans, de nombreux pays ont toutefois automatisé le prélèvement ADN des auteurs de crimes contre des personnes, afin de constituer une base de données utile dans la résolution de certaines affaires. Ainsi la France a créé en 1998 le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG), où l’ADN des personnes incriminées pour des méfaits commis sur des personnes est recensé. En tout, c’est 4,5% de la population, soit 3 millions de personnes, qui y sont inscrites.

Publié le jeudi 14 juin 2018 à 9:27, modifications jeudi 14 juin 2018 à 8:51

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