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Etats-Unis : Martin Luther King, 50 ans après son assassinat que reste-t-il du combat pour les droits civiques des noirs ?

Les États-Unis commémorent les cinquante ans de la mort de Martin Luther King, le célèbre leader du mouvement des droits civiques américain. Alors que de nombreux pasteurs ou mouvements ont repris le flambeau, que reste-t-il de son combat dans l’Amérique d’aujourd’hui ?

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné alors qu’il se trouve sur le balcon de sa chambre d’hôtel à Memphis dans le Tennessee. Rentré dans l’histoire pour son discours « I have a dream » et son combat pour les droits civiques des Noirs, le pasteur est toujours une icône de la lutte contre les discriminations raciales. Mais un demi-siècle plus tard, quel héritage reste-t-il dans un pays toujours en proie aux violences raciales ?

Les temps forts de la vie de Martin Luther King

Ce mercredi 4 avril 2018, les Etats-Unis honorent sa mémoire à travers une succession d’événements. Car, depuis son assassinat le pasteur noir reste une inspiration pour une majorité d’Américains.

C’est en homme de foi qu’il a commencé le combat pour les droits civiques, dans le Sud, au milieu des années 50, dans son église de Montgomery, dans l’Alabama. La même ville où Rosa Parks a refusé de céder sa place réservée aux blancs dans un bus. La jeune femme avait été interpellée pour trouble à l’ordre public. Aussitôt, cette arrestation avait généré une indignation collective. Dirigeants politiques et pasteurs noirs avaient lors lancé le 5 décembre un boycott contre la compagnie de bus. A l’époque, parmi les leaders de ce mouvement se trouvait un jeune pasteur baptiste : Martin Luther King. Le boycott des bus a duré plus d’un an. Et en décembre 1956, la ségrégation dans les bus a été déclarée inconstitutionnelle. Dès lors, Martin Luther King est devenu une des figures les plus célèbres du mouvement afro-américain des droits civiques.

Fin août 1963 eut lieu une marche sur Washington contre les discriminations raciales. Devant 250.000 personnes, Martin Luther King prononça un discours qui est resté dans l’histoire : « I have a dream ». Il y partageait son rêve d’une Amérique fraternelle et unie. Il appellait aussi à lutter pour l’égalité, sans violence, ni amertume, ni haine. Résultat : un an plus tard, plusieurs lois anti-ségrégation donnèrent à tous les Américains les mêmes droits.

Ensuite, un an après son célèbre discours, Martin Luther King s’est vu attribuer le prix Nobel de la Paix à Oslo. Le 10 décembre 1964, à tout juste 35 ans, il est devenu le plus jeune lauréat et son engagement dans la lutte non-violente contre la ségrégation raciale est salué à l’international.

Enfin, le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné par un suprématiste blanc.

Il était alors en déplacement à Memphis pour soutenir les éboueurs noirs en grève.

Je peux me rappeler du temps où les noirs se contentaient de tourner en rond, se grattant là où ça ne les démangeait pas. Riant quand on ne les chatouillait pas. Mais ce temps est entièrement révolu. Nous parlons sérieusement désormais, et nous sommes déterminés à obtenir notre juste place dans ce monde du bon dieu.

Tels étaient les mots du dernier discours de Martin Luther prononcé le 3 avril 1968, la veille de son assassinat.

Où en est-on des droits civiques 50 ans après l’assassinat de Martin Luther King ?

Si officiellement, il n’y a plus de ségrégation depuis longtemps aux Etats-Unis, le combat pour les droits civiques reste un délicat problème de société. En effet, cinquante ans plus tard et avec un président proche des courants nationalistes, les Etats-Unis se débattent toujours avec leurs inégalités raciales.

Ainsi, les Afro-Américains continuent de souffrir d’un traitement discriminant en ce qui concerne l’éducation, l’emploi ou l’accès à la richesse. Selon les chiffres du département du commerce américain, 27,2% des Afro-Américains se situent sous le seuil de pauvreté. Contre 15% pour l’ensemble des Américains.

Par ailleurs, Le New York Times a publié en mars une étude des chercheurs des universités de Stanford et Harvard. Elle a confirmé une fois de plus une inégalité des chances. En effet, les enfants noirs aisés ont moins de chances de conserver leur niveau social, une fois adultes, que les enfants blancs. Et les enfants noirs pauvres ont plus de risques de le rester, une fois adultes, que les enfants blancs.

Néanmoins, le mouvement des droits civiques observé il y a un demi-siècle a incontestablement créé un changement. Certes, plusieurs formes de discrimination ouverte sont devenues illégales.

Les normes sociétales ont également évolué. Pourtant, le racisme historique et institutionnel demeure difficile à enrayer.

Sans doute, plus inquiétant encore, le président Donald Trump exploite ce racisme et tend à alimenter les sujets d’intolérance. Récemment, des manifestations se sont multipliées en réponse à la mort de Stephon Clark. Ce jeune Noir de 22 ans avait été abattu le 18 mars par des policiers dans le jardin de sa grand-mère. Il leur tournait le dos et il n’était pas armé.

Qui sont les activistes qui perpétuent le combat de Martin Luther King ?

Ainsi, depuis l’assassinat de Martin Luther King, le combat n’a jamais pris fin. Nombreux sont ou ont été les héritiers du révérend qui se sont inspirés de son discours pour poursuivre la lutte. De manière pacifique ou non. Alors que la « génération King » s’éteint peu à peu, des personnalités aux profils variés émergent au sein de la communauté noire. De celles et ceux qu’on pourrait appeler « les héritières et les héritiers » ressortent des noms tels que Linda Brown, Bobby Seale l’un des fondateurs des Black Panthers. Ou plus récemment l’enseignante Angela Davis et Yolanda Renee King, la petite fille du pasteur.

En fait, les mouvements de contestation sont en partie canalisés par le mouvement Black Lives Matter (« Les vies des Noirs comptent »). Ce regroupement sans voix ni figures identifiées vit avec son temps et a épousé les codes de l’époque. Reproduisant notamment des stratégies de mobilisation adaptées aux nouvelles technologies de communication et via les réseaux sociaux. Le mouvement est né en 2013, après l’acquittement de George Zimmerman, le coordinateur d’une surveillance de voisinage blanc qui a tué par balles Trayvon Martin. Un adolescent noir de 17 ans non armé. Black Lives Matter a été lancé par trois femmes afro-américaines impliquées dans les mouvements communautaires : Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. Alicia Garza a écrit sur Facebook un message intitulé «A Love Note to Black People». Dans laquelle apparaissait : «Our Lives Matter, Black Lives Matter». Patrisse Cullors a répondu: #BlackLivesMatter. Le mouvement était né.

Ainsi, d’abord simple hashtag qui permettait aux gens d’exprimer leur indignation sur les réseaux sociaux,  le mouvement a pris de l’ampleur après la mort de Michael Brown en 2014. Cet adolescent noir de 18 ans non armé avait été abattu par la police à Ferguson, dans le Missouri. Dès lors, Black Lives Matter a commencé à organiser des manifestations pour dénoncer la violence et le racisme des forces de l’ordre. Aujourd’hui Black Lives Matter se revendique comme mouvement pour les droits civils, mais aussi pour les mouvances féministes, LGBT et altermondialistes.

Finalement, cinquante ans après l’assassinat de Martin Luther King, le combat reste inachevé. Plus encore, avec l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump et ses annonces tonitruantes en matières de politique migratoire, pénale ou sociale, rien ne laissent présager un apaisement des tensions raciales.

 

Publié le mercredi 4 avril 2018 à 16:40, modifications mardi 22 mai 2018 à 12:25

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