Santé

Le cerveau est connecté à l’intestin d’une façon plus profonde que ce que nous pensions

Une équipe de scientifiques américains a découvert un lien à la fois plus rapide et profond que ce que nous pensions entre le cerveau et l’intestin.

Une équipe de chercheurs issus de l’université de Duke aux Etats-Unis a mis au jour un lien profond entre l’intestin et le tronc cérébral, localisé sous le cerveau. Ces régions sont en effet reliées par un réseau de neurones, une découverte surprenante puisque nous pensions jusqu’alors qu’il n’existait qu’un lien hormonal entre les deux organes.

Plusieurs types de connexions entre les organes et le cerveau

Nos cinq sens envoient en permanence des informations en tous genres à notre cerveau acheminées jusqu’à lui grâce aux nerfs, qui sont de véritables fibres transportant des impulsions électriques très rapides. Cela nous permet de nous orienter et d’agir dans le monde pour créer les conditions de notre survie.

Mais d’autres organes, que l’on a moins l’habitude d’évoquer dans ce cas, sont également connectés au cerveau, comme l’intestin. Celui-ci utilise en effet des molécules hormonales, qui sont libérées dans le sang pour indiquer à notre cerveau si nous avons reçu la bonne dose de nutriments. Les cellules entéroendocrines présentent dans l’intestin jouent le rôle de capteurs et stimulent la production de ces molécules automatiquement lorsque le corps en a besoin.

Mais avant cette étude, nous pensions que cette voie de communication hormonale, connue pour être particulièrement lente, était le seul moyen pour l’intestin de communiquer directement avec le cerveau. Les chercheurs de l’université de Duke ont en effet découvert que cet organe peut également émettre et recevoir des signaux électriques si cela est nécessaire. Les cellules de l’intestin présentent en effet des similitudes frappantes avec celles présentes dans les organes sensoriels “classiques” comme le nez ou la langue.

Une étude menée grâce au virus de la rage

Pour mener à bien leur expérience, dont le compte rendu a été publié dans la prestigieuse revue Science, les scientifiques de l’université de Duke ont inoculé le virus de la rage avec un marqueur fluorescent dans l’estomac de plusieurs souris. Cette maladie particulièrement dangereuse est connue pour se répandre à travers les neurones. Les chercheurs ont donc pu suivre les virus à la trace dans leur trajet à travers l’intestin puis le cerveau des rongeurs.

Et les scientifiques se sont rendus compte que le virus passait par un seul nerf, le nerf vague, pour relier l’intestin au tronc cérébral. En outre, ces derniers ont montré que les cellules entéroendocrines présentent dans l’intestin possédaient des protéines présynaptiques, capable de se reconnecter toutes seules à un nerf lorsqu’elles sont cultivées in vitro. En donnant du sucre à ces cellules, ils ont ainsi observé la transmissions d’un message très rapide par voie nerveuse pour acheminer cette information au cerveau.

Une nouvelle voie dans les traitements contre l’obésité

D’après Diego Bohórquez, l’un des auteurs de cette étude, cette découverte change notre conception des rapports entre intestin et cerveau. La transmission des messages liés à l’appétit est en effet beaucoup plus rapide que ce que nous pensions. C’est d’ailleurs peut-être ce qui permet d’expliquer l’échec des thérapies actuelles contre l’obésité, qui ciblent uniquement les hormones à action lente de l’intestin au lieu de se concentrer sur les voies nerveuses rapides.

En outre, les scientifiques pensent pensent qu’une autre molécule, qui est également un neurotransmetteur, pourrait être à l’oeuvre dans la transmission d’information entre les deux organes : le glutamate. En effet, lorsque ces derniers ont coupé toute libération de glutamate par les cellules intestinales, les messages n’étaient plus transmis. Cela montre donc que ce neurotransmetteur joue un rôle crucial dans l’acheminement des impulsions nerveuses entre cerveau et intestin, et que les liens entre cette zone de notre corps sont beaucoup plus profonds que ce que nous pensions.

Ainsi, grâce aux synapses et au nerf vague, les cellules de l’intestin ont la capacité de se connecter directement au tronc cérébral pour lui envoyer des informations sur les taux de sucre et de nutriments grâce au glutamate. Cette découverte ouvre donc la voie pour de nouveaux traitements beaucoup plus efficaces pour traiter l’obésité, qui rappelons-le est devenu un  véritable problème de santé public à l’échelle mondiale.

Publié le jeudi 27 septembre 2018 à 14:39, modifications jeudi 27 septembre 2018 à 14:29

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