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Réhabilitées et plus politiques que jamais, les sorcières sortent du bois

Elles jettent des sorts à Donald Trump, descendent dans les rues protester et envahissent les écrans à coup de remakes. Résolument combatives, les sorcières sont de retour et s’imposent en figures féministes, à l’ère de #MeToo.

Muni de photos de l'”ennemi”, de miroirs brisés et de gravats de cimetière, un groupe d’hommes et de femmes, revendiquant l’étiquette de sorcières, a jeté mi-octobre un sort à Brett Kavanaugh, le juge de la Cour suprême des Etats-Unis accusé de tentative de viol.

Diffusé en direct sur les réseaux sociaux, le rituel — un acte de “résistance contre le patriarcat” — s’est déroulé dans une librairie new-yorkaise, plongée dans le noir.

(credit photo AFP/Archives) “Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler”, peut-on lire sur ce panneau dans une manifestation à Pampelune, en Espagne, le 10 mai 2018

La cérémonie a été rythmée par des chants, des incantations traduisant la “rage” des sorcières ainsi que des passages de la Bible, au grand dam de chrétiens fondamentalistes.

Ce qui pourrait n’être qu’un épiphénomène lié à l’imminence d’Halloween est un mouvement plus vaste, combinant attrait pour l’ésotérisme et discours féministes, le tout s’épanouissant sur les réseaux sociaux sous les hashtags #witch et #witchesofinstagram.

“Historiquement, la sorcellerie revient à rendre le pouvoir aux femmes, le pouvoir de la femme en tant que déesse, et cela a été perverti par l’histoire officielle et les religions en le transformant en pacte avec le diable”, soulignait en septembre l’Italien Luca Guadagnino, qui vient de signer un remake de “Suspiria”, classique de l’horreur.

Dans son film, en salles mi-novembre en France, une académie de danse, dans le Berlin des années 1970, est dirigée par un groupe de sorcières en proie à des luttes intestines.

“Je veux que (les spectateurs) voient à quel point les femmes ont du pouvoir. Ce ne sont pas des victimes”, expliquait le réalisateur, en marge du festival de Venise, à propos de son film qui compte un seul personnage masculin, un psy doutant des forces obscures.

Des femmes qui dérangent

Longtemps réduites à un physique (ingrat) et un accessoire (le balai), les sorcières sont des figures de femmes fortes, qui s’éloignent d’une voie toute tracée, explique Mona Chollet dans “Sorcières, la puissance invaincue des femmes”, paru à la rentrée.

“On a trop tendance à en faire une figure purement fantastique et oublier leur histoire tragique. (La chasse aux sorcières) a été un crime de masse. Il n’y avait rien de surnaturel, c’était des femmes qui dérangeaient l’ordre établi et qui étaient pourchassées de manière arbitraire”, souligne-t-elle.

Des

(credit photo GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives) Des “sorcières” manifestent à Seattle, le 1 mai 2017

Un passé qui confère une force d’évocation à la figure de la sorcière. A tel point que des micro-collectifs, les “witch blocs”, portent aujourd’hui robe noire et chapeau pointu pour protester dans les rues. Présents dans plusieurs villes de France, ces collectifs, très discrets, sont apparus lors des manifestations contre la loi travail en 2016.

Rien de neuf à cela: à la fin des années 1960, un groupe féministe radical américain baptisé Witch (pour Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell, ou Conspiration féministe internationale de l’enfer), multiplia les actions de protestation.

Réhabilitées et modernisées, les sorcières inondent également les fictions à l’écran, sous la forme de jeunes femmes fortes, dotées de pouvoirs occultes. Dans les séries, l’heure est à la relecture avec un remake de “Charmed”, sur les tribulations de trois soeurs sorcières. Netflix propose depuis vendredi une nouvelle version, plus sombre et plus féministe, de Sabrina l’apprentie sorcière (“Les nouvelles aventures de Sabrina”).

Une femme brandit une affiche

(credit photo AFP/Archives) Une femme brandit une affiche “Les sorcières sont de retour”, pendant la marche contre les violences faites aux femmes de Milan le 8 mars 2018

La chaîne américaine ABC prépare un remake de “Ma sorcière bien-aimée”, avec Samantha en mère célibataire noire-américaine, et non plus en mère au foyer mariée à un mortel.

Mais les sorcières des temps modernes vont aussi de pair avec le discours écologiste ambiant, souligne Mona Chollet. “La sorcellerie a l’avantage de rétablir un rapport plus direct au monde environnant. Si elle revient à la mode, c’est aussi parce qu’on s’interroge sur notre rapport à la nature”, pointe-t-elle.

Des préoccupations qui retiennent l’attention des marques, parfois à leurs dépens. La marque américaine de parfums Pinrose a suscité la fureur des internautes en voulant commercialiser “un kit pour sorcières débutantes” à base de cristaux, sauge et tarots.

Publié le mardi 30 octobre 2018 à 14:15, modifications mardi 30 octobre 2018 à 14:15

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