Politique

Lafarge en Syrie : l’ex-directeur sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard, aurait renseigné l’Etat français

Selon « Libération », Jean-Claude Veillard, un responsable de Lafarge était en contact permanent avec les services de renseignements français, alors que, dans le même temps, le cimentier rémunérait des groupes islamistes en Syrie.

Entendu dans le cadre d’une enquête sur un financement de l’Etat islamique en Syrie par le cimentier français Lafarge, Jean-Claude Veillard, l’ancien directeur sûreté du groupe dit avoir « donné toutes les informations » à la DGSE de 2012 à 2014, révèle ce lundi 23 avril le quotidien Libération.

Alors que le financement apparaît de plus en plus avéré, le rôle de l’Etat français est encore flou. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères au moment des faits a d’ailleurs refusé de détailler son rôle publiquement.

Des renseignements sur les positions et les checkpoint

Ainsi, lors de son audition au début du mois d’avril, Jean-Claude Veillard, l’ancien directeur de la sûreté du cimentier a mis en exergue des liens étroits entre le groupe Lafarge et les services de renseignements français. En effet, selon Libération, des cadres du groupe Lafarge, dont une usine est installée dans le nord de la Syrie donnaient des informations au service du Renseignement français sur plusieurs groupes armés. Six dirigeants du cimentier Lafarge ont été mis en examen pour avoir versé entre 2012 et 2014, plusieurs dizaines de milliers d’euros, à différents groupes terroristes.

Pour mieux comprendre, il faut revenir au fondement de l’affaire. Lafarge, devenu LafargeHolcim en 2015 a tout fait pour continuer de produire dans son usine de Jalabiya. Cette dernière étant située à 80 kilomètres au nord-ouest de Raqqa, capitale auto-proclamée de l’Etat islamique. Et, malgré la guerre civile en Syrie. Entre l’été 2012 et septembre 2014, alors que les groupes rebelles puis islamistes se battent pour le contrôle de la zone, Lafarge aurait rémunéré pour 5,5 millions de dollars des groupes djihadistes, dont Daech.

33 rencontres avec la DGSE

Je leur transmettais les informations dont je disposais.

A expliqué le directeur de la sûreté, Jean-Claude Veillard, devant la juge d’instruction. Ainsi, d’après Libération qui a pu consulter les procès-verbaux d’audition, celui-ci a fourni aux enquêteurs un agenda. Dans celui-ci il indiquait avoir rencontré à 33 reprises les différents services de renseignement extérieurs (DRM, DGSE) et intérieur (DGSI). Or, lors d’une perquisition au siège de Lafarge, de nombreux mails saisis documentent la relation entre la DGSE et l’ancien commando de marine. En effet, l’homme a passé quarante ans au ministère de la Défense. Il avait ensuite rejoint le cimentier en 2008.

Or, tous les mois, le directeur envoyait aux Services de renseignements des cartes Google. Celles-ci étaient établies par son responsable de la sûreté en Syrie. Les documents indiquant les positions de chaque groupe armé et les checkpoints.

Des cartes établies sur la base d’informations recueillies auprès des conducteurs. Des clients, des fournisseurs et parfois des employés de l’usine de Jalabiya.

A détaillé Jean-Claude Veillard.

En échange de ces informations, il attendait que les services l’alertent si la menace sur l’usine devenait imminente.

 

Publié le lundi 23 avril 2018 à 13:00, modifications lundi 23 avril 2018 à 12:56

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