Politique

Jour de rentrée à l’Assemblée, Richard Ferrand en route vers le “perchoir”

Pendant que le Sénat est accaparé par l’affaire Benalla, le Palais Bourbon fait sa rentrée, marquée par l’élection attendue mais critiquée de Richard Ferrand, fidèle du chef de l’Etat, comme nouveau président d’une Assemblée nationale promise à un “an II” plus compliqué.

Facilement investi lundi par les députés LREM, l’élu du Finistère de 56 ans, jusque-là chef de file du groupe, est assuré de l’emporter lors du vote à bulletin secret de l’ensemble des élus, du fait de la majorité dont disposent les “marcheurs” (312 députés sur 577).

Face à lui pour devenir le quatrième personnage de l’Etat, après le départ de François de Rugy pour le gouvernement: Annie Genevard (LR), Ericka Bareigts (PS), et Mathilde Panot (LFI), mais aussi tardivement Marc Fesneau (MoDem), dont le groupe centriste entend adresser un “signal” à la majorité et rappeler qu’il en est un des “deux piliers”. M. Fesneau a été désigné par la quarantaine d’élus présents à l’unanimité, après près de 3 heures de réunion.

Alors que le perchoir n’a jamais été occupé par une femme, cette majorité de candidatures féminines vient appuyer les critiques de l’opposition sur ce choix de M. Ferrand, l’ex-socialiste (37 années de cotisation) se voyant aussi reprocher de ne pas incarner le renouvellement.

Mais le choix du député breton, élu par les LREM face notamment à l’ex-écologiste Barbara Pompili, évite une nouvelle crise dans la majorité, déjà bousculée par l’affaire Benalla qui se poursuit au Sénat mercredi.

Les présidents de l'Assemblée nationale

(credit photo AFP) Les présidents de l’Assemblée nationale

Reste que s’il a promis mardi devant le Premier ministre Edouard Philippe de ne “jamais” faire défaut au gouvernement, M. Ferrand est toujours sous la menace d’une possible mise en examen dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne. L’information judiciaire ouverte à Paris pour “prise illégale d’intérêts” a été récemment dépaysée à Lille.

Rentrée “difficile”

Des candidatures de dernière minute au perchoir peuvent être déposées jusqu’à 15H00, début des premières questions au gouvernement de la rentrée, sous la houlette de la vice-présidente de l’Assemblée Carole Bureau-Bonnard (LREM).

Peu après 16H00, selon un cérémonial codifié, les députés se succèderont à la tribune pour glisser un bulletin dans une urne, un tirage au sort déterminant l’ordre dans lequel ils seront appelés à voter. Le scrutin, qui devrait se solder en un tour, durera une heure environ et le dépouillement une cinquantaine de minutes.

Après la proclamation des résultats, le nouveau président devrait prononcer un discours depuis le perchoir. La séance reprendra ensuite, avec au menu le projet de loi agriculture et alimentation, qui suscite des inquiétudes du secteur.

Le président de l'Assemblée nationale François de Rugy devant l'hémicycle à Paris, le 3 juillet 2018

(credit photo AFP/Archives) Le président de l’Assemblée nationale François de Rugy devant l’hémicycle à Paris, le 3 juillet 2018

Une passation de pouvoir doit par ailleurs avoir lieu avec François de Rugy, selon une source parlementaire.

Après cette rentrée qualifiée de “difficile” par des élus LREM, des dossiers compliqués attendent l’Assemblée. A commencer par le marathon budgétaire de l’automne, mais aussi la délicate réforme institutionnelle, dont la promesse de la réduction du nombre de parlementaires.

M. Ferrand, qui a promis aux députés de la majorité que “l’an II sera un grand cru”, devra notamment composer avec son homologue du Sénat Gérard Larcher (LR) sur ce dossier. Le résident de l’Hôtel de Lassay a notamment le rôle de présider le Congrès (qui réunit les deux chambres du Parlement).

Dans l’hémicycle, c’est lui qui organise les débats, et peut arrêter une séance qui dérape, l’Assemblée ayant connu sous la présidence Rugy plusieurs séances houleuses, y compris au sein de la majorité, notamment sur le texte asile et immigration.

Effet domino oblige, les manoeuvres en coulisse sont aussi lancées pour la présidence du groupe, qui suscite “des vocations de partout”, dixit un élu LREM. Le dépôt des candidatures sera ouvert à partir de mercredi 20H00 et pour 24 heures, en vue d’un vote en réunion de groupe mardi.

Pour l’heure, seule Laetitia Avia s’est déclarée, mais sont aussi cités les noms des porte-parole Gilles Le Gendre, Aurore Bergé (ex-LR) et Gabriel Attal, ou encore la présidente de la commission des Affaires sociales Brigitte Bourguignon (ex-PS).

“Il n’y a pas une personnalité incontournable qui se détache”, observe Jean-Baptiste Moreau, pour qui la séquence “va permettre de mesurer notre degré de maturité”.

Publié le mercredi 12 septembre 2018 à 8:10, modifications mercredi 12 septembre 2018 à 8:52

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