Monde

RSF : Les chiffres sur le nombre de journalistes tués en 2016 sont en baisse

Reporters Sans Frontières (RSF) publie chaque année un chiffre accablant pour la profession de journaliste. Il concerne le nombre de confrères qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier. Même si les chiffres 2016 témoignent d’une légère baisse par rapport à 2015, le constat pour la profession à travers la planète est édifiant.

Les chiffres 2016 de Reporters Sans Frontières sur le nombre de journalistes tués

En 2016, d’après les chiffres communiqués par Reporters Sans Frontières, 74 journalistes sont morts dans l’exercice de leur mission d’information. Parmi ces personnes décédées, RSF dénombre des journalistes professionnels, des journalistes citoyens et des collaborateurs qui participent de près ou de loin à une activité en rapport avec l’information. En 2015, RSF avait révélé que 106 journalistes avaient été tués.

Le bilan de l’année 2016 couvre donc la période du 1er janvier au 10 décembre 2016.

Les premiers constats des chiffres pour l’année 2016

Cette baisse du nombre de journalistes tués en 2016 par rapport à l’année précédente n’est pas réjouissante pour autant. Ces chiffres traduisent le fait que moins de journalistes se rendent sur le terrain, dans des zones de guerre et dans des pays dangereux.

Le rapport de Reporters Sans Frontières, relayé par la rédaction du Figaro, revient sur cet amer constat pour 2016 :

Cette baisse significative s’explique par le fait que de plus en plus de journalistes fuient les pays devenus trop dangereux: la Syrie, l’Irak, la Libye.

RSF constate même dans ce rapport 2016 que certains pays ne disposent plus du tout de droit et d’accès à l’information :

Le Yémen, l’Afghanistan, le Bangladesh ou le Burundi sont devenus en partie des trous noirs de l’information.

Les pays les plus dangereux pour les journalistes en 2016

La très grande majorité des journalistes sont morts dans leur propre pays. Seul quatre journalistes ont été tués dans un pays étranger en 2016. Un Syrien a été exécuté en Turquie par l’Etat islamique. Un photographe américain a perdu la vie en Afghanistan. Un photographe néerlandais est mort en Libye. Un journaliste Iranien est également mort en Syrie.

La couverture médiatique du conflit Syrien a coûté la vie à 19 journalistes cette année. 11 journalistes sont morts en Afghanistan. Le Mexique dénombre 9 morts dans la profession avec la guerre des cartels. En Irak ce sont 8 journalistes qui ont été tués.

Les journalistes citoyens payent un lourd tribut

Le nombre de journalistes citoyens tués ces dernières années est d’ailleurs important. 9 d’entre eux ont perdu la vie en 2016. Ils communiquent et distillent leurs informations principalement à travers les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) ou via des messages par Skype. Le Printemps Arabe ou les bombardements en Syrie et à Alep ont été les deux événements majeurs au cours desquels le phénomène de journalistes citoyens s’est imposé au dépend des reporters de guerre traditionnels. Le rapport de RSF démontre l’importance des journalistes citoyens et leur rôle :

Croissant dans la production de l’information, notamment sous des régimes répressifs ou dans des pays en guerre, où il est plus difficile pour des journalistes professionnels d’exercer leur métier.

Les déclarations choc et l’engagement de Christophe Deloire

Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, s’est exprimé à l’occasion de la publication de ces chiffres 2016. Un communiqué a été publié sur le site de Reporters Sans Frontières. Christophe Deloire lance d’ailleurs un vibrant appel à l’ONU à cette occasion.

La violence contre les journalistes est de plus en plus délibérée. Ces derniers sont clairement visés et assassinés parce qu’ils sont journalistes. Cette situation alarmante traduit l’échec patent des initiatives internationales en faveur de la protection des journalistes. Elle signe l’arrêt de mort de l’information indépendante dans les zones où la censure et la propagande, notamment celle des groupes extrémistes au Moyen-Orient, s’imposent par tous les moyens. Pour que le droit international puisse être appliqué, l’ONU doit instaurer un mécanisme concret de mise en œuvre de résolutions. Avec l’arrivée d’un nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, il est urgent que soit nommé un représentant spécial pour la protection des journalistes.

RSF vient également de publier un bilan édifiant des journalistes détenus, otages et disparus dans le monde en 2016. 348 journalistes sont donc emprisonnés à ce jour et 52 sont également otages d’après les chiffres publiés par RSF. Christophe Deloire a une nouvelle fois tenu à s’exprimer sur cette situation. Il a notamment vivement dénoncé la situation en Turquie :

La répression des journalistes s’accroît dans le monde à une cadence infernale. Aux portes de l’Europe, une véritable chasse aux sorcières a jeté en prison des dizaines de journalistes et fait de la Turquie la plus grande prison pour la profession. En un an, le régime d’Erdogan a anéanti tout pluralisme médiatique face à une Union européenne bien mutique sur la question.

Les cibles et la colère de Reporters Sans Frontières

RSF a d’ailleurs publié une liste édifiante des :

prédateurs de la liberté de la presse.

L’association a également exprimé son émotion face au dernier exemple d’un journaliste ayant perdu la vie dans des circonstances troubles et liées à l’exercice de son métier. Le cas du journaliste britanno-algérien Mohamed Tamalt, mort en détention, a profondément révolté RSF.

L’engagement de RSF pour la défense de la liberté de la presse et pour les droits des journalistes est donc plus que jamais nécessaire au vu des chiffres publiés. Le projet ambitieux et prometteur avec l’ONU pourrait d’ailleurs déboucher sur des solutions concrètes et positives dans les années à venir.

Publié le lundi 19 décembre 2016 à 16:47, modifications lundi 19 décembre 2016 à 16:47

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !