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Guerres, crise des migrants, terrorisme : L’ONU est-elle encore nécessaire ?

L’ONU est-elle toujours le pilier central de la coopération internationale ?

Alors que le conflit syrien atteint des sommets dans la barbarie humaine, la communauté internationale parait impuissante, convoquant des réunions dont les aboutissements se limitent à des condamnations solennelles et des communiqués indignés. Au moment où l’institution vient d’élire son nouveau secrétaire général, l’Organisation des Nations Unies arrive-t-elle encore à remplir son rôle de défenseur de la paix ?

Nous, peuples des Nations Unies. Sommes résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre. Qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances,

Voici la résolution qui débute le préambule de la charte fondatrice de l’ONU. Celle-ci fut signée le 26 juin 1945 à San Francisco par les cinq vainqueurs de la Seconde guerre mondiale.

Ces cinq puissances justement, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et la Russie, sont depuis cette date les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

Ils ont à leur disposition des forces de dissuasion pour imposer la paix. Ainsi, au moyen d’arme d’immobilisation massive, d’un droit de véto, dont ils usent à tour de rôle quand une décision ne leur convient pas, ils dominent les 188 autres Etats membres de l’organisation.

Et pourtant, la communauté internationale est aujourd’hui confrontée à une crise migratoire sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. A cela s’ajoute des conflits sans fin en Syrie, mais aussi en Libye, au Yémen ou encore dans le Soudan du Sud. Sans oublier un terrorisme en expansion ou encore un bilan climatique alarmant …

Autant de dossiers sensibles pour les 193 pays du « machin ». Un surnom lancé par le général de Gaulle en son temps.

« Grand machin que tout le monde tripote et qui n’arrête pas de gêner »

Or, 71 ans après la création de l’ONU de nombreuses voix fustigent l’impuissance des Nations Unies face aux exactions qui sont perpétrées aux quatre coins du globe.

Alors l’organisation, qui incarnait en 1945 un espoir de faire régner la paix après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, est-elle encore crédible ?

D’aucuns estiment que les super puissances défendent leurs propres intérêts et ceux de leurs alliés. La Chine s’abstient par exemple de condamner la Corée du Nord, comme les Etats-Unis bloquent toutes sanctions contre Israël.

D’autres mettent en avant que les « permanents » du Conseil de sécurité réduisent par leurs agissements égoïstes l’influence des Nations Unies. Institution pourtant censée incarner et promouvoir la paix internationale.

En somme, l’action de l’ONU serait empêchée par ses propres créateurs.

Pourtant, le drame humanitaire qui se joue à Alep met plus que jamais en lumière l’absence d’action de l’ONU dans les conflits.

En cause, le déséquilibre entre la frilosité des Occidentaux à intervenir et la détermination de la Russie à défendre son allié stratégique, Bachar el-Assad. Vladimir Poutine et ses délégués faisant régulièrement usage du veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer toutes résolutions.

Face à ces blocages, Mathias Gillmann, le porte-parole adjoint du secrétaire général de l’ONU, concédait dans un entretien au Monde :

Il y a un certain degré de frustration chez les responsables des Nations unies. Celui de ne pas avoir vu émerger de consensus sur certaines questions…

En effet, la paralysie du dossier syrien est aussi liée au mode de fonctionnement même du Conseil de sécurité de l’ONU.

Rappelons que parmi les institutions de l’ONU, le Conseil de sécurité a une place éminente et un rôle décisif. Ce gendarme du monde se doit d’assurer la stabilité de la paix.

Malheureusement, un privilège qui est régulièrement utilisé par la Russie comme par les Etats-Unis pour protéger leurs alliés ou leurs intérêts.

Alors de nombreux observateurs et hommes politiques s’interrogent :

Faut-il supprimer ces privilèges pour que l’ONU puisse agir en accord avec sa charte ?

Comment les Etats peuvent-ils réformer cette organisation pour qu’elle œuvre durablement pour la paix ?

Pourtant, l’ONU n’est que ce que les Etats membres veulent en faire.

Pour lutter contre cet immobilisme, l’ex-ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, Hubert Védrine, avait avancé une idée, en 2003 dans la revue Pouvoirs. Il s’agissait d’un élargissement du Conseil de sécurité à des pays tiers, comme les pays du Moyen-Orient ou encore à l’Allemagne.

De plus, concernant le droit de véto, il souhaitait l’encadrement et l’autolimitation de celui-ci :

Que les membres permanents renoncent solennellement à faire usage de leur droit de véto. Permettant d’empêcher le Conseil de sécurité de se saisir du sort d’une population en péril imminent. Ou de prendre toutes mesures pour lui venir en aide.

Malgré ce sombre tableau, il ne reste pas moins que si l’ONU est paralysée par la division entre les Etats, de nombreux experts estiment  qu’il y aurait davantage de guerres et de conflits sans l’existence des Nations Unies.

En effet, si son manque d’efficacité et d’intervention est régulièrement pointé du doigt, l’institution compte à son actif de belles réussites. Au fil des décennies, l’ONU a engrangé des avancées dans la santé (au travers de l’Organisation mondiale de la santé). Sans oublier des succès incontestables dans les domaines du patrimoine (grâce à l’Unesco).

Finalement, l’ONU reste le seul lieu où tous les Etats peuvent régler ensemble les questions d’intérêt mondial.

Attaquée de toutes parts, l’institution n’en demeure pas moins solide. En effet, cette notion d’un ordre mondial construit sur la paix, le droit et la prospérité, est plus que jamais nécessaire.

Un nouveau souffle avec Antonio Guterres ?

Depuis le 13 octobre dernier, Antonio Guterres, a été officiellement investi secrétaire générale des Nations Unies.

En pleine bataille finale pour le contrôle d’Alep en Syrie et à quelque semaines avant l’entrée de Donald Trump, l’ancien Premier ministre socialiste portugais va avoir fort à faire.

Dans son discours-programme, il a d’emblée affiché sa volonté de changement. Il s’est même imposé en rupture avec Ban Ki-moon qu’il remplacera le 1er janvier.

Rebattre les cartes du Conseil de sécurité permanent. En laissant plus de place et de pouvoir aux pays émergents, et aux pays du Sud.

Cette nomination suscite déjà de nombreux espoirs et attentes tant la « machine onusienne » semble dans une impasse.

À Antonio Guterres, socialiste modéré et « consensuel », ancien patron du Haut-commissariat aux réfugiés (de 2005-2015), de relever les défis imposés à l’ONU, ce « machin » jugé inutile pour certains mais encore tellement indispensable au dialogue des nations.

Publié le samedi 24 décembre 2016 à 9:07, modifications mercredi 21 décembre 2016 à 16:08

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