Justice

Migrants : début du procès de trois militants à Gap

Le procès à forte tonalité politique de trois militants suisses et italien, poursuivis pour avoir aidé des migrants à entrer illégalement en France, s’est ouvert jeudi matin à Gap dans une salle d’audience comble.

Dès 08H00, les soutiens d’Eleonora Laterza, une étudiante italienne de 27 ans, Bastien Stauffer, étudiant suisse de 26 ans et Théo Buckmaster, travailleur belgo-suisse de 23 ans, s’étaient massés devant le tribunal, placé sous surveillance policière.

Délinquants solidaires

Les nombreux manifestants, qui exigent leur liberté, brandissaient des pancartes annonçant “31-05-2018 – je suis un (e) délinquant (e) solidaire en bande organisée”, en référence à la date des faits incriminés, ou “liberté pour les trois de Briançon”. Des banderoles clamaient “solidarité = délit”, “Eux, c’est nous”, “SOS Alpes solidaires”, “Halte aux répressions”.

Sur le banc, les trois prévenus, soumis à un strict contrôle judiciaire, après dix jours de détention, étaient présents: Théo Buckmaster, jean et pull noirs, bloc note et crayon à la main; Bastien Stauffer, petites lunettes, sweat-shirt et jean bleus; Eleonora Laterza, minijupe et sweat à capuche sombres, piercing, assistée d’une interprète.

Tous trois doivent répondre devant le tribunal correctionnel de Gap “d’aide à l’entrée irrégulière” d’étrangers avec, comme circonstance aggravante, d’avoir agi en “bande organisée”, en l’occurrence lors d’une manifestation. Ils encourent un maximum de 10 ans de prison, 750.000 euros d’amende et une interdiction du territoire français.

Mardi, plus de 120 personnalités du monde des arts, de la science et de la politique ont signé une tribune de soutien initiée par Cédric Herrou, agriculteur de la Roya, devenu un symbole depuis sa condamnation en août pour son aide aux migrants.

Le procès devrait être probablement renvoyé en raison de l’existence d’une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) sur ce que les militants pro-migrants ont baptisé “délit de solidarité” et qui doit encore être tranchée par le Conseil constitutionnel.

L’avocat de la jeune Italienne, Me Philippe Chaudon, a indiqué en ouverture du procès qu’il ne soulèvera pas pour sa part cette QPC, selon le souhait de sa cliente, anarchiste et n’accordant pas sa confiance à une décision du Conseil constitutionnel.

Michel Rousseau de Tous Migrants avait déclaré avant l’audience au sujet de la QPC: “On est libres et égaux mais la fraternité dépend de chacun de nous”.

La présidente a rappelé qu’aucun des trois prévenus n’avait “jamais été condamné”

C’est une star du barreau, Me Henri Leclerc, qui plaidera à la fin pour les trois prévenus.

Publié le jeudi 31 mai 2018 à 13:22, modifications jeudi 31 mai 2018 à 11:25

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