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Gilets jaunes et cheveux blancs: les retraités toujours mobilisés pour leur pouvoir d’achat

“On n’arrive plus à vivre”. Comme Jean-Maire, 76 ans, de nombreux retraités ont enfilé des gilets jaunes pour manifester aux côtés des travailleurs, chômeurs ou entrepreneurs contre la hausse des prix du carburant, dans un contexte de grogne croissante des seniors sur leur pouvoir d’achat.

Aux côté de Jean-Maire, à Martigues (Bouches-du-Rhône), une cinquantaine de retraités sur quelque 150 personnes ont participé à un barrage filtrant le 19 novembre, deux jours après le début du mouvement. “Par solidarité”, “parce qu’ils avaient du temps”, mais aussi pour dénoncer “des fins de mois difficiles”.

C’est “injuste de ne pas pouvoir profiter de sa retraite pour se balader un peu”, a expliqué à l’AFP Michelle, 70 ans et “mamie” autoproclamée des “gilets jaunes”, à qui elle distribuait thé et café chauds.

Sylvie, elle, se demande comment payer les cadeaux de Noël de ses quatre petits-enfants “avec seulement une retraite de 1.300 euros” partagée avec son mari.

Même griefs chez les retraités rassemblés lundi sur le rond-point d’accès à l’autoroute A7, à Orange dans le Vaucluse. Même si Danielle, 66 ans, était surtout venue dénoncer la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) qui rogne de 50 euros la retraite de 750 euros de son mari, ancien artisan plombier-chauffagiste.

Entrée en vigueur en janvier pour compenser la suppression des cotisations maladie et chômage des salariés du privé, la hausse d’1,7 point du taux normal de CSG passe mal chez les seniors.

Ecoeurés d’être traités comme des “nantis” malgré un quasi-gel de leurs pensions ces dernières années, ils ont manifesté quatre fois depuis septembre 2017, à l’appel d’une intersyndicale, remontés contre une mesure touchant 60% des 16 millions de retraités.

En mars notamment, des dizaines de milliers de personnes avaient battu le pavé dans toute la France, contre plusieurs milliers en octobre.

Budget de l'Etat et pouvoir d'achat

(credit photo AFP) Budget de l’Etat et pouvoir d’achat

Le gouvernement a bien concédé un geste fiscal à l’adresse de 350.000 foyers de retraités modestes mais il prévoit aussi de sous-revaloriser les pensions, de 0,3% en 2019 et en 2020, bien en deçà de la hausse des prix attendue à 1,3%.

“Effacer une vie de travail”

D’après les prévisions du Conseil d’orientation des retraites, le niveau de vie relatif des retraités par rapport à l’ensemble de la population va diminuer au cours des prochaines années.

Dans ce contexte, la présence de “beaucoup de cheveux blancs et gris chez les gilets jaunes” n’a rien d’étonnant, selon Pascal Santoni, membre de l’UCR-CGT, l’un des neuf syndicats à l’origine des manifestations de retraités. “La situation s’est considérablement dégradée”, assure-t-il, citant les seniors obligés de “vendre leur maison, d’effacer une vie de travail” pour aller en maison de retraite et ne pas “dépendre de leurs enfants”.

Son syndicat, comme les autres grandes centrales, est resté en retrait du mouvement des “gilets jaunes”, mobilisation sans chef ni structure née sur les réseaux sociaux.

Richard Vaillant (UCR-CGT), 74 ans, n’a lui pas attendu d’appel national pour motiver ses troupes et rejoindre les “gilets jaunes” de Chaumont (Haute-Marne). Sa pétition en ligne contre la hausse des prix du fioul, du gaz et des carburants a recueilli plus de 140.000 signatures depuis son lancement fin octobre.

“Certains parlent de transition écologique mais ne comprennent pas que dans les campagnes, dans des maisons anciennes, les retraités doivent parfois dépenser 400-500 euros pour remplir la cuve de fioul et se chauffer”, déplore-t-il.

“J’habite à Coupray, à 30 km de Chaumont. Il faut tout le temps prendre sa voiture pour aller chez le médecin, pour faire ses courses, ça pèse beaucoup”, témoigne-t-il au nom d’un milieu rural “complètement oublié, délaissé du gouvernement”.

“On ne peut pas lutter toute l’année pour le pouvoir d’achat et se tenir écarté” d’un mouvement comme celui des “gilets jaunes”, analyse-t-il.

Attention toutefois à ne pas laisser les revendications propres aux retraités “sur le bord de la route”, prévient pour sa part M. Santoni, promettant de prochaines mobilisations intersyndicales.

Publié le mercredi 28 novembre 2018 à 17:11, modifications mercredi 28 novembre 2018 à 17:12

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