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Des chrétiens de Jordanie rêvent de placer leur vin sur la carte mondiale

Conquérir le marché international avec leur vin: c’est l’ambition de deux familles chrétiennes de Jordanie qui s’efforcent de relancer l’industrie viticole vieille de plusieurs siècles, voire millénaire, dans ce pays. Mais le chemin est encore long.

Dans le royaume, les amateurs de vin se plaisent à raconter que Jésus-Christ avait servi à ses disciples lors du dernier souper un vin provenant du village d’Umm Qais dans le nord, pour signifier que le vin jordanien remonte à des milliers d’années.

La viniculture ici est “vieille de plus de 2.000 ans mais elle avait disparu pendant des siècles”, affirme à l’AFP le directeur de l’entreprise vinicole Saint George, Omar Zumot, qui a suivi en France des études sur l’élaboration du vin.

Sa famille et celle, concurrente, des Haddad sont toutes deux membres de la minorité chrétienne, dans un pays à majorité musulmane, et elles détiennent le monopole des boissons alcoolisées en Jordanie, où la vente de l’alcool est légale.

Alaa Mansur, directeur de production à l'Eagle Distilleries Company de la famille Haddad, le 31 octobre 2018 à Zarqa, en Jordanie

(credit photo AFP) Alaa Mansur, directeur de production à l’Eagle Distilleries Company de la famille Haddad, le 31 octobre 2018 à Zarqa, en Jordanie

Faisant le tour des 700 tonneaux en chêne d’origine française installés dans son entreprise, dans la banlieue est d’Amman, M. Zumot explique: “Nous produisons 400.000 litres par an à partir de 30 différents cépages, des raisins auxquels ni pesticides ni produits chimiques n’ont été ajoutés”.

“Nous n’en sommes qu’au début du chemin. Mon rêve est de voir le vin jordanien sur la carte mondiale”, confie-t-il.

Romains et Byzantins

Firas Haddad, directeur marketing de l’Eagle Distilleries Company, qui produit le vin “Jordan River”, primé 96 fois lors de concours viticoles, partage le même rêve.

Un employé vérifie les bouteilles sur une chaîne de production au chai Saint Georges, le 5 novembre 2018 à Zahab, en Jordanie

(credit photo AFP) Un employé vérifie les bouteilles sur une chaîne de production au chai Saint Georges, le 5 novembre 2018 à Zahab, en Jordanie

“Nous avons créé la première entreprise (de la famille Haddad) en 1975”, à Zarka près d’Amman. “Nous produisions du blanc et du rouge à partir de cépages cultivés à Soueïda en Syrie”, explique Firas Haddad.

“Aujourd’hui, nous vinifions 45 variétés, la plupart importées de France, d’Italie et d’Espagne”, explique-t-il.

Selon l’archéologue suisse Ueli Bellwald, la viniculture est née en Jordanie il y a plusieurs milliers d’années et a connu son apogée à l’époque romaine puis byzantine. À Petra, où il a travaillé pendant 27 ans, on a découvert des ruines de “82 sites de production de vin”, dont certains sont gigantesques, dit-il.

Les familles Haddad et Zumot exploitent toutes deux des vignes dans la région de Mafraq (nord-est), près de la Syrie et de l’Irak, qui recèle des terres parmi les plus fertiles du royaume.

Formées de projections basaltiques volcaniques, à 840 mètres d’altitude, elles disposent d’une nappe phréatique et jouissent de soleil 330 jours l’année, se félicite M. Haddad. Autant de conditions favorables à la création d’un vin “exceptionnel”, selon lui.

Un marché à 90% local

Une bouteille de vin

(credit photo AFP) Une bouteille de vin “Jordan River” primé 96 fois lors de concours viticoles, le 31 octobre 2018 à Zarqa, en Jordnaie

Jordan River produit annuellement quelque 500.000 bouteilles de vin rouge et blanc, dont 90% écoulées sur le marché local. Une quantité très limitée part à l’export. “Il y a quelques mois, nous avons exporté une cargaison en Australie, une autre est en route pour la Californie aux États-Unis et une troisième sera envoyée bientôt à Paris”, indique M. Haddad.

Les Zumot, qui cultivent à Mafraq 250 hectares de vignes d’origines française, italienne et portugaise, produisent eux entre 200.000 et 300.000 bouteilles par an, elles aussi vendues à 90% sur le marché local. Quelques caisses sont exportées vers l’Europe et vers des pays arabes dont le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Irak.

Les deux familles organisent des visites ouvertes aux touristes.

“Nous sommes étonnés, nous ne savions pas que la Jordanie produisait du vin”, déclare à l’AFP Peggy, une touriste australienne venue avec son mari déguster du vin à l’atelier d’oenologie de la famille Haddad, à Amman, où les murs sont décorés de certains des prix remportés lors de concours viticoles.

Un verre de vin rouge à la main, Frédéric, un touriste français, se dit lui aussi “surpris d’apprendre que la Jordanie, un pays à majorité musulmane, est producteur de vin”.

15 à 20 euros la bouteille

Les deux touristes jugent les prix relativement chers.

De fait, toutes les boissons alcoolisées, qu’elles soient produites sur place ou importées, sont soumises à des taxes exorbitantes (plus de 300% du prix).

Et le vin jordanien reste relativement rare: “la production est faible en raison du climat aride”, souligne M. Zumot.

Ainsi en Jordanie “le vin est un produit coûteux: la bouteille la moins chère se vend entre 15 et 20 euros”, explique-t-il.

Mais les amateurs s’y retrouveront, veulent croire les deux familles productrices.

Au milieu des quelque 500 tonneaux de l’entreprise des Haddad, Ala Mansour, le responsable de la production lance: “Le vin n’est pas qu’une simple industrie. C’est une passion, une vie, un art…”

Publié le dimanche 2 décembre 2018 à 8:10, modifications dimanche 2 décembre 2018 à 8:10

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