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Attentat de Nice : Pour Gilles Kepel « notre classe politicienne est nulle »

Sur France Inter, Gilles Kepel s’est montré très critique à l’égard de la classe politique.

Notre classe politicienne est nulle.

Le jugement est très sévère. Notamment lorsqu’il est prononcé par un universitaire de renom au lendemain du terrible événement qui a frappé Nice.

Ce vendredi 15 juillet, le politologue et spécialiste du djihadisme, Gille Kepel, s’est exprimé dans la matinale de France Inter.

Le chercheur était invité à donner son analyse sur l’attentat de Nice, mais également sur les réactions politiques des uns et des autres face à cette tragédie terroriste.

Il s’agit d’un débat minable, pas du tout à la hauteur du défi. Notre classe politicienne est nulle face à cela, elle donne le sentiment de courir derrière l’événement, d’être intéressée surtout par ses chamailleries.

Cette critique a été adressée à l’ensemble de la classe politique. La sentence ne vise pas uniquement la politique de François Hollande et de son gouvernement. Gilles Kepel inclut également les gauches de la gauche dont certains représentants continuent de dénoncer l’Etat d’urgence. Il a aussi adressé ses invectives aux Républicains de Nicolas Sarkozy à Alain Juppé, qui naviguent entre la décence d’une union nationale et tentation de polémiquer.

A écouter Gilles Kepel, les uns et les autres n’ont pas encore saisi les bouleversements de l’histoire qui étaient en train de s’opérer.

L’universitaire met en avant que les hommes et femmes politiques ne comprennent pas l’ennemi et son mode de fonctionnement, pourtant évident :

Le logiciel de ce terrorisme-là n’a toujours pas été compris par le pouvoir politique, quel qu’il soit (…) On est dans une autre dimension, il ne s’agit pas de dire qu’on va faire appel à la réserve, tout le monde sait que les forces de l’armée et de la police sont épuisées.

Ensuite et ce qui semble le plus important pour Gilles Kepel, la classe politique ne discerne pas l’objectif du djihadisme : épuiser les forces de l’ordre.

Les textes mis en ligne depuis 2005 par ce djihadisme de troisième génération: il faut épuiser les forces de l’ordre et il faut faire en sorte que la société, qui est totalement déboussolée, se prépare à une logique de guerre civile entre enclaves de confessions différentes.

Le spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain a déploré que face au danger, le gouvernement ne procède qu’à des effets d’annonce, dont le seul objectif est de rassurer l’opinion. En effet, à chaque tragédie, le déploiement des forces policières et militaires monte d’un cran. Après l’attentat de Nice, le Président de la République a annoncé la mobilisation de la réserve opérationnelle ainsi que la prolongation de l’état d’urgence.

S’il fallait certes envoyer des signaux rassurants aux Français, l’opinion est également consciente de la menace omniprésente. Il devient évident pour tous que les sentinelles déployées sur l’ensemble du territoire ne parviennent pas à empêcher un terroriste à passer à l’acte.

Gilles Kepel a longuement souligné les failles du système politique français qui n’a de cesse de faire des « chamailleries vaniteuses ».

En effet, comme l’a de nouveau montré l’attaque de Nice, il n’est plus forcément question pour les terroristes de mener des opérations à grands renforts de moyens et de logistique :

On est dans un mode opératoire qui a évolué vers de plus en plus de simplicité dans l’action. Si vous préparez un attentat avec des armes, il faut les acheter, il faut aller les chercher ; avec des explosifs, ça ne marche pas toujours, comme on l’a vu au Stade de France. Là, on n’a même plus un couteau, on a un camion, un véhicule utilitaire, qui est simplement lancé sur la foule. Ce qui provoque un effet d’horreur et un état de sidération qui est incommensurable avec la médiocrité des moyens utilisés.

A insisté Gilles Kepel.

Si le politologue a mis en exergue les failles des systèmes, il a également proposé des pistes de solutions :

C’est la mobilisation de la société. Ce n’est pas seulement l’Etat français qui est attaqué, c’est la société française dans son essence et la pluralité de ses composantes.

Publié le vendredi 15 juillet 2016 à 17:00, modifications dimanche 20 novembre 2016 à 1:25

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