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Femme de Napoléon : Joséphine de Beauharnais

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Femme de Napoléon : Joséphine de Beauharnais

Marie Josèphe Rose de Tascher de La Pagerie, connue sous le nom de Joséphine de Beauharnais, est née le 23 juin 1763 aux Trois-Îlets en Martinique et morte le 29 mai 1814 au château de Malmaison. Première femme de Napoléon, elle règne comme impératrice des Français de 1804 à 1809 et reine d'Italie de 1805 à 1809. Son destin, des champs de canne à sucre créoles jusqu'au trône impérial, reste l'un des parcours les plus saisissants de l'histoire de France.

Naissance et jeunesse de Joséphine de Beauharnais en Martinique

Une enfance dans une plantation créole

Joséphine naît dans une famille de békés martiniquais, propriétaires de la plantation de la Modeste Guinée. Ce domaine s'étendait sur près de 500 hectares et exploitait plus de 200 esclaves en 1751, un système colonial reposant sur l'esclavage que la petite Rose côtoie dès son plus jeune âge. Elle est baptisée le 27 juillet 1763 en l'église Notre-Dame-de-la-Bonne-Délivrance.

Surnommée Yeyette par ses parents, elle grandit entourée de sa nourrice Gertrude, puis de sa domestique Euphémie, supposée demi-sœur mulâtresse, qui l'accompagnera toute sa vie. À dix ans, elle est envoyée au couvent des Dames-de-la-Providence à Fort-Royal avec sa sœur cadette. Son goût pour le sirop de canne à sucre détériore précocement ses dents, la poussant à adopter ce demi-sourire fermé qui lui donnera un air énigmatique toute sa vie durant.

La jeunesse martiniquaise et le départ vers la France

La société créole de la Martinique forge le caractère charmeur et sociable de Joséphine. Elle y développe une aisance naturelle dans les relations humaines, qualité qui la servira admirablement dans les salons parisiens. Sa tendance à tricher sur son âge s'ancre dès cette époque : les almanachs impériaux indiqueront systématiquement le 24 juin 1768 comme date de naissance, la rajeunissant de cinq ans.

Cette île créole qu'elle quitte pour la France représente bien plus qu'un lieu de naissance. C'est le terreau d'une personnalité que Napoléon lui-même ne parviendra jamais totalement à comprendre ni à domestiquer.

Le premier mariage de Joséphine avec Alexandre de Beauharnais

Une union difficile et des tensions conjugales

À 16 ans, Joséphine épouse le vicomte Alexandre de Beauharnais, alors âgé de 18 ans, le 13 décembre 1779 à Noisy-le-Grand. Le couple donne naissance à deux enfants : Eugène-Rose le 3 septembre 1781 et Hortense Eugénie Cécile le 10 avril 1783. Mais Alexandre se révèle vite absent, en garnison à Brest puis à Verdun, laissant Joséphine naviguer seule dans la société aristocratique parisienne.

La naissance d'Hortense provoque une crise ouverte. Furieux, Alexandre accuse Joséphine d'adultère et l'oblige à entrer au couvent de Penthemont. Joséphine ne se laisse pas faire : défendue par maître Moreau de Bussy, elle gagne son procès devant le conseiller du roi Louis Joron le 3 février 1784. Alexandre est condamné à lui verser une pension annuelle de 6 000 livres. Il enlève néanmoins Eugène le 4 février 1785, avant qu'un compromis signé le 5 mars 1785 ne lui accorde la garde définitive de sa fille.

La séparation et les années de liberté

Après sa sortie du couvent, Joséphine s'installe à Fontainebleau chez sa tante et son beau-père le marquis de Beauharnais. Elle traverse des difficultés financières récurrentes, Alexandre ne versant pas régulièrement sa pension. En juin 1788, elle s'embarque vers les Antilles françaises avec Hortense et Euphémie.

La Révolution française éclate en 1789 et les troubles atteignent la Martinique. Joséphine, Hortense et Euphémie fuient sur la frégate la Sensible et accostent à Toulon en novembre 1790. Cette période forgea une femme résiliente, capable de survivre aux pires tourmentes. Elle avait également été initiée en franc-maçonnerie au sein de la loge de la Triple Lumière, un réseau d'influence qu'elle saura utiliser.

Joséphine de Beauharnais et la Révolution française : entre survie et résilience

Les années révolutionnaires et l'emprisonnement

Alexandre de Beauharnais s'impose d'abord comme une figure politique de la Révolution. Élu député, il devient président des jacobins puis accède à la présidence de l'Assemblée constituante le 18 juin 1791. Joséphine profite de sa position pour élargir ses réseaux, fréquentant aussi bien le marquis de La Fayette que Charlotte de Robespierre ou Michelle de Bonneuil.

La chute de Mayence le 23 juillet 1793 brise la carrière d'Alexandre. La loi des suspects, adoptée par la Convention le 17 septembre 1793, menace les contre-révolutionnaires. Joséphine se réfugie à Croissy-sur-Seine chez son amie créole Madame de Hosten-Lamotte. Inculpée le 19 avril 1794, elle est enfermée à la prison des Carmes où elle retrouve Alexandre. Celui-ci est guillotiné le 23 juillet 1794 par le Tribunal révolutionnaire. La chute de Robespierre la sauve : elle est libérée le 6 août 1794. Le greffier Charles de La Bussière s'attribue sa libération, affirmant avoir fait disparaître son acte d'accusation. Joséphine lui versera plus tard 1 000 livres en signe de reconnaissance.

La reconstruction après la Terreur

Sortie de prison sans ressources, veuve et sans revenu, Joséphine déploie une énergie remarquable. Elle obtient auprès des autorités du Loir-et-Cher la levée des scellés sur les biens d'Alexandre, conseillée par l'homme de loi Jean-Etienne Calmelet et soutenue par le député Merlin de Thionville. Son montage financier passe par le banquier hambourgeois Matthiessen : en fin 1795, un louis d'or s'échange jusqu'à 5 000 livres en assignats à la bourse de Paris.

Elle s'installe rue Chantereine (actuelle 50 rue des Victoires) et brille parmi les Merveilleuses aux côtés de Thérésa Tallien. Sa proximité avec Paul Barras, l'un des cinq Directeurs, renforce son influence dans la société parisienne thermidorienne et ouvre la voie à une nouvelle vie.

Femmes en robes classiques lors d'une réception élégante du XIXe siècle

La rencontre et le mariage de Joséphine avec Napoléon Bonaparte

Une rencontre dans les salons parisiens

Août 1795 : Joséphine et le général Bonaparte se croisent pour la première fois dans le salon de Thérésa Tallien, sans qu'aucun des deux ne s'y attarde spécialement. C'est Paul Barras qui les présente officiellement lors d'un dîner le 15 octobre 1795. Napoléon, à Sainte-Hélène, a livré une autre version : le jeune Eugène de Beauharnais se serait directement adressé au général pour récupérer le sabre de son père, et Joséphine serait venue le remercier en personne le lendemain.

Cette passion que Napoléon ressent immédiatement pour la veuve créole est dévorante. Il lui adresse des lettres enflammées, la couvre d'attention, jaloux et possessif dès les premiers instants. Joséphine, elle, répond avec moins d'ardeur, ce qui ne fait qu'attiser la flamme du futur Empereur. La relation entre une femme charismatique et les hommes qui gravitent autour d'elle attire depuis toujours le public.

Un mariage civil précipité

Le mariage civil est célébré le 9 mars 1796 à l'hôtel de Mondragon, devant le commissaire Collin-Lacombe et quelques témoins : Barras, Tallien, Calmelet et Jean Le Marois. Les deux époux falsifient leur état civil : Joséphine se rajeunit de quatre ans, Napoléon se vieillit d'un an. La famille Bonaparte n'est pas prévenue.

Joséphine reçoit en cadeau de noces une bague en émail noir portant la légende Au destin. La précipitation s'explique par la nomination de Bonaparte comme général en chef de l'armée d'Italie le 2 mars 1796. Napoléon part vers ses conquêtes ; la femme qu'il laisse derrière lui mènera sa propre vie.

Les infidélités au sein du couple impérial

Les aventures de Joséphine

Voici ce que l'on sait avec certitude sur la liaison de Joséphine :

  • L'officier Hippolyte Charles accompagne Joséphine lors de son trajet vers l'Italie en 1796
  • Les historiens Thierry Lentz et Pierre Branda jugent peu probable une liaison effective, Joseph Bonaparte voyageant dans la même voiture
  • Les lettres adressées par Joséphine à Charles en 1798, révélées par l'historien Louis Hastier dans Le Grand Amour de Joséphine, témoignent d'un attachement passionné
  • Joséphine s'associe également à Charles dans les affaires en soutenant l'entreprise des frères Bodin pour les fournitures aux armées
  • Cette liaison prend fin au début de 1799, probablement à l'initiative de Charles

Les réactions de Napoléon et ses propres liaisons

C'est en Égypte que Napoléon apprend l'infidélité de Joséphine. Son frère Joseph l'avait pourtant averti à Paris, mais il avait refusé de le croire. Hors de lui, il envisage le divorce, puis se console dans les bras de Pauline Fourès, femme d'un officier de chasseurs à cheval.

Le clan Bonaparte en profite pour dégrader encore les relations avec Joséphine : chaque membre refuse désormais ses invitations à dîner. À son retour d'Égypte, Napoléon renonce finalement au divorce, par attachement à Eugène et Hortense, sur les conseils de Barras et du munitionnaire Collot. Un nouveau pacte se scelle entre les époux, comme le décrit l'historienne Françoise Wagener.

Joséphine, impératrice des Français : rôle et influence à la cour

La consulesse puis l'impératrice

Après le coup d'État du 18 Brumaire et la nomination de Napoléon comme Premier consul en décembre 1799, le couple s'installe au château des Tuileries le 19 février 1800. L'historien Pierre Branda qualifie Joséphine de consulesse, tant son influence protocolaire est réelle : les membres du corps diplomatique doivent lui rendre visite après leurs audiences officielles avec Bonaparte.

Son pouvoir non officiel est celui des nominations. Selon différents historiens, plusieurs centaines d'hommes bénéficient de ses interventions tout au long du règne. L'historien Frédéric Masson affirme qu'il est impossible d'ouvrir un dossier d'émigré sans y trouver une note de Mme Bonaparte. Elle tente de défendre le duc d'Enghien, sans succès. Sur la question de l'esclavage, l'historien Patrice Gueniffey est formel : l'impératrice n'aurait joué aucun rôle dans son rétablissement dans les colonies françaises.

Le sacre et le couronnement de Notre-Dame

Le 18 mai 1804, le Sénat proclame Napoléon empereur héréditaire des Français. Le 2 décembre 1804, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, Napoléon décide de couronner également Joséphine, la rendant première souveraine française à recevoir cet honneur depuis Marie de Médicis en 1610. Le clan Bonaparte subit une humiliation symbolique : les trois sœurs de l'Empereur sont contraintes de porter le manteau de l'impératrice.

Joséphine remporte une victoire supplémentaire en révélant au pape Pie VII que leur mariage n'était que civil. Le pontife refuse de consacrer l'union sans cérémonie religieuse. Le mariage est donc célébré en urgence aux Tuileries par le cardinal Joseph Fesch la veille du sacre. Sa Maison de l'impératrice rassemble alors 43 officiers.

Évêque bénissant un couple noble dans un palais doré.

L'opposition du clan Bonaparte à Joséphine

Des tensions familiales profondes

La famille Bonaparte n'accepte jamais vraiment Joséphine. Les bontés accordées par Napoléon à Eugène et Hortense irritent ses frères. Plus grave encore : l'absence d'héritier direct devient le prétexte central pour exiger le divorce. Les frères de l'Empereur multiplient les pressions, voyant dans la stérilité de Joséphine une menace pour la succession dynastique.

Face à cette alliance politique hostile, Joséphine déploie sa stratégie habituelle. Elle favorise le mariage de sa fille Hortense avec Louis Bonaparte, frère cadet de Napoléon. Double avantage : consolider sa propre position et fournir un héritier potentiel au couple impérial par adoption. Le clan Bonaparte perd momentanément une bataille, mais pas la guerre.

La question de l'héritier et les intrigues de cour

L'enjeu dynastique est central. Napoléon a besoin d'un héritier pour légitimer son empire. Joséphine, consciente de ce talon d'Achille, maîtrise pourtant le jeu des alliances avec une habileté consommée. Les humiliations du sacre imposées au clan Bonaparte illustrent ce rapport de force temporairement favorable à l'impératrice.

Chronologie des événements clés du couple Napoléon-Joséphine
Date Événement
9 mars 1796 Mariage civil à l'hôtel de Mondragon
2 décembre 1804 Sacre et couronnement à Notre-Dame de Paris
1804-1809 Règne comme impératrice des Français
1809 Divorce et séparation définitive
29 mai 1814 Mort au château de Malmaison

Le divorce de Joséphine et Napoléon : une séparation inévitable

Les raisons politiques et dynastiques du divorce

Le divorce de 1809 n'est pas une surprise. Napoléon y avait déjà pensé à son retour d'Égypte. La stérilité de Joséphine, que le docteur Alain Goldcher attribue à une salpingite consécutive à une fausse couche, représente un obstacle dynastique insurmontable. L'empire exige un héritier biologique.

Les raisons qui poussent Napoléon à trancher sont multiples :

  • L'impossibilité d'assurer une succession dynastique directe
  • Les pressions répétées du clan Bonaparte depuis des années
  • La nécessité d'une alliance politique avec une grande puissance européenne
  • La fragilité constitutionnelle du régime sans héritier légitime

La rupture et ses conséquences

Joséphine se retire au château de Malmaison, qu'elle avait acquis le 21 avril 1799 pour 325 000 francs auprès du banquier Jacques-Jean Le Couteulx du Molay. Les articles constitutionnels lui garantissent une protection financière. Napoléon épouse ensuite Marie-Louise d'Autriche pour obtenir l'héritier souhaité, le roi de Rome. Cette alliance politique avec l'Autriche marque les secondes noces de l'Empereur, perçues par certains comme un abandon de celle qui l'avait accompagné dans sa conquête du pouvoir.

Joséphine meurt le 29 mai 1814 à Malmaison, quelques semaines seulement après l'abdication et l'exil de Napoléon à l'île d'Elbe. Elle ne verra jamais Sainte-Hélène, dernier exil de l'Empereur.

La passion de Joséphine pour les arts, les sciences et la nature

Une mécène éclairée et amatrice d'arts

Joséphine incarne bien davantage que la femme de Napoléon. Sa Maison de l'impératrice, ses dépenses fastueuses, ses dettes récurrentes témoignent d'un goût raffiné parfois ruineux. Ses tenues parmi les Merveilleuses aux côtés de Thérésa Tallien avaient déjà montré son influence sur la mode parisienne. À la cour des Tuileries et à Malmaison, elle impose un style.

Parmi ses centres d'intérêt culturels figurent surtout :

  • La peinture et les arts décoratifs, qu'elle collectionne à Malmaison
  • La musique et le théâtre, présents dans sa vie mondaine depuis ses débuts dans les salons
  • Les arts textiles et la mode, domaines où son influence reste durable

La botanique et la ménagerie de Malmaison

Malmaison devient sous son impulsion un authentique laboratoire horticole. Joséphine y cultive une passion sincère pour la botanique et les roses, faisant du domaine une référence en matière de jardins d'exception. Elle finance l'introduction de diverses espèces végétales rares en France, contribuant concrètement au développement de la botanique nationale.

Sa ménagerie d'animaux exotiques, installée dans les jardins du château, témoigne du même appétit pour la nature et la découverte. Ces passions constituent l'héritage culturel le plus durable de cette femme créole devenue impératrice. Franchement, réduire Joséphine de Beauharnais à son seul rôle d'épouse de Napoléon serait lui faire une injustice : ses jardins de Malmaison, ses roses et ses statues ont traversé les siècles mieux que bien des victoires militaires.

  • Les jardins de Malmaison comptent parmi les plus riches collections botaniques de l'époque napoléonienne
  • Joséphine contribue à acclimater en France des centaines d'espèces végétales exotiques
  • Sa passion pour les roses inspire directement plusieurs variétés hybrides qui portent aujourd'hui encore son nom
  • La ménagerie de Malmaison accueille des animaux rares, témoignant de son goût pour les sciences naturelles

Pour approfondir la dimension humaine de Joséphine, relire ses lettres à Hippolyte Charles ou à Thérésa Tallien s'impose. Ces correspondances révèlent une femme bien plus complexe, bien plus libre et bien plus moderne que l'image lissée de l'impératrice que l'histoire officielle a longtemps transmise.

Pete

Pete

Pete est un auteur anglophone au regard critique, spécialisé dans l'analyse rigoureuse des sujets numériques et sociétaux. Il s'appuie sur les données et les statistiques pour éclairer ses articles et déconstruire les idées reçues. Sa plume claire et son sens de la synthèse aident les lecteurs à comprendre rapidement des enjeux complexes.