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comment kim jong un est arrivé au pouvoir

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comment kim jong un est arrivé au pouvoir

Kim Jong-un dirige la Corée du Nord depuis décembre 2011, mais son accession au pouvoir ne doit rien au hasard. Né officiellement le 8 janvier 1982 à Wonsan, il appartient à une dynastie qui gouverne le pays depuis plus de sept décennies. Son arrivée à la tête du régime nord-coréen résulte d'une succession planifiée sur plusieurs années, d'une formation militaire intensive et d'une consolidation progressive de son autorité. Retour sur les étapes clés qui ont fait de ce fils cadet le dirigeant absolu de l'un des pays les plus fermés au monde.

Les origines et l'enfance de Kim Jong-un

Une naissance entourée de mystère

La date exacte de naissance de Kim Jong-un reste sujette à débat. Les sources oscillent entre 1982 et 1984, mais le régime nord-coréen a officialisé l'année 1982 pour des raisons symboliques évidentes : elle fait écho à l'année de naissance de son grand-père Kim Il-sung en 1912 et à celle de son père Kim Jong-il en 1942 — ce dernier étant réellement né en 1941. Une manipulation des dates, typique de la propagande dynastique de Pyongyang.

Une enfance privilégiée à Pyongyang

Kim Jong-un grandit dans un environnement d'un luxe absolu, entouré de domestiques, de gardes du corps et, selon des témoignages, de milliers de jouets. Sa mère, Ko Young-hee, née en juin 1953 à Osaka au Japon, est arrivée en Corée du Nord en 1961 dans le cadre d'un programme de rapatriement des résidents coréens du Japon. Elle décède d'un cancer du sein en 2004, soignée soit à l'Institut Curie à Paris, soit à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif — les sources divergent là encore.

Le 12 mai 1991, le jeune Kim Jong-un se rend au Japon sous la fausse identité Joseph Pak, muni d'un passeport brésilien, pour visiter Tokyo Disneyland avec sa mère pendant onze jours. Ce voyage clandestin illustre bien le double visage du régime : opacité absolue à l'extérieur, privilèges sans limites à l'intérieur.

Les années de formation en Suisse

Une scolarité sous plusieurs identités

Entre 1996 et 1998, Kim Jong-un étudie à l'International School of Berne sous son vrai nom. Il poursuit ensuite sa scolarité de 1998 à 2000 à l'école publique de Liebefeld, cette fois sous l'identité Pak Un, en 7e, 8e et 9e années. Il obtient de bons résultats en mathématiques et en arts plastiques. Durant tout ce séjour, il est placé sous la surveillance de Ri Tcheul, ambassadeur nord-coréen à Berne de 1988 à 2001 et représentant permanent auprès des agences de l'ONU à Genève.

Passions et personnalité du jeune Kim Jong-un

Ce qui frappe dans le portrait du jeune Kim Jong-un en Suisse, c'est le contraste entre son éducation totalitaire et ses goûts profondément occidentaux. Passionné de basketball, il admire Michael Jordan et suit assidûment les matchs de la NBA. Il possède plusieurs paires de baskets à 200 dollars la paire. Ses films préférés ? Les films d'action de Jean-Claude Van Damme et de Jackie Chan.

Il quitte la Suisse sans décrocher le moindre diplôme. Ces années à l'étranger restent les seules durant lesquelles il a vécu en contact, même indirect, avec le monde occidental.

Le retour en Corée du Nord et la formation militaire

Un encadrement idéologique et académique strict

De retour en Corée du Nord, Kim Jong-un reçoit l'enseignement de Kang Sok-sung, directeur de l'Institut d'histoire du Parti du travail de Corée, décédé le 11 mai 2001. À l'université, il bénéficie de professeurs particuliers, sans aucun contact avec les autres étudiants. Parmi ses enseignants figure un diplômé de l'université Paris-X, qui dirige alors le département d'informatique de l'université de technologie Kim Chaek à Pyongyang.

Durant cette période, sa modeste amie est Hyon Song-wol, chanteuse du Pochonbo Electronic Ensemble. Une vie personnelle soigneusement tenue à l'écart du regard public, mais qui révèle une personnalité plus complexe que le seul héritier dynastique que les médias d'État s'évertueront à construire.

Un parcours militaire accéléré

De 2002 à 2007, Kim Jong-un suit une formation de trois ans à l'Académie militaire Kim-Il-sung à Pyongyang, complétée par un programme de recherche de deux ans à l'école d'artillerie. Ce cursus militaire intensif n'est pas anodin : pour un futur dirigeant nord-coréen, la légitimité passe d'abord par l'armée. Sans crédibilité auprès des hauts gradés, aucune succession ne peut s'envisager durablement.

La désignation secrète comme successeur

Un choix annoncé dès 2009

Tout s'accélère après l'accident vasculaire cérébral de Kim Jong-il en août 2008. Le 8 janvier 2009, le père Kim Jong-il annonce aux dirigeants du parti qu'il a choisi Kim Jong-un comme successeur. Le 26 avril 2009, lors d'une tournée d'inspection à Wonsan, il exige que les cadres locaux promettent de veiller sur son fils cadet.

Le 25 mai 2009, les responsables militaires, les ministres et les diplomates nord-coréens en poste à l'étranger sont officiellement informés et invités à promettre fidélité au futur dirigeant. La mécanique de transmission du pouvoir est alors pleinement enclenchée.

Des signes avant-coureurs dès 2004

La question de la succession émerge en réalité bien plus tôt. Dès 2004, Kim Jong-un et son frère Kim Jong-chol accompagnent leur père lors d'inspections d'installations militaires. Le 27 janvier 2005, la radio d'État nord-coréenne annonce que Kim Il-sung avait souhaité que la révolution soit conduite par son fils, puis par son petit-fils. En 2006, des badges à l'effigie de Kim Jong-un sont distribués aux officiels et aux hauts gradés de l'armée. La même année, il supervise la construction de l'université de musique de Pyongyang. Les signaux s'accumulent, même si tout reste gardé secret.

Officier militaire inspecte chantier de construction avec soldats

L'ascension rapide au sein des institutions nord-coréennes

Des mandats politiques et militaires cumulés

À partir de 2009, les nominations s'enchaînent à un rythme soutenu :

  • Le 8 mars 2009, élection à l'Assemblée populaire suprême dans la 216e circonscription du Pyongan du Nord — information gardée secrète jusqu'en juin 2010.
  • En avril 2009, nomination au Comité de la défense nationale.
  • Le 25 août 2010, élection comme délégué au Congrès du Parti du Travail de Corée.
  • Le 27 septembre 2010, promotion au grade de général quatre étoiles.
  • Le 28 septembre 2010, élection au comité central du Parti du Travail et nomination comme vice-président de la Commission centrale militaire.

Une première apparition publique marquante

C'est lors du défilé militaire du 10 octobre 2010, organisé pour le 65e anniversaire du Parti du Travail de Corée à Pyongyang, que Kim Jong-un apparaît pour la première fois en public aux côtés de son père Kim Jong-il. Une image symbolique, diffusée dans le monde entier. Depuis le 10 février 2011, il est officiellement vice-président du Comité de la défense nationale, l'organe suprême du pouvoir d'État selon l'article 106 de la constitution nord-coréenne.

Les manœuvres pour éliminer les rivaux et asseoir son autorité

La neutralisation de son demi-frère Kim Jong-nam

Pour consolider son pouvoir, Kim Jong-un ne recule devant rien. Il fait arrêter des proches de son demi-frère Kim Jong-nam et tente de le faire assassiner en juin 2009 à Macao. L'opération aurait été déjouée par les services de sécurité chinois, bien que Kim Jong-nam ait ensuite démenti publiquement l'information. Ce dernier sera finalement assassiné le 13 février 2017, confirmant rétrospectivement la menace qu'il représentait.

Des provocations militaires pour légitimer son pouvoir

Selon plusieurs experts, Kim Jong-un est le commanditaire de trois actes majeurs de déstabilisation :

  1. La cyberattaque contre plusieurs sites internet sud-coréens, le 7 juillet 2009.
  2. Le torpillage du Cheonan, navire de guerre sud-coréen, le 26 mars 2010.
  3. Le bombardement de l'île sud-coréenne de Yeonpyeong, le 23 novembre 2010.

Ces actions auraient été menées avec le soutien de son père dans le but explicite de valider sa capacité à diriger l'armée et d'asseoir sa légitimité auprès des hauts gradés nord-coréens. La brutalité comme outil politique : une leçon apprise au sommet de la hiérarchie.

La mort de Kim Jong-il et la prise de contrôle effective

Un héritier qui prend les devants avant même l'annonce officielle

Kim Jong-il décède le 17 décembre 2011. Mais avant même l'annonce officielle de sa mort, Kim Jong-un donne son premier ordre militaire en plaçant les soldats en alerte dans leurs casernes. Le 19 décembre, il est nommé à la tête de la commission d'organisation des funérailles. Ses visites répétées au mausolée de Kumsusan — le 20, le 23, le 24, puis le 27 décembre — servent autant à rendre hommage au défunt qu'à s'imposer visuellement comme l'héritier légitime.

Le 28 décembre 2011, lors de la cérémonie officielle, il est placé en tête et à droite de la limousine transportant le corps de son père à travers Pyongyang. Une mise en scène calculée au millimètre.

La prise officielle des fonctions suprêmes

Le Rodong Sinmun, journal officiel du régime nord-coréen, le qualifie de commandant suprême de l'armée dès le 24 décembre 2011, puis de chef du comité central le 26 décembre. Le 30 décembre 2011, le Bureau politique du Parti du Travail de Corée l'investit officiellement comme commandant suprême de l'Armée populaire de Corée. Le 1er janvier 2012, il inspecte la 105e division cuirassée des gardes Seoul Ryu Kyong Su, l'unité la plus emblématique du régime.

Officier inspectant soldats alignés devant chars tanks

Le rôle des proches et des régents dans la transition du pouvoir

La tante Kim Kyong-hui, pilier de la transition

Du fait de son jeune âge, des membres de sa famille jouent un rôle de régents dans les premiers temps. Kim Kyong-hui, sœur de Kim Jong-il née le 30 mai 1946, membre du comité central depuis 1988 et général quatre étoiles depuis septembre 2010, constitue l'un des soutiens essentiels de cette transition. Son poids politique au sein du Parti du Travail de Corée est considérable.

Jang Song-taek, un régent éphémère

Jang Song-taek, époux de Kim Kyong-hui, né en janvier ou février 1946, vice-président du Comité national de défense depuis le 7 juin 2010, joue également un rôle déterminant durant la transition. Membre du comité central depuis décembre 1992, directeur du département administratif du comité central depuis décembre 2007, il incarne le soutien institutionnel dont Kim Jong-un a besoin. Ironie du sort : il sera exécuté le 12 décembre sur ordre de celui qu'il avait contribué à introniser. Une purge qui dit tout sur la nature du pouvoir à Pyongyang.

La vie privée de Kim Jong-un et la construction de son image

Un mariage tenu secret

Kim Jong-un se fiance en 2008 puis épouse en 2010 Ri Sol-ju, originaire de Chongjin et née en 1981. L'identité de son épouse reste secrète pendant plusieurs années. Ce n'est que le 25 juillet 2012 que les médias officiels nord-coréens annoncent officiellement leur union, après plusieurs apparitions publiques du couple. Ils auraient plusieurs enfants ensemble.

L'image soigneusement construite du leader suprême

Le régime façonne l'image de Kim Jong-un avec une précision redoutable. Les premières photographies officielles paraissent en septembre 2010. Chaque inspection, chaque visite, chaque apparition publique est orchestrée pour nourrir le culte de la personnalité hérité de Kim Il-sung et Kim Jong-il. La propagande nord-coréenne transforme méthodiquement le fils cadet en figure tutélaire.

La famille Kim et la logique dynastique du pouvoir en Corée du Nord

Une succession pensée sur trois générations

L'accession de Kim Jong-un au pouvoir n'est pas un accident de l'histoire. C'est l'aboutissement d'une logique dynastique planifiée depuis des décennies, illustrée dès janvier 2005 par la radio d'État qui affirmait que la révolution devait être conduite par le fils, puis par le petit-fils de Kim Il-sung. De 2012 à 2017, Kim Jong-un dirige le Département Organisation et Orientation, poste qu'avaient occupé son père de 1974 à 2011 et son grand-père de 1948 à 1952. Trois générations, un même mécanisme de contrôle absolu.

Les autres membres de la fratrie et leur rôle

La fratrie de Kim Jong-un mérite qu'on s'y attarde. Kim Jong-chol, né le 25 septembre 1981, a été écarté de la succession. Kim Yo-jong, née en 1987, s'impose progressivement comme l'un des piliers du régime actuel. Kim Jong-nam, né le 10 mai 1971, avait lui-même été écarté bien avant son assassinat le 13 février 2017. Kim Sul-song, née en 1974, reste dans l'ombre.

Pour comprendre pleinement comment Kim Jong-un a consolidé son emprise, il faut s'intéresser aux grands reporters et correspondants internationaux qui ont couvert de près l'Asie du Nord-Est et documenté les rouages de ce régime opaque. La marginalisation ou l'élimination de chaque rival potentiel — y compris au sein de sa propre famille — dessine le portrait d'un dirigeant qui n'a jamais laissé le hasard décider de son destin.

  • Kim Jong-chol — écarté de la succession, sans rôle officiel connu.
  • Kim Yo-jong : figure montante, probablement la personnalité la plus influente après Kim Jong-un.
  • Kim Jong-nam : assassiné en 2017 après des années de marginalisation.
  • Kim Sul-song : présence discrète, rôle politique marginal.

Pete

Pete

Pete est un auteur anglophone au regard critique, spécialisé dans l'analyse rigoureuse des sujets numériques et sociétaux. Il s'appuie sur les données et les statistiques pour éclairer ses articles et déconstruire les idées reçues. Sa plume claire et son sens de la synthèse aident les lecteurs à comprendre rapidement des enjeux complexes.