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Voici ce que fait le LSD à votre cerveau

Grâce à l’imagerie cérébrale, nous pouvons désormais voir à quoi ressemble un cerveau sous l’emprise du LSD.

Grâce à une étude réalisée à l’Imperial College London, on sait désormais à quoi ressemblent les effets du LSD, l’une des drogues hallucinogènes les plus puissantes, sur le cerveau. C’est grâce à différentes technologies d’imagerie cérébrale que l’équipe de chercheurs anglais a pu reconstituer la carte de connectivité neuronale des patients sous l’emprise de cette substance. Et leur découverte est pour la moins surprenante !

Une étude inédite

Cette étude, réalisée à l’aide de technologies dernier cri, est la première à étudier en temps réel les effets du diéthylamide de l’acide lysergique, autrement nommé LSD, sur le cerveau. Synthétisée par un scientifique suisse en 1938, cette molécule très volatile et complexe plonge l’utilisateur dans un état de transe extrêmement intense, créant des hallucinations multi-sensorielles impressionnantes. 

L’équipe de scientifiques menée par les docteurs Davis Nutt et Robin Carhart-Harris a ainsi recruté plusieurs volontaires sous LSD, dont le cerveau a été étudié grâce à 3 examens d’imagerie. Il s’agissait d’abord d’une IRM afin d’établir une carte de l’activité neuronale, puis d’une magnétoencéphalographie, permettant de comprendre les champs magnétiques générés par le cerveau, et enfin d’un scanner cérébral.

En tout, 40 personnes ayant déjà expérimenté ce type de drogues se sont portées volontaires dans le cadre de cette expérience. Ces derniers ont été divisés en deux groupes : un premier à qui l’on a administré un placebo, et un deuxième ayant reçu une dose moyenne de LSD, soit 75 microgrammes.

Une hyperconnection cérébrale manifeste

Cette étude permet de mieux comprendre l’activité cérébrale de personnes ayant des hallucinations visuelles complexes. En effet, ce phénomène est lié à des connexions inhabituelles entre des zones du cerveau qui ne sont pas habituellement reliées. Ainsi, d’après Robin Earhart-Harris, l’un des co-auteurs de cette étude :

Normalement, notre cerveau est composé de réseaux indépendants qui séparent différentes fonctions spécifiques, comme la vision, l’ouïe ou le mouvement. La séparation de ces réseaux se brise et on obtient un cerveau plus intégré, plus unifié.

Différences entre un cerveau sous LSD et un cerveau sain.

Ainsi, le cortex cérébral, une zone complexe impliquée dans la conscience, l’apprentissage, la perception sensorielle et le flux de pensée, se trouve particulièrement lié à d’autres zones du cerveau lorsqu’il est stimulé par des molécules de LSD. En décloisonnant le cerveau, le LSD permet ainsi d’obtenir une conscience plus large de la réalité, et crée également des hallucinations visuelles en brouillant les frontières entre le rêve et la réalité. 

Ce phénomène serait également la cause des sensations de synesthésies (ou connexion entre plusieurs sens, comme le fait de goûter une couleur ou de sentir un son) ressenties par les utilisateurs de drogues hallucinogènes.

Comment expliquer le phénomène de “mort de l’ego” ?

Les chercheurs se sont également penchés sur un phénomène très souvent décrit par les utilisateurs de LSD : la dissolution de l’égo, c’est-à-dire la sensation d’appartenir à un tout plutôt que d’être un individu isolé. Cette sensation très puissante a été ainsi liée à un manque de coordination entre différentes zones du Réseau du mode par défaut, autrement nommé RMD. Cette partie du cerveau est celle qui reste en éveil même lorsque notre attention n’est pas monopolisée par une pensée.

Cette découverte importante permet de lier le RMD avec la conscience de soi chez l’Homme. Il s’agit d’un pas important franchi dans notre compréhension du cerveau, puisque le fonctionnement de cette zone reste toujours très mystérieux. Le rôle du RMD dans ces processus avait déjà été mis en évidence lors d’une expérience menée sur des sujets sous champignons hallucinogènes, qui ont des mécanismes d’action similaires au LSD sur le cerveau.

En étudiant le fonctionnement du cerveau sous l’emprise de ces substances et en liant ces observations avec le ressenti des volontaires, les scientifiques peuvent ainsi lier certaines zones du cerveau à des phénomènes encore mystérieux comme la conscience. C’est en effet ce qu’a expliqué le Docteur David Nutt, co-auteur de cette étude passionnante, dans les colonnes du magazine Nature.

En outre, cette étude permet de rouvrir les portes de la recherche autour du LSD, dont le potentiel thérapeutique impressionnant a été éludé par des décennies de prohibition. Alors que les recherches étaient devenues monnaie courante depuis la découverte de la substance en 1938, et en particulier dans les années 1960, celles-ci se sont arrêtées à partir de 1969 dans le cadre de sa pénalisation.

Publié le dimanche 27 mai 2018 à 17:41, modifications dimanche 27 mai 2018 à 18:15

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