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Pourquoi Martin Bouygues n’a pas vendu Bouygues Telecom à Orange ?

Orange et Bouygues ont annoncé vendredi 1er avril, la fin (et l’échec) des négociations sur les conditions de rachat de la filiale télécoms du groupe industriel par l’opérateur semi public.

Bouygues Telecom, le plus petit des quatre opérateurs de télécommunications (et convoité depuis plusieurs mois par Orange) restera sous le joug du Groupe Bouygues.

Cette fois encore tout laissait à penser que le rachat du quatrième opérateur allait aboutir, mais l’accord annoncé comme majeur a échoué.

Pourquoi ce rachat paraît-il si alambiqué ?

Tout d’abord la difficulté est d’ordre politique : l’intransigeance du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, et de l’industriel, Martin Bouygues, a mis fin au projet d’un retour à trois opérateurs sur le marché des télécoms.

En effet, Orange est un opérateur semi-public (l’Etat français en est l’actionnaire principal avec 23% d’actions) qui représente un fleuron de l’innovation à la française auquel est très attaché le gouvernement français. En rachetant Bouygues Telecom, Orange lui apporterait 12% de son capital et le groupe Bouygues deviendrait le premier actionnaire privé d’Orange.

Conséquence : l’Etat devrait cohabiter avec Martin Bouygues, un puissant groupe privé.

Dans ce dossier, Emmanuel Macron est resté campé sur ses positions de défenseur de l’intérêt publique et a imposé le maintien de l’Etat comme premier actionnaire au sein du capital d’Orange.

Il n’a pas voulu donner à Bouygues les clés d’Orange. On sait tous que celui qui prend 12 % de la boîte en aura un jour ou l’autre le contrôle car l’Etat s’en désengage peu à peu, à chaque fois qu’il a besoin d’argent.

A avoué un des négociateurs du gouvernement.

Martin Bouygues, à l’inverse, a affirmé au Figaro sa volonté de conserver un pied dans les télécommunications et de pouvoir, à terme, monter dans le capital de l’opérateur français.

Je souhaitais que Bouygues soit un actionnaire, certes minoritaire, mais significatif d’Orange. Or, la vision de l’APE nous réduisait à un rôle d’actionnaire minoritaire, avec très peu de droits, tout en nous demandant de payer le prix d’une participation majoritaire.

Deuxièmement, les négociations ont échoué à cause des enjeux réglementaires et concurrentiels entre les trois acteurs sur le marché des télécoms : Martin Bouygues (pour Bouygues Télécom), Stéphane Richard (PDG d’Orange) et le trublion Xavier Niel (pour Free).

En effet, les trois dirigeants ne sont pas parvenus à s’accorder sur la répartition des actifs et sur leurs risques financiers respectifs en cas d’échec.

Le fait que le numéro 1 du marché, avec l’Etat pour premier actionnaire, soit l’acheteur rendait cette transaction beaucoup trop compliquée (…) Même en cas d’accord, il était possible que ça capote au bout de quelques mois et Martin Bouygues n’a pas voulu prendre ce risque.

Résume un dirigeant d’Orange.

De plus, la situation s’est envenimée avec Free :

On peut même dire qu’ils ont foutu le bordel, lorsqu’ils se sont rendu compte à quel point cette fusion pouvait transformer profondément leur modèle sur lequel ils ont bâti leur succès.

A témoigné un acteur des négociations. En effet, Free était prêt à acquérir plusieurs milliers de sites mais ne voulait pas prendre à sa charge le risque que certains propriétaires s’opposent à ce changement. Xavier Niel a donc exigé d’avoir la main sur 80% des sites, sinon il se retirait des négociations.

Des conditions jugées inacceptables pour Martin Bouygues :

Si nous étions quatre à la table des négociations, nous n’étions que trois à vouloir aboutir. Manifestement, l’un des protagonistes nourrissait l’ambition d’avoir le maximum en payant le minimum, tout en gardant la possibilité de se retirer.

A témoigné Martin Bouygues dans les colonnes du Figaro dans une charge à peine voilée dirigée vers Xavier Niel, PDG de Free.

En résumé, alors que la concentration du secteur des télécoms s’active partout dans le monde, la France va encore devoir façonner son passage de quatre à trois opérateurs. En attendant d’éventuelles nouvelles négociations, la concurrence commerciale va être plus impitoyable encore entre les opérateurs. Et finalement le vrai gagnant devrait être le consommateur.

Publié le lundi 4 avril 2016 à 14:13, modifications lundi 4 avril 2016 à 11:35

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