Sci-Tech

Les ingénieurs californiens sont de plus en plus nombreux à refuser les offres d’embauches des géants du net

Les ingénieurs de la Silicon Valley commencent à se rendre compte de l’ampleur des politiques sous-marines anti-démocratiques menées par la plupart des géants du net.

 

Alors que des révélations récentes à propos de la collaboration d’Amazon avec les forces de police et le service d’immigration américains fragilisent la réputation du géant du e-commerce, un vent de rébellion commence à souffler au sein de la Silicon Valley. Outre les nombreuses pétitions signées contre ces agissements, de jeunes ingénieurs talentueux refusent de plus en plus les offres d’emploi d’Amazon pour des raisons éthiques.

Le hashtag #TechWontBuildIt prend de l’ampleur

Un vent de panique pourrait bientôt souffler sur le service ressources humaines d’Amazon. En effet, des messages de contestations se multiplient sur Twitter avec le hashtag #TechWontBuilIt, relayés par la presse américaine. Ainsi, le site Buzzfeed a repéré et relayé le Tweet de Math Meshulam, ingénieur système travaillant à Chicago, qui s’est vu proposer un poste chez Amazon par un certain Mark.

Celui-ci leur a alors répondu en substance qu’il n’était pas prêt à accepter une telle offre tant qu’Amazon collabore avec les forces de police américaine en leur fournissant un service de reconnaissance faciale puissante, ainsi qu’avec les services d’immigration.

Matt Meshulam semble avoir suivi l’exemple d’Anna Geiduschek, autre ingénieur de talent travaillant actuellement chez dropbox. Celle s’était illustrée sur Twitter en refusant une offre similaire de la part d’Amazon, en affirmant qu’il fallait créer un mouvement autour de ce problème. Pour elle, si la proportion de refus d’emplois pour raisons éthiques devenait assez importante, cela pourrait vraiment fragiliser Amazon et faire plier l’entreprise.

Un véritable scandale

Dans son tweet, Matt Meshulam faisait référence à la controverse autour des révélations de l’American Civil Liberties Union (ACLU) en mai dernier. Cette ONG gardienne des valeurs démocratiques fondamentales avait en effet dévoilé les messages échangés entre Amazon et les forces de polices de plusieurs municipalités américaines. Le logiciel Rekognition, qui permet de reconnaître avec une grande fidélité près d’une centaine de visages en même temps sur une caméra de surveillance y était en effet mentionné. Suite à cette révélation, les employés d’Amazon avait publié une pétition pour convaincre PDG du groupe, Jeff Bezos, d’abandonner ce projet délétère, qui rappelle par bien des aspects les technologies utilisées par le gouvernement chinois pour surveiller et punir ses minorités musulmanes.

Matt Meshulam évoquait également l’aide apportée par Amazon à la police de l’immigration américaine (Immigration and Customs Enforcement, ICE) et à la société Palantir, pour mettre la big data au service de la surveillance de masse. Dans la pétition mise en place par les employés d’Amazon, ces derniers dénonçaient cette collaboration en la comparant à celle entre IBM et l’Allemagne nazie pendant les années 1940.

Pourtant, le contrat qui unit Amazon à Palatir leur rapporte la somme dérisoire (pour ce géant valorisé à 1000 milliards de dollars) de 600 000 dollars par mois. Cela représente en effet seulement 0,00072% du la valorisation du groupe.

Quelle est l’ampleur de ce pouvoir de négociation ?

Malgré l’enthousiasme de ces ingénieux, qui comptent sur un mouvement citoyen de grande ampleur, on peut s’interroger sur son réel impact. Il faudrait en effet une campagne de boycott très importante pour peser sur Amazon, qui bénéficie toujours d’un grand pouvoir d’attraction sur les salariés les plus qualifiés. En outre, d’après John Sullivan, conseiller en recrutement pour Google et Facebook, et professeur à l’université de San Francisco, le service RH d’Amazon n’a pas jugé nécessaire d’estimer le nombre de pertes pour l’instant, ce qui relativise l’impact du hashtag et de ce boycott encore très minoritaire.

Mais celui-ci reste pourtant optimiste. En effet, John Sullivan affirme entendre de plus en plus d’étudiants affirmer qu’ils refuseront les offres issues des géants d’internet et en particulier d’Amazon. La question reste maintenant de savoir dans quelle mesure la masse critique de “rebelles” représentera un poids économique assez important, puisque cet argument semble être le seul vraiment pris en compte par les dirigeants d’Amazon, au mépris de toute considération morale.

Si la société civile ne s’engage pas suffisamment pour ces causes, qui pourra éviter que nos démocraties occidentales s’orientent vers des systèmes totalitaires de surveillance de masse à la chinoise ? Si ce n’est pas déjà le cas…

 

Publié le jeudi 6 septembre 2018 à 7:25, modifications mercredi 5 septembre 2018 à 17:31

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !