Sci-Tech

Des scientifiques ont réussi à faire naître des souriceaux avec des souris de même sexe

 C’est une première pour la Science. Des chercheurs sont parvenus à donner naissance à des souriceaux à partir des gènes de deux pères et de deux mères. Pour parvenir à ces résultats, ils ont fortement modifié l’ADN de leurs cellules reproductrices.

En 2004, une équipe japonaise est parvenue à donner naissance à la toute première souris issue d’un matériel génétique exclusivement femelle. Toutefois, c’est la première fois que les scientifiques font l’expérience sur deux souris mâles.

Les résultats sont les suivantes : Chez les souris mâles, sur 447 embryons, seulement 12 souriceaux sont nés. De plus, seuls 2 de ces derniers ont survécu pendant plus de 48 heures. Chez les femelles, les résultats étaient plus fructueux. En effet, sur 210 embryons, 29 souriceaux sont nés et ont été capables de survivre jusqu’à l’âge adulte. Toutefois, leurs descendantes ont eu moins de chances. Sur 22 souriceaux nés uniquement de deux mères, 9 sont morts peu après leur naissance.

Les scientifiques ont contourné l’obstacle du sexe

Les chercheurs ont utilisé des ciseaux génétiques Crispr Cas9 pour parvenir à ces résultats. De plus, pour contourner la barrière qui empêche deux animaux de même sexe de se reproduire, les chercheurs chinois ont dû modifier et éliminer certains gènes de leurs cellules souches.

Même s’il n’a pas participé à cette étude, le docteur Christophe Galichet, un expert qui travaille au centre de recherche biomédicale, Francis Crick Institute, de Londres déclare :

Les auteurs de l’étude ont fait un pas très important pour comprendre pourquoi les mammifères peuvent uniquement se reproduire par voie sexuée

Retards de développement des souriceaux

Il existe, dans la nature, de nombreuses espèces capables de se reproduire sans avoir besoin de s’accoupler à un partenaire de sexe différent. On constate notamment ce phénomène chez les poissons, les amphibiens et les reptiles. Toutefois, ce n’est pas vraiment le cas chez les mammifères. Le docteur Galichet rappelle :

 De précédentes études avaient montré que la reproduction de souris à partir de deux femelles étaient possibles (…). Des souriceaux étaient nés, mais avaient subi des retards de développement

Le mécanisme de l’empreinte parentale

Selon les chercheurs, cette complication proviendrait de ce qu’ils appellent « l’empreinte parentale ». Il s’agit d’un processus de reproduction chez les mammifères durant lequel certains gènes sont soumis à un mécanisme essentiel au développement.

En effet, les mammifères héritent d’une moitié de leur génome de leur père et de l’autre, de leur mère. L’empreinte parentale implique que ces deux parties du génome n’ont pas le même fonctionnement. L’une est active et l’autre est éteinte.

C’est pourquoi les chercheurs chinois ont dû utiliser des cellules souches embryonnaires haploïdes pour contourner ce mécanisme. Ces cellules ne contiennent qu’un exemplaire de chromosome au lieu de deux exemplaires pour une reproduction sexuée normale.

Par la suite, les scientifiques ont modifié la composition génétique de ces cellules avant de les injecter dans un ovule de souris. Ce processus n’était pas le même suivant que les parents étaient deux souris mâles ou deux souris femelles. Dans le premier cas, le processus était encore plus complexe.

Une approche impensable pour les couples homosexuels humains

En marge des questions éthiques, cette approche du clonage des mammifères reste encore impensable pour les couples humains homosexuels. Que cela soit au niveau de l’éthique mais aussi au niveau des obstacles techniques.

Pour le docteur Galichet :

Il est impensable de créer un bébé humain de cette manière-là. Si quelqu’un voulait tenter de créer un bébé de couples lesbiens ou gays de cette façon, le seul fait de générer les cellules souches modifiées prendrait un temps considérable, avec une très faible perspective de succès à la fin

De même, un autre spécialiste, le docteur Dusko Ilic, du King’s College de Londres ajoute que :

Le risque d’anomalies sévères est trop élevé. Cela prendrait des années de recherche, sur différents types d’animaux, pour arriver à comprendre comment appliquer cette méthode en toute sécurité .

Les résultats de cette étude sont parus le jeudi 11 octobre 2018 dans la revue américaine spécialisée Cell Stem Cell.

Publié le vendredi 19 octobre 2018 à 7:01, modifications jeudi 18 octobre 2018 à 14:39

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