Sci-Tech

D’après plusieurs études, la procrastination permet de stimuler la créativité

Contrairement à ce que beaucoup pourrait penser, la procrastination peut parfois être un outil intéressant pour stimuler sa créativité et trouver des réponses inédites à un problème donné.

La procrastination a très mauvaise réputation, et c’est un fait établi aujourd’hui. En témoignent les nombreux articles publiés à ce sujet, qui proposent d’ailleurs presque systématiquement une palette de solutions pour résoudre ce “problème”. En effet, la procrastination est souvent associée à des émotions négatives comme l’anxiété, la tristesse et la honte.

Pourtant, la procrastination pourrait bien avoir des vertus insoupçonnées. Et cela s’applique surtout aux individus les plus créatifs, qui sont souvent sujets à ce “mal” des temps moderne. Bien souvent, le fait de remettre les choses à plus tard leur permet paradoxalement de stimuler leur créativité.

Procrastination active vs. procrastination passive

Lorsque vous avez des choses plus importantes à faire, il vous arrive sûrement de repousser à plus tard certaines tâches. La procrastination ne signifie donc pas nécessairement le fait de ne rien faire. En réalité, tout dépend de la façon dont vous le faites. Ainsi, il existe une différence fondamentale entre deux types de procrastination : la procrastination active et la procrastination passive.

Les procrastinateurs actifs qui ne font que repousser certaines tâches à plus tard sont plus en contrôle, et savent finalement mieux gérer leur temps en gardant leurs options ouvertes jusqu’au dernier moment. Ces derniers sont plus confortables avec le fait de rater certaines deadlines, et préfère réaliser les tâches qu’ils considèrent comme les plus importantes au meilleur moment possible. Il n’est également pas rare de les voir utiliser le stress lié à une date urgente pour se dépasser quelques jours avant l’échéance. L’une des vertus de cet état d’esprit est de leur permettre d’être plus à l’aise avec le stress. Mais ce n’est pas le cas des procrastinateurs passifs.

Ces derniers sont en effet très facilement angoissés et n’arrivent pas à avoir le courage nécessaire pour se concentrer et réaliser leurs objectifs, car ils ont constamment la sensation de ne jamais faire les choses à temps. Cette façon de penser engendre un cercle vicieux qui finit par générer des émotions négatives sur le long terme. Un lien très sérieux a d’ailleurs été établi entre la procrastination passive et la dépression.

Il est par ailleurs prouvé que le fait de savoir résister à la pression des deadlines entraîne un regain de créativité. C’est d’ailleurs l’observation faite par Christoph Niemann, un graphiste récemment interviewé dans les colonnes du magazine 99U. En effet, celui-ci a remarqué que les solutions créatives sont souvent de meilleure qualité lorsque le temps imparti est savamment dosé : ni trop court, pour permettre aux créatifs de se reposer l’esprit, ni trop long. D’après lui, 2 jours serait la durée idéale pour stimuler la créativité, notamment dans un milieu comme une agence de communication.

Des études très sérieuses sur le sujet

En 1927, le psychologue Bluma Zeigarnik a découvert que nous possédons une meilleure mémoire des tâches qui n’ont pas encore été achevées par rapport à celles que nous avons déjà effectuées. Appliquée à la procrastination, cette découverte, connue sous le nom d’effet Zeigarnik, signifie que les procrastinateurs ont davantage de chances de souvenir d’informations cruciales à propos de leurs projets.

Une autre étude réalisée en 1963 par le psychologue britannique John Baddeley est arrivée à des conclusions similaires. Celui-ci a conduit une expérience pendant laquelle plusieurs personnes devaient trouver une solution à un problème dans le temps imparti. Ceux qui n’y sont pas parvenus ont reçu la solution après l’expérience. Mais contre toute attende, l’étude a montré que ces derniers avaient une meilleure mémoire de la solution que ceux qui l’avaient trouvée par eux-même.  

Ainsi, d’après le professeur Adam Grants, qui enseigne à l’université de Wharton en Pennsylvanie, la procrastination permet à l’esprit de vagabonder, de stimuler la mémoire et d’augmenter ses chances de trouver une solution inédite et novatrice à un problème donné.

C’est également le résultat d’une étude mené par Jihae Shin, professeur à l’université du Wisconsin aux Etats-Unis. Cette dernière a mis deux groupes de personnes en situation, en leur demandant d’élaborer un business plan. Seulement, le premier devait d’abord jouer au Démineur et au Solitaire avant de se mettre à travailler. La professeur a ainsi découvert que les idées de ce groupe étaient en moyenne 28% plus créatives que celles des autres.

Procrastination et créativité

Léonard De Vinci avait une façon très intéressante de définir l’art :

L’art n’est jamais fini, il est juste abandonné.

Les tâches qui ne sont pas achevées nous reste davantage à l’esprit, ce qui nous encourage à sans cesse essayer de nouvelles solutions pour trouver le meilleur moyen de résoudre un problème. Et c’est d’autant plus vrai pour les personnes ayant des projets créatifs nécessitant de trouver des solutions non traditionnelles pour les mener à bien. C’est d’ailleurs le cas de Léonard De Vinci, un autre procrastinateur notoire. En effet, celui-ci a commencé la Joconde en 1503… Et ne l’a finalement achevée qu’en 1517, soit 14 ans plus tard. Rien que ça !

La procrastination peut donc devenir un atout créatif important, si vous savez l’utiliser avec parcimonie et intelligence. Parfois, un projet créatif nécessite d’outrepasser plusieurs deadlines pour trouver une solution qui transformera l’essai. Mais passé un certain niveau, cette tendance peut devenir sévèrement contre-productive et nuire durablement à la carrière de ceux qui s’y adonnent trop souvent.

En effet, d’après Steve McClatchy, auteur du best-seller Decide, met les procrastinateurs en garde contre une tendance qui peut parfois leur coûter très cher. Ainsi, d’après lui, lorsqu’il est nécessaire de produire un travail d’extrême qualité, repousser les choses au lendemain n’est pas la meilleure option à choisir. Mieux vaut en effet travailler dessus de façon assidue tous les jours, quitte à laisser des moments de battement entre les tâches afin de stimuler son imagination. En outre, le stress généré par la procrastination, surtout dans un environnement comme l’entreprise où chacun doit être en mesure de compter sur les autres, peut s’avérer très difficile à surmonter.

En conclusion, la procrastination est un outil à utiliser avec parcimonie. Dès que celui-ci commence à affecter votre productivité sur le moyen-terme, il est temps d’y mettre fin rapidement.

Publié le dimanche 6 mai 2018 à 15:00, modifications dimanche 6 mai 2018 à 10:56

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !