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D’après cette psychanalyste, le transhumanisme est un fantasme purement “infantile”

Le transhumanisme traduirait notre recherche d’un plaisir infantile refoulé, en niant les limites de notre propre corps pour l’obtenir.

Le transhumanisme est la version moderne d’un fantasme de toute puissance qui anime l’homme depuis la nuit des temps. Mais de quelle manière s’exprime-t-il à travers cette nouvelle tendance qui semble tant passionner les grands de ce monde ? La psychanalyste Cristina Lindenmeyer tente d’y répondre dans la nouvelle revue Anticipation consacrée à ce sujet.

Un rapport pas si évident entre psychanalyse et transhumanisme

Freud avait déjà émis l’hypothèse en 1929 que la technologie permettrait de répondre au sentiment d’impuissance des hommes en leur donnant l’impression d’être des “dieux prophétiques”. Moins d’un siècle plus tard, cette prévision semble plus que jamais d’actualité, d’après la psychanalyste Cristina Lindenmeyer.

Elle explique ainsi que notre besoin de nous réparer nous-même ou de devenir supérieur à ce que nous sommes déjà provient du sentiment d’insécurité que nous éprouvons étant nourrisson. Nous sommes alors seuls face au monde, après avoir vécu dans le confort du ventre maternel. Mais justement, l’un des deux parents va alors s’occuper de l’enfant et résoudre une partie de son problème d’impuissance. Cette attention va lui permettre de se construire, mais va laisser une trace dans son développement futur. Le futur adulte voudra ainsi inconsciemment reproduire ce “plaisir initial” d’être materné et protéger. Mais il ne pourra plus jamais l’obtenir, puisqu’il devra sans cesse se heurter seul aux limites de son existence comme la maladie, le vieillissement ou la mort.

Cette profonde insatisfaction va donc produire le désir de créer et de posséder des objets extérieurs qui nous permettrons de compenser notre impuissance. Et la technologie constitue l’archétype de ce type d’objets. Ce désir provient donc profondément d’un désir infantile refoulé.

Un fantasme dangereux

Le transhumanisme place donc dans le progrès technologie l’accomplissement d’un désir fondamental. Mais en faisant cela, l’homme renonce à affronter les limites que lui impose la vie. Il extériorise le problème en refusant de le résoudre en lui-même, avec toute la maturité et la force nécessaire. Cristina Lindenmeyer associe donc ce comportement à celui d’un enfant, qui ignore ses propres limites.

Or, c’est justement en se confrontant à nos limites et à nos déceptions que nous grandissons, et que nous en venons à mieux comprendre et accepter nos désirs. Mais l’idéologie transhumaniste les considère comme un handicap, qu’il faudrait supprimer grâce à la technologie. Elle souhaite créer de nouveaux être humains, qui seront plus “grands” que la mort. Mais elle refuse également de voir que le corps est une enveloppe biologique, avec une histoire et une fragilité inhérente qui fait de nous des humains. en changeant foncièrement ce mécanisme, le transhumanisme fera de nous des êtres insensibles : de véritables robots.

Il faut que nous comprenions que nos défauts font également notre force. Si nous choisissons de les supprimer, elles se répercuteront en créant de nouveaux manques et de nouvelles addictions. C’est par exemple ce que montre avec brio la série diffusée sur Netflix Altered Carbon, dans laquelle la société entière est dominée par une caste d’hyper-privilégiés immortels, comblant le vide et l’ennui de leur existence sans fin avec toutes sortes de jeux malsains et autres orgies auxquelles ils ne prennent même plus plaisir. 

Le transplantation de conscience générera un profond mal-être

Pour la psychanalyste, le fait de dématérialiser sa conscience, comme dans le scénario de nombreux épisodes de la série Black Mirror, mènera nécessairement à un profond mal-être. Notre conscience n’est pas faite pour être plongée dans un monde virtuel coupé des plaisirs immédiats et sensoriels donc le corps et l’esprit ont besoin pour survivre.

Il faut encore y voir un exemple du fait que les transhumanistes considèrent le corps comme un fardeau encombrant dont il faudrait se débarrasser. Ils oublient encore une fois que c’est cette fragilité qui conditionne l’intensité de nos désirs et de nos plaisirs. Qui peut nier que les sensations physiques immédiates au volant d’une voiture soit bien amoindries par rapport à celle du coureur ?

En laissant la technologie fusionner avec notre corps, nous perdrons non seulement notre capacité à ressentir, à aimer et à désirer, mais également nos valeurs humaines et la pureté de nos rapports aux autres.

Publié le mardi 18 septembre 2018 à 10:02, modifications mardi 18 septembre 2018 à 8:28

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