Sport

Liste Forbes 2018 des 100 athlètes les mieux payés : Pourquoi aucune femme n’y figure

Ce n'était pas arrivé depuis 2010

Serena-Williams-Deçue

L’année dernière déjà, Serena Williams était la seule femme à y paraître. La liste Forbes 2018 est un concentré de testostérone qui met en évidence le fossé des inégalités salariales entre hommes et femmes. Et il se creuse.

Pas une seule sportive parmi les mieux payées des 100 personnalités, toutes disciplines confondues. Ce n’était pas arrivé depuis 2010, année du passage du nombre des listés de 50 à 100. Le classement Forbes 2018 nous démontre, s’il était encore besoin de le prouver, que les inégalités salariales hommes-femmes sont partout.

Liste Forbes 2018 : au sommet, mais mal loties

Qui aurait crû que les plus puissantes des femmes pesaient aussi peu face à leurs homologues masculins ? Mais surtout, qu’elles aussi ne sont pas à l’abri des effets du patriarcat ? On se doutait qu’à compétences égales, la valorisation de la productivité féminine souffrait d’un biais favorable aux hommes. Mais des explications supplémentaires nous viennent de la WGEA (Workplace Gender Equality Agency). C’est l’agence australienne qui étudie les inégalités salariales au travail Selon elle, deux raisons principales renseignent la pérennité de la disparité des rémunérations selon le genre.

D’abord, la part disproportionnée des tâches ménagères dans les couples. Dans une société patriarcale, l’écrasante majorité de ces tâches incombe aux femmes. Malgré leur valeur de véritable travail, celles-ci, non-rémunérées, ne sont jamais prises en compte comme un apport substantiel. Ensuite, il y a le temps en dehors de l’emploi dû aux grossesses. Il a un impact sur la progression professionnelle des femmes ainsi que sur les opportunités auxquelles elles pourraient avoir droit.

Illustration avec le cas Serena Williams

Serena Williams en est l’exemple. Seule représentante de son genre l’année d’avant, elle disparaît de la liste Forbes 2018. Celle-ci, comme les précédentes, ne prend en compte que les revenus engrangés de juin à juin. Donc, dans notre cas, du 1er juin 2017 au 1er juin 2018. L’ex numéro 1 mondiale, lauréate de l’Open d’Australie en janvier 2017, avait dû écourter sa saison dès le mois de février de cette année-là. Serena Williams était enceinte. Après son accouchement le 1er septembre 2017, elle ne fait que quatre apparitions sur le circuit WTA, plusieurs mois après avoir donné naissance à sa fille. En recherche de sensations, l’Américaine ne jouera que sept matchs sur cette période.

Fonctionnement du classement Forbes

Le classement de Forbes, lui, compile plusieurs types des revenus. Ceux obtenus via des contrats publicitaires, auxquels on ajoute les salaires réguliers de certains sportifs. Puis les prix spéciaux pour ceux qui remportent un tournoi. Enfin, des bonus particuliers, lorsqu’il y a une performance exceptionnelle. C’est le cas par exemple en tennis, pour les joueurs qui remporteraient coup sur coup Miami et Indian Wells. Serena Williams, absente car enceinte puis mère, a manqué toute une saison à cheval sur deux années. Alors que du côté de ses collègues masculins comme Novak Djokovic, on a continué à faire de l’argent.

La fécondité des femmes est-elle punie ?

Le Serbe est devenu père pour la deuxième fois la semaine durant laquelle Williams mettait au monde son premier enfant.  Lui par contre avait mis fin à sa saison six mois après Serena Williams soit en juillet 2017, pour des raisons sans rapport avec sa future paternité. Il termine ainsi à la 85e place avec 23.5 millions de dollars. Serena Williams, quant à elle, n’aura finalement rassemblé que 18 millions de dollars, en grande partie via ses contrats publicitaires. Mais ce n’était pas assez pour être éligible à la liste Forbes 2018. En dernier, le  basketteur Nicolas Batum clôture cette liste Forbes 2018 avec 22.9 millions de dollars. Tout se passe comme si la capacité à enfanter des femmes est punie, alors qu’elle est nécéssaire à la pérennité de l’espèce humaine.

Floyd Mayweather, un pied de nez au combat des femmes ?

Pour nombre de militants pour l’égalité des salaires, cette liste Forbes 2018 est doublement problématique. En premier lieu, elle montre un milieu sportif plus inégalitaire que d’autres domaines. En outre, le boxeur américain Floyd Mayweather trône sur cette liste Forbes 2018. Or, il est connu pour de multiples cas de violences physiques sur des femmes, y compris la mère de ses enfants et devant ces derniers. Cet état de fait, est pour beaucoup, une véritable gifle à l’avancée des droits de femmes.  Qui rappelle encore et encore, que la réussite éclatante, le succès sportif, ne préservent pas les femmes des inégalités et de la discrimination.

À l’instar des minorités ethniques, dont les bénéfices d’une ascension sociale ne suffisent pas à protéger des affres du racisme.  Comme le disait la réalisatrice Isabelle Boni-Claverie dans son documentaire “Trop noire pour être française ? ” :

La classe n’efface pas la race

Sous-entendant par là que la classe sociale, aussi élevée soit-elle, n’efface, ni ne fait disparaître, les discriminations liées à race, non pas biologique, mais entendue comme construction sociale.
Il semblerait donc que, de la même façon, pour la gent féminine, l’efficacité et le mérite n’effacent pas non plus le plafond de verre qui pèse sur leur genre.

Le sexisme est un système dont les préjudices les touchent toutes, tant qu’il y aura une domination masculine.
Ainsi, au delà de Serena Williams, il s’agit aussi de changer les imaginaires collectifs. Afin que les pendants féminins de tous les sports et sportifs représentés dans cette liste Forbes 2018, puissent bénéficier d’une réussite pécuniaire comparable à celle de leurs homologues masculins.

Publié le mercredi 6 juin 2018 à 15:56, modifications mercredi 6 juin 2018 à 14:51

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !