Football

Mondial-1998, les 20 ans: une euphorie française, patinée par le temps

“Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille”: les mots de Thierry Roland résonnent toujours vingt ans plus tard pour des millions de Français, mais la victoire des Bleus lors de la Coupe du monde 1998 fait désormais partie d’un passé lointain pour les jeunes générations.

Ce premier sacre mondial de la sélection, au soir du XXe siècle et à domicile, a irrigué la société française d’une joie débordant le simple monde du foot. Il faut dire que ce 12 juillet 1998 coïncidait avec une période de reprise de la croissance économique et de baisse du chômage, à l’heure où la cohabitation entre le président de droite Jacques Chirac et le Premier ministre de gauche Lionel Jospin était plébiscitée par l’opinion publique.

La “France Black-Blanc-Beur”, du fait des multiples origines composant le groupe des Bleus, était célébrée et a depuis fait l’objet d’innombrables débats et controverses. Le mythe s’est imposé.

Gimmicks et flashs de l’épopée imprègnent encore la mémoire collective, l’entêtant tube de Gloria Gaynor “I Will Survive” revisité par le Hermes House Band, le baiser de Laurent Blanc sur le crâne chauve de Fabien Barthez, la pose hagarde de Lilian Thuram en demi-finale, la Une de L’Equipe “Pour l’éternité” et bien sûr “et un, et deux, et trois zé-ro!” en finale contre le Brésil après les deux buts de la tête de Zinédine Zidane, héros d’un soir devenu “Zizou”, icône absolue.

Et les amateurs du foot ont adopté dans leur langage des phrases comme “muscle ton jeu, Robert!”, assenée par le sélectionneur Aimé Jacquet à Pirès dans le légendaire documentaire “Les Yeux dans les Bleus”, ou encore “la lumière est venue de Laurent Blanc!”, lancée par le journaliste Thierry Gilardi à la télévision pour le but en or au bout d’un 8e de finale irrespirable contre le Paraguay.

“Lobby France 98”

Le capitaine de l'équipe de France 1998, Didier Deschamps, au Stade de France, le 12 juillet

(credit photo AFP/Archives) Le capitaine de l’équipe de France 1998, Didier Deschamps, au Stade de France, le 12 juillet

Bien sûr, la belle image s’est moirée de reflets moins reluisants – de la déchirure autour de l’affaire des quotas à la “petite magouille” avouée récemment par Michel Platini, dirigeant de l’organisation du Mondial-1998 qui avait placé la France et le Brésil dans les groupes de telle sorte que, s’ils finissaient premiers, ils ne pouvaient se croiser avant la finale…

Contrairement à Jacquet (76 ans), retiré sur son Aventin, les 22 champions du monde font désormais partie du paysage médiatique: ils sont presque tous restés dans l’environnement du foot professionnel, quelques-uns en tant qu’entraîneurs, la moitié comme consultants médias. Au point qu’il est courant de parler de “lobby France 98”, le prestige s’étant mué en pouvoir d’influence facilité par l’accès illimité aux médias.

Rares sont les absents du milieu du foot pro, comme Thuram, engagé dans la lutte antiraciste, Barthez, reconverti dans le sport automobile, ou Stéphane Guivarc’h, vendeur de piscines en Bretagne.

Reste un esprit de corps, un linéament en or, comme l’illustre Marcel Desailly pour l’AFP: “On arrive à se croiser, il y en a qui habitent à Los Angeles, Bordeaux, New York, Londres, Accra… C’est difficile de se retrouver mais quand on se retrouve il y a une vraie énergie. Tout de suite, ça claque, tout de suite on échange, on s’aide sur des opportunités ou des positionnements caritatifs ou autre”.

S’ils ont fondé l’association France 98, qui organise des matches pour des œuvres caritatives, ils ont aussi fait basculer le foot français dans l’ère de l’argent roi – “je fais du +business+ à travers le fait que l’on ait gagné la Coupe du monde”, résume Desailly.

“DD” et “ZZ”, les passeurs

Le milieu offensif de l'équipe de France 1998, Zinedine Zidane, lors de la finale contre le Brésil, au Stade de France, le 12 juillet 1998

(credit photo AFP/Archives) Le milieu offensif de l’équipe de France 1998, Zinedine Zidane, lors de la finale contre le Brésil, au Stade de France, le 12 juillet 1998

Pour le terrain, ce sont principalement deux anciens joueurs qui assurent le lien entre les générations: Zidane, dont l’aura s’est étendue à sa carrière d’entraîneur à succès à la tête du Real Madrid, qu’il a quitté abruptement le 31 mai, et le capitaine des champions du monde Didier Deschamps, sélectionneur depuis 2012 à la suite de Blanc (2010-2012).

“DD”, les Bleus d’aujourd’hui sont conscients de son immense palmarès, et “quand il parle, les joueurs ne lacent pas leurs chaussures”, confie à l’AFP le président de la Fédération (FFF), Noël Le Graët.

Quant à “ZZ”, “on l’a adulé, admiré, et on l’admire encore toujours en tant qu’entraîneur et en tant qu’homme”, estime son lointain successeur avec le brassard, Hugo Lloris.

Le groupe actuel, à la conquête du Mondial en Russie (14 juin-15 juillet), se divise cependant entre ceux qui ont vécu l’événement et ceux qui étaient trop jeunes.

Olivier Giroud, 31 ans, en avait 11 et conserve en tête l’image du doublé de ZZ et “surtout d’une équipe pas forcément destinée à ça et qui est allée chercher cette Coupe du monde”.

Raphaël Varane (25 ans) est à la limite: “Je me souviens quand mon père a célébré les buts, j’avais 5 ans mais ça m’a marqué”.

Quant à Kylian Mbappé (19 ans), symbole de la relève bleue, il n’était même pas né! Le Mondial-1998, c’était bien… un autre siècle.

Publié le lundi 4 juin 2018 à 14:36, modifications lundi 4 juin 2018 à 12:30

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