Football

Accusé de fichage ethnique, le PSG reconnaît la pratique mais dénonce ” une initiative personnelle “

Le PSG a réagi aux accusations de fichage ethnique dont il fait l’objet dans une enquête de Mediapart et Envoyé Spécial qui ont analysé des Football Leaks. Le club s’exonère de toute implication. 

La cellule de recrutement du PSG a classé, de 2013 au printemps 2018, les recrues potentielles comme « Français », « Maghrébin », « Antillais » ou « Africain », selon les Football Leaks. Après la diffusion de ces pratiques de fichage ethnique par Mediapart et Envoyé Spécial, le club s’est expliqué, ce jeudi 8 novembre. Il a dénoncé « une initiative personnelle ».

Retour sur les faits

Sur la base de documents internes piratés puis transmis à un consortium de journalistes européens, Mediapart et Envoyé Spécial ont mis en lumière des pratiques douteuses au sein du PSG. Plus précisément au centre de formation, au sein de la cellule de recrutement « hors Ile-de-France » du club.

Ainsi, les faits concerne la période allant de 2013 jusqu’au printemps 2018. Le groupe d’une quinzaine de recruteurs, répartis sur l’ensemble du territoire, est alors dirigé par Marc Westerloppe, spécialiste reconnu de la détection des jeunes talents. Or, après son arrivée au PSG, le recruteur met en œuvre un fichage informatique des joueurs. En dehors des caractéristiques sportives classiques, les « yeux et les oreilles » du PSG en régions sont invités à renseigner l’origine ethnique du joueur observé. Quatre possibilités s’affichent alors dans un menu déroulant : « Français », « Maghrébin », « Antillais » ou « Africain ».

Pourtant, ce type de fichage ethnique est purement interdit par la loi. Il s’agit d’un délit passible d’une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende. D’autant que les enquêtes de Mediapart et d’Envoyé Spécial mettent en évidence la volonté affichée par Marc Westerloppe d’écarter au moins un jeune talent du FC Rouen, Yann Gboho. Et ce, sur la base de sa couleur de peau. Ceci dans le cadre d’une politique de recrutement imposée par « la direction ».

Quelle est la réaction du PSG ?

Après la divulgation de ce fichage ethnique, le PSG a confirmé officiellement :

Des formulaires avec des contenus illégaux ont été utilisés entre 2013 et 2018. Par la cellule de recrutement du centre de formation, dédiée aux territoires hors Île-de-France.

Le club parisien a également précisé :

Dès qu’il en a été informé au début du mois d’octobre dernier, le PSG a lancé une enquête interne pour comprendre comment de telles pratiques ont pu exister. Et décider des mesures qui s’imposent.

Et de dénoncer une « initiative personnelle du responsable de ce département ». Pour répondre aux questions des Football Leaks, le PSG a missionné Malek Boutih. Il s’agit d’un ancien député Parti socialiste (2012-2017) et ancien président de SOS Racisme (1999-2003). Selon le PSG, « il travaille depuis une quinzaine d’années sur les questions de racisme au sein de la fondation PSG ».

De son côté, Marc Westerloppe, aujourd’hui salarié du Stade Rennais, reconnaît « une maladresse, une erreur » de sa part. Sans toutefois en dire davantage. Quant à Nasser Al-Khelaïfi, le président du PSG, aucun élément ne permet d’évaluer son niveau d’information sur le sujet au moment des faits. Enfin, Olivier Létang, le directeur sportif adjoint du PSG et supérieur hiérarchique de  Marc Westerloppe à l’époque, s’est dit « blessé et choqué par ces révélations ».

Vers des poursuites judicaires ?

Dans un communiqué, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a annoncé avoir saisi le procureur de la République. Elle a déposé une plainte. Elle y a dénoncé :

Un système profondément raciste et discriminatoire, avec une confusion malsaine entre aptitude physique et origine.

La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a quant à elle exprimé sa « consternation ». L’ancienne nageuse a demandé à la Fédération française de football et à la Ligue « d’examiner ce dossier ».

Si ces faits de discrimination sont avérés, ils sont passibles de sanctions disciplinaires voire pénales. L’État se réserve la possibilité de donner toutes suites utiles à cette affaire.

Publié le samedi 10 novembre 2018 à 11:13, modifications samedi 10 novembre 2018 à 11:15

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