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En Bosnie, des cheveux sur mesure et gratuits pour les enfants cancéreux

Ajla Nizic ne savait pas ce qu’était un cancer quand elle a été diagnostiquée à l’âge de 4 ans. “Mais je savais que j’avais perdu mes cheveux”, se souvient la jeune femme aujourd’hui âgée de 19 an

Quinze ans après avoir survécu à une leucémie, l’étudiante en médecine anime en Bosnie une opération destinée à offrir gratuitement aux enfants malades ce que ses parents n’ont pu lui acheter alors: une perruque.

Dans ce pays balkanique qui est l’un des plus pauvres d’Europe, c’est la solidarité qui souvent sauve des vies. Quasi quotidiennement sont diffusés dans la presse des appels au don pour financer à l’étranger des traitements médicaux qui ne sont pas réalisés dans le pays, comme des greffes de rein ou de moelle osseuse.

S’il est possible de se procurer des perruques synthétiques pour adulte, il n’y a qu’en Croatie voisine qu’on peut acheter une perruque sur mesure pour enfant. Mais à plus de 2.000 euros la pièce, un tel achat est inenvisageable en Bosnie, où le salaire moyen est d’environ 400 euros mensuels.

“Ca peut paraître dérisoire d’y penser quand il s’agit d’abord de combattre une maladie si agressive, mais la perte des cheveux est souvent très lourde psychologiquement, surtout pour les filles qui n’osent pas sortir en public”, assure Ajla, dont le visage est désormais encadré de longues tresses brunes.

“Mes cheveux, tes cheveux”

L’opération intitulée “Mes cheveux, tes cheveux” encourage les Bosniens, et en l’occurrence les femmes, à faire don d’une partie de leur chevelure à un atelier de confection de perruques en cheveux naturels pour enfants, ouvert à Sarajevo depuis octobre 2017 et animé par une dizaine de bénévoles.

Des coiffeuses préparent les cheveux des donatrices du projet

(credit photo AFP) Des coiffeuses préparent les cheveux des donatrices du projet “Mes cheveux, tes cheveux” avant un prélèvement pour réaliser des perruques, le 25 mai 2018 à Sarajevo

Elles sont des centaines à ainsi être venues se faire couper les cheveux lors d’événements organisés dans des écoles ou des centres commerciaux. D’autres les ont envoyés par la poste. Confectionner des perruques en cheveux naturels, en plus de leur offrir un aspect moins artificiel, permet d’économiser le prix du matériel de confection.

Un après-midi, dans l’école primaire de Hadzici près de Sarajevo, plusieurs élèves sont assises dans le calme. Derrière elles, des adultes coiffent leurs longs cheveux bruns, avant d’y couper les précieuses mèches.

“Je voudrais que le sourire revienne sur le visage de tous les enfants, je ne veux pas être la seule qui rit”, commente l’une des donatrices, Suana Sehic, 13 ans.

Jusqu’à présent, une vingtaine de perruques ont été confectionnées et offertes aux enfants, précise Nermina Cuzovic, 39 ans, qui a monté ce projet avec le soutien d’un programme d’aide du gouvernement suisse.

Outre la confection de perruques, l’atelier forme parallèlement de futurs artisans dans un pays où le métier de perruquier-posticheur était sur le point de “mourir”, souligne-t-elle.

“On regarde comment c’était avant”

Une dizaine de futurs perruquiers apprennent donc l’art du métier: pour confectionner une perruque, il faut utiliser les cheveux d’au moins six personnes et les tresses coupées doivent être longues d’au moins 30 centimètres. Leur couleur doit être “identique au maximum” et c’est un travail qui prend “dix à quinze jours”, détaille Fuad Halilovic, 22 ans, qui gère l’atelier.

Une étape du travail de confection d'une perruque en Bosnie le 7 juin 2018 à Sarajevo

(credit photo AFP) Une étape du travail de confection d’une perruque en Bosnie le 7 juin 2018 à Sarajevo

“Nous essayons de faire en sorte que la perruque ressemble au maximum à la coiffure que l’enfant avait avant de perdre ses cheveux. On prend les mesures de la tête et on regarde sur les photos comment c’était avant”, explique-t-il.

Cette opération est l’une nombreuses lancées par l’association “Un Coeur pour les enfants”, créée il y une quinzaine d’années par des parents d’enfants malades.

En 2016, l’association a ouvert, avec le soutien de nombreux donateurs, une “maison parentale” à proximité de la clinique pédiatrique de Sarajevo, qui a hébergé jusqu’à présent une centaine de familles. Elle propose aux parents une aide psychologique et sociale pendant que leurs enfants sont à l’hôpital, ainsi qu’un logement à ceux qui ne sont pas de Sarajevo.

“Avant, certains parents dormaient dans leur voiture, à proximité de l’hôpital, parce que c’est cher de se payer un logement à Sarajevo, d’autant que le traitement est très long”, explique le président de l’association, Fikret Kubat.

“Notre deuxième maison”

Atifa Buldic-Besic, 30 ans, aujourd’hui bénévole dans l’association, a été hébergée là durant sept mois en 2016, lorsque sa fille, en voie de rémission, était soignée pour une leucémie.

“C’était notre deuxième maison, le seul endroit où notre fille souriait, l’endroit où elle a commencé à courir, le seul endroit où elle jouait avec d’autres enfants”, se souvient cette femme domiciliée à Tuzla (nord).

L'attaquant international Edin Dzeko (en t-shirt blanc) et le manager d'

(credit photo AFP) L’attaquant international Edin Dzeko (en t-shirt blanc) et le manager d'”Un coeur pour les enfants” Fikret Kubat à droite) posent après avoir signé un accord de financement de la maison parentale de Sarajevo, le 25 mai 2018

La “maison parentale” dispose de dix appartements et l’objectif est désormais de trouver un “parrain” pour leur entretien.

L’attaquant international bosnien de l’AS Roma, Edin Dzeko, s’est récemment engagé à financer le fonctionnement de l’un de ces appartements pendant trois ans.

“Nous tous qui avons des enfants savons qu’ils sont ce que nous avons de plus précieux (…) Je veux montrer à ces enfants et à leurs parents qu’ils ne sont pas seuls”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à la signature de l’accord de financement. Son épouse, Amra, mannequin, a fait don de ses cheveux.

Publié le jeudi 16 août 2018 à 8:15, modifications jeudi 16 août 2018 à 8:49

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