Le « mensonge » du gouvernement pour réduire les pesticides

Par Ali Ch. Publié le 08/05/2024 à 19:08
Ecophyto Réduire Les Pesticides

Avec le plan Ecophyto 2030, le gouvernement veut réduire l'usage des pesticides de 50 %
Un objectif facilité par un nouvel indicateur de calcul dans l’usage des pesticides
Une nouvelle mesure dénoncée par des ONG qui crient au « mensonge »

La France arrivera-t-elle à réduire de moitié l’usage des pesticides dans son agriculture d’ici 2030 ? C’est l’objectif du nouveau plan Ecophyto présenté lundi 6 mai 2024 par le gouvernement. Un nouveau plan qui fait déjà débat entre les agriculteurs et les associations de protection de l'environnement, notamment autour de sa principale mesure qui consiste à mettre en place un nouvel indicateur de calcul dans l’usage des pesticides.

Le plan Ecophyto 2030, destiné à réduire l'usage des pesticides en France, a été présenté lundi 6 mai par le gouvernement. Mis en pause en raison de la crise agricole, ce plan maintient l’ambition de réduire de moitié les usages et les risques des produits phytosanitaires d’ici à 2030. Lancé en 2008, le premier plan Ecophyto ambitionnait déjà de baisser de moitié, en dix ans, l’utilisation des produits phytosanitaires (herbicides, insecticides, fongicides).

À première vue, l’objectif reste le même avec le nouveau plan Ecophyto 2030. « La France poursuit son objectif d’une réduction de 50 % de l’utilisation et des risques globaux des produits phytosanitaires, tout en se plaçant dans le respect d’un principe : pas d’interdiction sans solution », rapporte le gouvernement dans un communiqué sur la stratégie Écophyto 2030.

Le gouvernement change sa stratégie pour réduire les pesticides

La réduction des pesticides « sera mesurée par l'indicateur de Risque Harmonisé 1 (HRI1), calculé par la Commission européenne, qui permet de mesurer l'évolution de l'utilisation des substances actives en les pondérant par leurs mentions de danger », selon le nouveau plan Ecophyto.  Exit le Nodu (nombre de doses unité), le précédent indicateur qui servait à mesurer l'usage des produits phytosanitaires, comme le réclamaient les agriculteurs.

Si la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), principal syndicat agricole, se réjouit du changement d’indicateur, calqué sur celui de l’Union européenne, les associations de défense de l’environnement fustigent une manœuvre destinée à faire croire à une réduction de pesticides. Pour les ONG, un « changement de thermomètre ne fait pas baisser la fièvre ».

Les défenseurs de l’environnement crient au « mensonge »

Questionné par Reporterre, le porte-parole de Générations futures, François Veillerette, qualifie de « mensonge »  l’objectif du gouvernement de réduire, d’ici 2030, de 50 % l’usage des pesticides par rapport à la moyenne des années 2011-2013. Cette ONG a ainsi calculé que le HRI1 mesure une baisse de l’usage des pesticides de 32 % entre 2011 et 2021. Alors que le Nodu constate sur la même période une hausse de 3 %, selon Générations futures.

De son côté, le gouvernement défend ce changement au nom de la cohérence européenne. « Je ne dis pas que le HRI1 est parfait, mais il a le mérite d'exister », explique Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée auprès du ministre de l'Agriculture, dans La Tribune dimanche.  Elle a aussi confirmé avoir « demandé à l'Inrae de travailler avec ses homologues européens pour faire des propositions afin d'améliorer le cas échéant le HRI1 ». Un premier bilan sera fait « d'ici à la fin de l'année », d'après elle.

Des chercheurs, soignants et patients reprochent au gouvernement de sacrifier la santé

Dans une tribune publiée ce mardi 7 mai dans le journal Le Monde, un collectif rassemblant près de quatre cents chercheurs, plus de deux cents soignants ainsi que des associations de patients et de défense de l’environnement prend position contre le nouveau plan Ecophyto. « Avec son nouveau plan Ecophyto, le gouvernement persiste dans une politique d’immobilisme vieille de vingt ans. L’exposition délibérée, que ce soit des agriculteurs et de leurs familles ou de la population en général, à des substances nocives (ou dont la nocivité est encore inconnue pour les pesticides en cours d’agrément) va perdurer », affirme dans une tribune ce collectif.

Sur l'impact des pesticides sur la santé, les signataires pointent d'abord « une forte présomption d’un lien entre l’exposition à plusieurs pesticides et le développement de cancers de la prostate, de lymphomes et de leucémies », inscrits au tableau des maladies professionnelles. Ils notent aussi que « l’exposition in utero ou au cours de la petite enfance dans un contexte professionnel ou domestique accroît aussi le risque de certains cancers pédiatriques ou que les populations les plus vulnérables vivent près de zones d'épandage ».

Journaliste francophone. Je couvre l’actualité au quotidien sur une multitude de sujets. Je m’attelle à rapporter l’information avec objectivité.

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