Faut-il interdire l'escalade de l'Everest ?

Par Ali Ch. Publié le 29/05/2024 à 08:04
Escalader L'Everest
Escalader L'Everest

L’Everest, le « sommet du monde », fait rêver de nombreux touristes du monde entier. Mais depuis plusieurs années ce haut lieu de l’alpinisme, est confrontée à un problème sérieux causé par ces mêmes touristes avec les déchets qu’ils laissent derrière eux : des tentes abandonnées aux bouteilles d’oxygène vides, en passant par les déchets humains, l’Everest est devenu une vraie poubelle. Une situation qui n’a pas laissé indifférents les défenseurs de l’environnement, dont certains veulent carrément interdire son escalade.    

Avec ses 8848 mètres de haut, l'Everest est la plus haute montagne du monde. Elle se situe dans la chaîne de l’Himalaya, à la frontière du Népal et du Tibet. Chaque année, des centaines d’alpinistes se lancent dans l’ascension de l’Everest. Mais les tonnes de détritus jonchant les flancs de la montagne menacent son écosystème fragile, souligne un article du magazine Québec Science.

S’il y a autant de déchets sur les sommets de l’Everest, c’est parce que leur ascension nécessite une grosse logistique. Il faut des kilomètres de cordes, des piolets, des crampons, des duvets, des tentes et de quoi cuisiner pour des centaines d’individus. En 2023 près de 500 personnes ont tenté l’ascension de l’Everest. De riches clients qui attendent toujours plus de confort dans ce territoire isolé, accessible seulement à pied ou en hélicoptère, écrit le site Reporterre dans un article sur l’Everest, publié le 10 mai dernier.

L’Everest, une poubelle à ciel ouvert

La majorité des touristes qui se rendent à l’Everest finissent par abandonner leurs équipements sur les lieux, devenus une poubelle à ciel ouvert avec toutes les conséquences néfastes sur l’écologie et l’environnement. « J’ai déjà trouvé des tentes fantômes toutes prêtes pour l’ascension, mais qui n’ont pas été utilisées, car les personnes ont renoncé pour une raison x ou y », explique Breffni Bolze, alpiniste qui organise depuis 20 ans des expéditions de nettoyage des plus hauts sommets du monde.

Beaucoup de touristes qui se rendent à l’Everest ne prennent pas le temps de s’acclimater à l’altitude, ce qui les obligent à utiliser massivement de l’oxygène. Résultat : des bouteilles pesant entre 3 et 5 kilos qui finissent leur vie dans la neige. Même les déchets humains – comme les excréments –  laissés par les touristes sur le chemin du sommet de l’Everest posent problème. Ils ne se dégradent pas à ces altitudes extrêmes où les températures restent négatives toute l’année et ils menacent d’empoisonner les cours d’eau et les nappes phréatiques, explique encore Québec Science.

L’Everest entre le développement économique et le respect de l’environnement

Ces dernières années, la glace a beaucoup fondu, faisant remonter à la surface des décennies de crottes humaines.« Nos montagnes ont commencé à puer », déclarait à la BBC en février dernier Mingma Sherpa, le président de la municipalité rurale de Pasang Lhamu, au pied de l’Everest. « Nous recevons des plaintes qui disent que des selles humaines sont visibles sur les rochers et certains grimpeurs tombent malades. Ce n’est pas acceptable et cela érode notre image » regrette-t-il.

Face à l’impact de plus en plus dégradant de ces déchets sur l’écosystème de l’Everest, de nombreuses voix se sont élevées pour appeler à mettre en place un système de quota pour les touristes. Une idée rejetée par Marion Chaygneaud-Dupuy, première femme occidentale à s’être intéressée à la question des déchets dans l’Himalaya. « Cela reviendrait à compromettre le développement économique du pays », explique-t-elle.

En 2016, cette militante écologiste a lancé le projet Clean Everest pour nettoyer la face nord de la montagne, côté tibétain. Elle travaille aujourd’hui, au Népal et accompagne une équipe de jeunes étudiants architectes et ingénieurs de Grenoble, qui souhaitent construire un centre de gestion et de revalorisation des déchets à Pangboche, le plus ancien village du pays, situé sur la route de l’Everest. Le projet, intitulé « Tri haut pour l’Everest » vise à pallier le manque d’infrastructures sur place.

Journaliste francophone. Je couvre l’actualité au quotidien sur une multitude de sujets. Je m’attelle à rapporter l’information avec objectivité.