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Il y a 40 ans, l’Amoco Cadix ravageait les côtes du Finistère

En mars 1978, l’Amoco Cadiz, un pétrolier supertanker libérien, s’échouait au large de Portsall dans le Finistère, déversant une marée noire dramatique.

Il y a quarante ans, l’Amoco Cadiz endeuillait les côtes bretonnes. En effet, en mars 1978, le pétrolier supertanker libérien faisait naufrage au large de Portsall dans le Finistère. Laissant dans son sillage la plus importante marée noire qu’aient connu les côtes françaises.

Or, le traumatisme est toujours très prégnant chez les habitants de la région, mais aussi en France.

Retour en mars 1978

Cette nuit du 16 mars 1978, l’Amoco Cadiz, un pétrolier gorgé de 227.000 tonnes de brut, s’éventre tout près des côtes du Finistère. Le pétrolier libérien, récent mais mal entretenu, transporte vers Rotterdam sa cargaison de brut chargée dans le golfe Persique. Cette nuit là, la tempête gronde et un gouvernail de l’Amoco Cadiz se bloque en raison d’un problème hydraulique. Après de trop longues négociations avec un remorqueur allemand, puis plusieurs tentatives infructueuses de remorquage, l’Amoco Cadiz s’échoue finalement à 22h à deux kilomètres seulement de Portsall.

A bord se trouvent 34 hommes et une femme. Ils sont tous sauvés, hélitreuillés par le Super Frelon et malgré le peu d’information à disposition des autorités.

Les seules indications que l’on avait c’était un pétrolier s’est échoué au large de Portsall. Allez voir ce que vous pouvez faire.

Explique alors à l’AFP Michel Le Gall. Aujourd’hui âgé de 67 ans, cet ancien chef cargo à bord du Super Frelon de la Marine est arrivé le premier sur les lieux.

La mer était noire. Le bateau on ne le voyait pas.

Se souvient Yves Dagorn, 71 ans, copilote de cette mission. Il précise avoir repéré le pétrolier grâce au phare du remorqueur allemand.

Il a fallu qu’on trouve où était l’équipage. S’il n’était pas dans la mer, dans le mazout…

Si l’opération de sauvetage est un succès, il reste le fioul qui commence à transformer les côtes en eau noire. En effet, au contact des écueils, le navire se disloque progressivement. Et ses cuves commencent à se vider. Finalement, lorsque que le jour se lève, la vision est apocalyptique.

Quand on a vu les conséquences… c’était dramatique!

Se souvient Jean-Yves Letard sur Franceinfo, âgé de treize ans à l’époque.

Il y avait du mazout partout. Les oiseaux tombaient dans l’eau et n’en ressortaient plus. C’était abominable.

Désastre écologique et économique

Ainsi, dans les jours qui suivent, 360 kilomètres de plages sont pollués, poissons et oiseaux meurent par dizaines de milliers. Les agriculteurs de la région sont appelés en renfort afin de nettoyer autant que possible. Fort d’un élan de solidarité, d’innombrables anonymes viennent prêter main-forte, armés de pelles et de râteaux. En outre, pendant trois mois, 35.000 militaires et des milliers de volontaires venus de toute la France nettoient sans relâche rochers et plages souillées. Et, moins de 10% du pétrole est récupéré. Quant au reste, il s’évapore ou se disperse dans la mer au gré des courants et des marées.

Ainsi, poussé par les vents et les courants, 227.000 tonnes de brut se répandent sur le littoral, de Brest à Saint-Brieuc.

Sans compter les milliers de galettes de brut éparpillées bien au-delà. On estime entre 19.000 et 37.000 oiseaux morts. La catastrophe a détruit 30% de la faune et 5% de la flore marine sur 1.300 kilomètres carrés. Quarante ans plus tard, s’il ne reste plus de traces de fioul sur les plages, l’épave du pétrolier repose au fond de la mer, à quelques centaines de mètres de la côte.

40 ans après les habitants se souviennent

En 2018, la colère des Bretons est toujours vive.

C’était atroce, j’étais en état de sidération. Il y avait des pécheurs sur la dune qui pleuraient. C’était un état de désespoir, comme si notre pays était mort.

Se souvient au micro d’Europe 1 Marie-Josée, une habitante de Portsall, à une trentaine de kilomètres de Brest.

C’était noir, lourd. On avait envie d’hurler. On était pétrifié en fait. La mer était recouverte d’une couche de pétrole d’au moins 20 centimètres. Le ramassage, avec des pelles et des sceaux, était titanesque. La nature était étouffée.

Elle ajoute :

On se demandait comment on allait pouvoir s’en tirer, comment on allait pouvoir arrêter ça… Et on n’a pas pu l’arrêter. Les ostréiculteurs ont perdu toutes leurs huîtres pendant deux ans.

Rappelle Guillaume, un autre riverain qui garde un souvenir vif de ce qu’il décrit comme un cauchemar sans fin.

On se demandait si, un jour, on retrouverait la mer comme avant. Pour moi, c’était une vraie catastrophe.

De plus, au désastre environnemental s’ajoutent les conséquences économiques du sinistre. En effet, 1.300 pécheurs restent à terre pendant des semaines entières et près de 7.000 tonnes d’huîtres sont détruites. Les récoltes d’algues et de coquillages sont gravement affectées, tout comme la saison touristique.

90 élus, menés par l’ancien sénateur-maire de Ploudalmézeau décédé en 2014, Alphonse Arzel, s’unissent au sein d’un syndicat mixte. L’idée est d’attaquer devant la justice américaine la Standard Oil Of Indiana, le géant mondial du pétrole. Mais surtout armateur de l’Amoco Cadiz. Finalement, en 1992, au terme d’un marathon judiciaire de quatorze ans, le groupe pétrolier américain sera condamné à verser l’équivalent de 35 millions d’euros aux communes polluées. Et près de 160 millions d’euros à l’Etat français. Une première dans l’histoire du droit de l’environnement.

Un nouvel Amoco Cadiz est-il possible ?

Malheureusement, l’Amoco Cadiz n’a pas été la dernière catastrophe écologique à frapper le littoral breton. En effet, le 7 mars 1980, le Tanio, un pétrolier malgache, chargé de 26.000 tonnes de fuel lourd, se casse en deux dans lors d’une tempête au nord de l’île de Batz (nord Finistère). Ensuite, le 12 décembre 1999, l’Erika, un pétrolier, affrété par Total, se brise. Il sombre au large de Penmarc’h, dans pointe sud du Finistère. Il laisse s’échapper 20.000 tonnes de fioul lourd. Le pétrole, poussé par les tempêtes successives, vient souiller 400 km de côtes, du Finistère à la Charente-Maritime.

Dans les colonnes du Monde, Christophe Rousseau, le directeur adjoint du centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles (le Cedre), « le risque zéro n’existe pas ». Il ajoute que le naufrage d’un pétrolier sur les côtes françaises « peut tout à fait survenir dans un avenir plus ou moins proche ».

Cependant, le naufrage de l’Amoco Cadiz a permis une accélération des mesures de prévention de ces accidents.

La démarche de sécurisation du transport maritime d’hydrocarbures était déjà bien entamée avant l’Amoco. Mais cette catastrophe a indubitablement accéléré les procédures.

Juge Christophe Rousseau.

Par ailleurs, la catastrophe de 1978 a conduit à la mise en place progressive de mesures destinées à réduire les risques d’accident. Avec l’Amoco Cadiz, les plans Polmar/Mer et Polmar/Terre ont été adopté. Ainsi, la France compte 13 centres de stockage et d’intervention où est mis en réserve le matériel de lutte contre la pollution. Tels que des barrages flottants, des dispositifs de récupération des hydrocarbures. Ou encore des pompes et des groupes électrogènes. Ensuite, la Direction du transport maritime, des ports et du littoral est chargée de veiller à ce que le matériel comme les procédures d’alerte restent opérationnels. Enfin, le remorqueur superpuissant l’Abeille Bourbon, basé à Brest, est toujours prêt à intervenir en cas de problème dans « le rail d’Ouessant ».

 

Publié le samedi 17 mars 2018 à 19:21, modifications mardi 22 mai 2018 à 12:25

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