Environnement

Votre consommation de cocaïne tue les anguilles d’eau douce

La consommation de cocaïne n’est pas seulement néfaste pour notre corps, elle l’est également pour les anguilles !

Lorsque vous consommez la cocaïne, celle-ci est ensuite exécrée par les sécrétions corporelles avant d’être évacuée dans les canalisations. Mais elle se retrouve ensuite dans certains cours d’eau, où elle a tendance à s’accumuler. Des animaux comme l’anguille en absorbent ensuite malgré eux, ce qui peut les mettre en danger de mort. C’est d’autant plus grave que cette espèce de poisson est déjà menacé d’extinction.

L’épuration des eaux n’est pas complète

Avez-vous déjà vu un poisson drogué sous cocaïne ? Si cette image peut paraître amusante au premier abord, il s’agit en fait d’une réalité bien établie, qui a fait l’objet d’une étude scientifique complète publiée dans la revue Science of the Total Environment. On y apprend ainsi que les taux de cocaïne présents dans les fleuves et rivières européennes ont un impact délétère sur les anguilles.

On sait déjà depuis des années que les drogues consommées sont évacuées à travers les canalisations et finissent par se retrouver dans les cours d’eau. Des traces de morphine, d’amphétamines, ou de MDMA ont d’ailleurs déjà été retrouvées dans des rivières. En outre, la Tamise à Londres serait le fleuve avec le plus fort taux de cocaïne en Europe, d’après un récent rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA).

D’après plusieurs experts dont Anna Cataldo, également co-auteure de cette étude, c’est d’abord l’immense consommation de cocaïne à travers l’Europe qui explique que l’on en retrouve dans les point d’eau. Et étant donnée la pureté croissante de cette drogue, qui inquiète d’ailleurs beaucoup les autorités sanitaires, le problème ne risque pas de se régler.

Mais un autre facteur permet également d’expliquer les quantités importantes de cocaïne retrouvées : l’inefficacité de beaucoup de stations d’épurations à extraire les drogues des eaux usées. Celles-ci sont en effet plus ou moins performantes en fonction de la technologie d’épuration utilisée. Les anguilles nagent ensuite dans ces eaux polluées, où elles ne peuvent pas échapper à ces molécules qui les empoisonnent.

Des anguilles surexcitées

En général, la concentration de cocaïne dans les eaux de surface polluées s’étend de 0,4 à 44 nanogrammes par litre. C’est donc une quantité très faible, mais qui suffit, d’après les chercheurs en charge de l’étude, à contaminer les anguilles et altérer leur comportement de façon notable.

Pour le prouver, ces derniers ont mené une expérience dans le cadre de laquelle plusieurs anguilles ont été plongées dans un aquarium contenant 20 nanogrammes de cocaïne par litre, soit la concentration moyenne dans les cours d’eau européens. Les poissons ont évolué dans cet aquarium pendant 50 jours, puis leur état de santé a été comparé à celui d’anguilles saines.

Leur résultat est sans appel : les anguilles exposées à la cocaïne sont apparues hyperactives, avec une altération profonde de leurs muscles. Ces stigmates sont d’ailleurs apparus seulement 10 jours après le début de l’expérience. Il semblerait donc que l’usage de la cocaïne soit loin d’être récréatif pour les poissons !

Une espèce en grand danger

D’après l’Union internationale pour la conversation de la nature, l’UICN, l’anguille européenne est en danger d’extinction, et ce depuis les années 1980 déjà. En effet, la pollution, les barrages et la pêche intensive ont mené à une réduction drastique de leur population dans les cours d’eau. Et avec leur exposition à la cocaïne, l’altération de leur muscle ne leur permet plus de nager aussi efficacement que par le passé. C’est donc une autre mauvaise nouvelle pour ces poissons.

Pour lutter contre ce phénomène, plusieurs projets de repeuplement sont menés depuis quelques années. Leur protection devient en effet nécessaire, d’autant que leur cycle de vie est long est fastidieux. En effet, les anguilles européennes naissent au large des Caraïbes et effectuent ensuite un long périple de plusieurs milliers de kilomètres jusqu’en Afrique et en Europe, où elles finissent ensuite dans nos cours d’eau. C’est grâce au Gulf Stream, ce courant marin atlantique très puissant, mais qui a tendance à s’atténuer ces dernières années à cause du réchauffement climatique, que les anguilles peuvent parcourir de telles distances. Une vie bien difficile !

Publié le lundi 25 juin 2018 à 17:24, modifications lundi 25 juin 2018 à 16:02

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